La revue ciné de septembre

La rentrée oblige, le mois de septembre a collectionné les sorties importantes et audacieuses. L’occasion pour nous de revenir sur le blog pour partager nos coups de coeur et nos flops. Le résultat ? Un jeune idéaliste, un braqueur, un pisteur et une recrue du FBI se disputent la première place de la revue du mois. Et autant de (grands) réalisateurs ont été attendus au tournant… Quelles ont été donc les surprises et les déceptions de la rentrée ?

Notre top 3

1 – Good Time de Josh & Benny Safdie

Connie (Robert Pattinson) et son jeune frère – handicapé mental – Nick (Benny Safdie), commettent un hold-up dans une banque. Mais les choses tournent mal : le second se blesse avant d’être finalement interpellé. Le premier parvient à s’enfuir… Le temps d’une nuit infernale, le voyou tentera l’impossible pour libérer son frère. Sous ses apparats de film noir, la nouvelle œuvre des frères Safdie est une perle rare. Habillées par une bande originale épatante, les mésaventures de Connie dessinent une fascinante escalade de la « lose » dans un New York nocturne. Si la prestation de Robert Pattinson force le respect, elle est aussitôt éclipsée par le visage de Benny Safdie, bouleversant. Tour à tour perdu, tuméfié, halluciné, son personnage élève Good Time vers d’autres sommets.

2 – Wind River de Taylor Sheridan

Jeremy Renner et Elisabeth Olsen forment le duo atypique de ce polar glacé. Au coeur de la réserve naturelle de Wind River, dans le Wyoming, le corps d’une femme amérindienne est retrouvée dans cette immensité sauvage. Entre deux tempêtes de neige, l’agent du FBI (Olsen) cherche des indices, aidé par le chasseur et traqueur Cory (Renner). Taylor Sheridan (scénariste de Sicario) se distingue par sa maîtrise du rythme, alternant magnifiques plans de paysages et scènes de tension, à son paroxysme lors de la brillante scène finale. Derrière le motif de l’enquête policière, le thriller ne manque pas d’aborder les enjeux sociaux liés aux populations amérindiennes et à leur isolement dans des régions isolées. Une réussite.

3 – Gabriel et la montagne de Fellipe Barbosa

Au pied du mont Mulanje, au Malawi, deux hommes retrouvent le corps de Gabriel, un étudiant brésilien parti sillonner l’Afrique pendant plusieurs mois. Reconstruit à partir de faits réels (et personnels), le second long-métrage de Fellipe Barbosa éblouit en tout point. À mi-chemin entre le récit de voyage collectif et la fresque intime, il dresse le portrait bienveillant d’un jeune homme bercé d’idéaux et de principes. Complexe, ce dernier finit par révéler, au cours de ses rencontres, des ses retrouvailles avec sa petite-amie, des contradictions et des imperfections. Tour à tour altruiste, irascible, borné, imprévisible, le héros devient inévitablement attachant. Il en va de même pour son inspirant voyage pourtant voué à l’échec – en témoigne la séquence d’ouverture. Bouleversant.

Notre flop 3

1 – Money de Gela Babluani

Danis, Éric et Alexandra rêvent de fuir leur quotidien au Havre. Lorsqu’il décide de braquer un secrétaire d’État à la sécurité, le trio se heurte à un réseau mafieux et criminel. Ce qui devait être leur porte de sortie pour une vie meilleure devient progressivement leur pire cauchemar. Pourtant habitué du genre, Géla Babluani (13 Tzameti, L’Héritage) signe ici un thriller sur fond de précarité sociale, sans ambition ni émotion. De ses personnages stéréotypés à son intrigue inutilement complexe, Money se montre au mieux regardable. Mais on ne peut s’empêcher de tiquer face l’impersonnalité et la complaisance du réalisateur, visiblement incapable de se détacher des codes du genre. Il aurait fallu un supplément d’âme et un traitement bien plus audacieux pour élever cette production française.

