L’assassin habite au 21 : le Cluedo comique de Clouzot

Depuis l’automne dernier, les cinémas d’art et d’essais célèbrent le cinéaste Henri-Georges Clouzot, né en 1907 et décédé 70 ans plus tard. 2017 marquait donc les quarante ans de sa mort. Les rétrospectives se sont enchaînées, depuis le mois d’octobre, dans de nombreux lieux de culture, dont notamment le Festival Lumière de Lyon, la Scène Nationale du Moulin du Roc de Niort, la Cinémathèque française et le cinéma Utopia, qui diffuse l’œuvre du réalisateur jusqu’au mois de février. L’occasion était trop belle pour présenter le premier long-métrage du célèbre niortais : L’assassin habite au 21.

Premier long-métrage du cinéaste, L’assassin habite au 21 est un habile jeux de dupes dans lequel évoluent deux héros, attachants et drôles : le commissaire Wens (Pierre Fresnay) et sa compagne Mila Malou (Suzy Delair). Le point de départ de ce polar, réalisé en 1942, est une série de crimes, tous signés du nom d’un mystérieux Monsieur Durand. Sa carte de visite, posée chacune des victimes, apporte au commissaire une première piste, qui le conduit au 21, rue Junot, au sein de la pension des Mimosas. Pour les biens de son enquête et duper les hôtes, Wens devient le pasteur Robert Lester. Le plan est presque parfait, mais c’est sans compter Mila Malou et ses élans de détective… Cette dernière le rejoint, bien décidée à démasquer le coupable.

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Adapté du roman du belge Stanislas-André Steeman, le scénario n’est pas sans rappeler certaines œuvres d’Agatha Christie : des suspects réunis autour d’un enquêteur dans un huis-clos, façon Cluedo. Parmi les appelés, des personnages hauts en couleur, tous mystérieux, et plus ou moins équilibrés. Une vieille fille romancière, un ancien médecin de la coloniale, une gérante pension bavarde, un boxeur aveugle et sa séduisante infirmière, un magicien fantasque… sur lesquels se porte évidemment de lourds soupçons. Dans cette France occupée, chacun peut être le serial killer. Clouzot insiste même en filmant un des meurtres en caméra subjective. Le spectateur n’est plus simple spectateur : il est le tueur.

Malgré ce pessimisme, c’est la comédie qui prédomine. Les dialogues de Clouzot sont savoureux. « Ça ne vous dérange pas que je lise pendant que vous sifflez » demande le commissaire au valet de chambre, qui lui rétorque « Je ne supporte pas le bruit quand je travaille ». Un humour absurde utilisé à de nombreuses reprises dans le film, créant des situations aussi cocasses que pittoresques, à l’image de cette scène, pour n’en citer qu’une, dans laquelle le fakir Lalah-Poor (Jean Tissier), sort de son chapeau de nombreuses boîtes magiques, tout en continuant à discuter avec le commissaire. Le cinéaste s’amuse en faisant d’une histoire de polar sombre, une délicieuse comédie policière. La réussite tient d’ailleurs sur les prestations des interprètes, notamment celle de Suzy Delair, compagne de l’époque de Clouzot. Son personnage, l’espiègle Mila Malou, apporte autant de fraîcheur que d’humour. Une légèreté que l’on savoure ici avec beaucoup de plaisir !

Où voir L’assassin habite au 21 ? 

Quelques salles françaises diffusent la version restaurée de 2017. Parmi elles, deux lieux parisiens (le Champo, 5e, et le Chaplin Denfert, 14e) et le cinéma d’art et d’essai Utopia de Bordeaux. Ce dernier diffuse l’intégrale de l’œuvre de Clouzot, jusqu’au 4 février. Le programme complet de l’Utopiaest disponible sur leur site internet.

Pour aller plus loin…

Trois expositions éclairent l’œuvre du cinéaste disparu. La première se tient logiquement à Niort, où est né Clouzot. Le musée d’Agesci rend hommage à l’homme et à sa vision. « Un réalisateur en œuvres » questionne sur son rapport à l’art contemporain, à travers trois films : La Prisonnière, L’enfer et Le mystère Picasso.

Nous retrouvons justement Picasso à Paris dans le musée du même nom. Jusqu’à la fin janvier, une exposition met en lumière le Clouzot artiste, expérimentant un autre cinéma avec ce documentaire, récompensé en 1956 par le prix Spécial du Jury à Cannes. Une rencontre de maîtres, Clouzot face à Picasso, diffusée, en écho à l’expo, en ciné-concert le 21 janvier prochain. Vous n’habitez pas Paris ? Consolez-vous, le Centre des Arts d’Enghien les bains propose également un ciné-concert le 25 mai 2018 !

30x40 MYSTERE CLOUZOT.inddPour finir, restons à Paris et allons jusqu’à la Cinémathèque française, qui offre l’exposition la plus riche et la plus complète. Parfait hommage au cinéaste niortais, l’institution parisienne éclaire « Le Mystère Clouzot », révèle une belle collection d’objets de cinéma (maquettes de décors, costumes, storyboards…) et affiche sur ses murs photos de tournages et photos d’art. Un catalogue de l’exposition (29€), ouvrage collectif dirigé par Noël Herpe, et un coffret DVD « Henri-Georges Clouzot, l’essentiel », comprenant les 12 films restaurés, viennent en complément de l’exposition.

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7 commentaires sur « L’assassin habite au 21 : le Cluedo comique de Clouzot »

  1. Très bonne analogie avec le Cluedo. 🙂 Ça représente très bien le cheminement du film et aussi la situation dans laquelle les personnages se retrouvent.
    Un premier film très convaincant de la part de Clouzot, j’aime beaucoup le personnage principal et il y a quelque chose de très « Lubitschien » dans les dialogues et les oppositions entre les personnages.
    J’ai poursuivi avec Le Corbeau et me suis arrêté là pour l’instant. Mais j’ai d’autres de ses films sur ma liste bien sûr !

    Aimé par 2 personnes

    1. Tu les fait dans l’ordre alors car il me semble que le Corbeau suit de près celui-ci. J’ai apprécié même si l’on ne retrouve plus autant de légèreté, quoi qu’un peu d’humour. Dans tous les cas, ce sont les interprètes que je trouve toujours épatants. Clouzot est un excellent directeur d’acteurs !

      Aimé par 2 personnes

  2. Une petite coquille, Clouzot est né en 1907 et non en 1917 😉
    Réalisation classique mais déjà maîtrisée pour ce premier film. Le finale est un peu abrupt mais la galerie de personnages vaut à elle seule le détour : belle caractérisation de tous les protagoniste et belle direction d’acteurs.

    Aimé par 1 personne

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