2 – 7 jours pas plus de Héctor Cabello Reyes

Solitaire et psychorigide, Pierre (Benoît Poelvoorde) porte secours à Ajit (Pitobash), un jeune Indien à la rue. Un peu malgré lui, le quincailler voit son improbable invité chambouler son quotidien et ses habitudes… Mais la colère et l’impatience du célibataire endurci cèdent progressivement la place à l’attachement et au respect. De son pitch à sa narration, 7 jours pas plus déconcerte par sa prévisibilité. Nourrie de bons sentiments et d’une vision très sage, le long-métrage de Héctor Cabello Reyes ne dérape et ne surprend jamais. Un comble lorsque son principal acteur se définit habituellement dans l’exact contraire. Malgré tout convaincant, Poelvoorde porte le film à bout de bras mais peine à susciter, sur la durée, un intérêt constant. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

3 – Le Redoutable de Michel Hazanavicius

Plus ou moins adapté des mémoires de la défunte Wiazemsky, Le Redoutable est l’histoire d’un gâchis amoureux, créatif et politique. En 1967, Jean-Luc Godard achève le tournage de La Chinoise. Il rencontre alors la jeune Anne Wiazemsky dont il tombe amoureux. Fraîchement marié, le couple se heurte aux événements de mai 1968. Marqué, le réalisateur plonge dans une profonde remise en question. Devant l’incompréhension de son entourage et de son épouse, il renonce à la Nouvelle vague, le mouvement cinématographique dont il était l’un des piliers… De ce « suicide artistique », Michel Hazanavicius en fait un pastiche satirique et maladroit. Nourri d’idées cocasses, le film peine vite à trouver son équilibre, son ton. Si le lunaire Godard (Louis Garrel, impeccable) agace autant qu’il amuse, sa compagne y est complètement dénuée de caractère. Si le fond passionne, il se retrouve complètement parasité par la forme turbulente. Mi hommage, mi critique, le long-métrage peine surtout à convaincre.

Les autres sorties du mois

Patti Cake$ de Geremy Jasper

À 23 ans, Patricia Dombrowski rêve de devenir la nouvelle étoile du hip-hop. Navrée par un travail de serveuse, à l’étroit dans une famille dysfonctionnelle, la jeune fille peut compter sur l’énergie et la motivation de son meilleur ami Jehri, pharmacien le jour rappeur la nuit. Épaulé par la grand-mère Nana et l’afro-punk Basterd, le duo tente de conquérir la scène underground du New Jersey. Pour son premier long-métrage, Geremy Jasper s’amuse avec les clichés du genre et signe une ode vivifiante à la transgression. Dotée d’un physique atypique et d’un flow redoutable, Danielle Macdonald crève l’écran. Les autres personnages, tout aussi hauts en couleurs, viennent compléter le portrait d’une ville de New Jersey, entre culture « white trash » et émergences urbaines.

Petit Paysan de Hubert Charuel

Pierre (Swann Arlaud, excellent) a repris la ferme de ses parents retraités, mais toujours installés sur la propriété. À la tête de vingt-sept vaches laitières, le héros est en proie à l’inquiétude. Dans l’ouest du pays, un nouveau virus mortel, la FHB, vient de frapper des élevages et laissent des agriculteurs endettés et désemparés. Narré tel un thriller rural, Petit Paysan séduit par son réalisme. Fils d’agriculteurs, Hubert Charuel maîtrise brillamment son sujet qu’il nourrit de détails et de nuances. Mais à vouloir explorer plusieurs pistes, le réalisateur finit par léser son scénario. Si bien que la résolution triviale, en totale rupture avec l’enfer paranoïaque de Pierre, déçoit. Si, à l’arrivée, toutes les promesses ne sont pas tenues, ce premier film n’en demeure pas moins captivant.

Barbara de Mathieu Amalric

Yves Sand (Matthieu Amalric), réalisateur, tourne un biopic sur sa chanteuse fétiche, Barbara. Dans le rôle titre, Brigitte (Jeanne Balibar, magistrale) travaille sans relâche – et non sans folie – son rôle. Plus le tournage avance, plus la réalité et le fantasme se confondent. À bien des égards, Barbara est beaucoup de choses mais certainement pas un biopic. Audacieux, fragile, poétique, le long-métrage d’Amalric s’amuse de son statut hybride. Des images d’archives à la reconstitution, il est parfois difficile de s’y retrouver, tant la précision et le jeu de Jeanne Balibar envoûtent. Tel un électron libre, l’excentrique Brigitte chantonne, s’agite frénétiquement, survole ses scènes… Mais elle finit surtout par révéler l’extraordinaire chanteuse et personne qu’était son modèle. Exceptionnel.

Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi

En juillet 1944, la jeune Suzu, passionnée de dessin, se marie avec Shûsaku qu’elle connaît à peine. Elle quitte alors le domicile familial pour s’installer chez sa belle-famille à Kure, un port militaire près de Hiroshima. Alors qu’elle tente de trouver ses repères dans ce nouveau foyer, le Japon subit les attaques américaines. Lauréat du Prix du meilleur film aux Japan Academy Awards, le film d’animation de Sunao Katabuchi regorge de charme. À commencer par son héroïne, naïve et maladroite. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage, cette dernière révèle une résilience et une quiétude étonnantes. Presque irréelles… Avec beaucoup de tendresse et de poésie, le réalisateur dresse le tableau d’un quotidien paisible – mais aussi d’une grande culture – bientôt ravagés par les bombardements.

Mother ! de Darren Aronofsky

Un écrivain (Javier Bardem) et son épouse (Jennifer Lawrence) voient leur quotidien ébranlé par l’arrivée de mystérieux visiteurs. Lui, accueille à bras ouvert les intrus, elle, ne peut s’empêcher de cacher son malaise… Quand les choses dérapent, le point de retour ne semble plus être envisageable pour le couple. Difficile de résumer l’étrange objet qu’est Mother !. Fidèle à son esthétique et sa radicalité, Darren Aronofsky livre une œuvre tantôt désagréable tantôt suffocante, tantôt laide tantôt brillante. Si la première partie du film intrigue par sa tension palpable, la seconde partie brise les codes du genre et plonge le spectateur dans une spirale (littéralement) infernale et labyrinthique. Pour y adhérer, le spectateur devra d’abord accepter la sur-signifiance des symboliques. Mais également les excès d’un réalisateur, bien décidé à piétiner les attentes et les habitudes de son public… quitte à négliger sa subtilité.

American Assassin de Michael Cuesta

Adaptée de la saga littéraire de Vince Flynn, ce long-métrage s’inscrit dans la parfaite tradition du film d’espionnage. Traumatisé par une attaque terroriste, un jeune homme (campé par Dylan O’Brien) se lance dans une traque antiterroriste effrénée. Mais il est bientôt repéré par une unité secrète de la CIA, déterminée à faire du malheureux une arme redoutable… Cousu de fil blanc, le scénario d’American Assassin n’en demeure pas moins efficace. Si le récit et l’écriture des personnages ne se démarquent que très rarement des productions du genre, Michael Cuesta parvient à livrer une œuvre fidèle à l’univers réaliste de Vince Flynn. Les adeptes apprécieront d’autant plus l’ancrage géopolitique de ces aventures, en totale rupture avec la récente tendance des techno-thrillers.

Ça de Andrès Muschietti

Dans une petite ville du Maine, en 1988. Son grand frère Bill étant malade, le jeune Georgie souhaite jouer dehors sous la pluie. Le jeu vire au cauchemar lorsque l’enfant rencontre Grippe-Sou, un clown reclus dans les égouts. Un an plus tard, d’autres enfants ont disparu. Accompagné de ses amis et de nouveaux venus, Bill enquête sur le phénomène. Mais la petite bande est alors loin d’imaginer l’horreur qui les guette. Par son incarnation littéraire et/ou télévisuelle, le clown maléfique de Stephen King traumatisa toute une génération. Plus de trente ans après la parution de l’ouvrage, le réalisateur Andrés Muschietti (Mama) ravive l’horreur avec une maîtrise redoutable. Mais la réactualisation ne se fait pas sans heurts. Construit comme un « grand huit » de la peur, le film cède bien souvent à la facilité (l’enchaînement mécanique des jump scares, l’utilisation excessive de la musique) quitte à lasser le spectateur. Nonobstant ces tics, ce premier opus brille par son jeune casting attachant et drôle.

Faute d’amour de Andreï Zviaguinstev

Aliocha est un adolescent malheureux. Ses parents ne l’aiment pas et s’aiment guère. Surprenant une violente dispute entre ces derniers, le garçon apprend leur divorce imminent. Le lendemain, il disparaît. Jusqu’ici accaparés par leurs nouvelles vies respectives, Genia et Boris se lancent dans une recherche désespérée. S’évaporer pour mieux exister. Tel est le message poignant et cruel du nouveau film d’Andreï Zviaguintsev (Leviathan, Elena, Le Bannissement). Non sans affliction, le réalisateur dresse le portrait d’une société russe moderne toute en contradictions et laideur. Si la critique sociale s’avère parfois trop appuyée, Faute d’amour bouleverse finalement par ce qu’il montre et raconte en creux. Symptôme d’un mal-être collectif, le drame intime – qui sert de fil conducteur – est admirablement décrit, sans pathos, ni lourdeur. Déroutant.

Kiss & Cry de Chloé Mahieu et Lila Pinell

Un an après une violente dispute avec son entraîneur Xavier, Sarah (Sarah Bramms), patineuse artistique douée, retrouve son équipe de Colmar. Mais le retour s’avère difficile pour l’adolescente de 15 ans. Alors que son entraîneur et ses parents ne cessent de la pousser à bout, la jeune fille rêve de vivre sa vie de jeune fille. Entre documentaire et fiction, Kiss & Cry charme par le portrait tendre qu’il dresse sur l’adolescence en milieu sportif. Les espoirs de médailles se heurtent à l’entraînement cruel, les rivalités cèdent la place à la découverte amoureuse. Si la forme est parfois brouillonne et indécise, le long-métrage de Chloé Mathieu et Lila Pinell ravit. En grande partie grâce à son interprète principale, Sarah Bramms, plus que prometteuse.

Lætitia de Julie Talon

Ancienne championne du monde de boxe thaïlandaise, Lætitia Lambert est submergée par sa vie de mère célibataire. Si bien que, deux après son couronnement, la jeune femme de 26 ans peine à retrouver les victoires d’antan. Démarre alors un entraînement intensif pour l’athlète. Mais son irrégularité exaspère son entraîneur Jean-Marie… Durant plusieurs mois, Julie Talon filme leurs échanges parfois tendus et leurs sessions de remise à niveau. Sans fard ni jugement, son documentaire livre un portrait tout en délicatesse d’un univers musclé – et rarement tendre vis-à-vis des femmes. Au milieu de ses homologues masculins, Lætitia évolue telle une marginale, isolée mais résolue. Les coups durs, qu’elle encaisse sur le ring et hors du ring, la rendent inévitablement attachante.

Stupid Things de Amman Abbasi

Du haut de ses 13 ans, Dayveon (Devin Blackmon) se confronte au deuil de son frère, à la violence des gangs, à la criminalité… Pour son premier long-métrage, le réalisateur américain Amman Abbasi capte avec justesse, la mélancolie adolescente et les choix délicats qu’elle impose. Ancré dans une communauté afro-américaine d’une petite ville de l’Arkansas, le récit de Stupid Things immerge le spectateur dans un monde où la cruauté et la violence d’un groupe se mêlent à l’amour et la solidarité d’une famille. Le résultat, bien que formellement trop « clippesque », se révèle suffisamment sincère et maîtrisé pour émouvoir. De ce court long-métrage (1h25), on retiendra un casting d’acteurs non professionnels épatant.

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4 commentaires sur « La revue ciné de septembre »

  1. Je joins mes louanges au très beau « Wind river » de Sheridan qui boucle sa trilogie avec un point d honneur glaçant.
    Beaucoup moins captivante en effet est cette histoire de Clown du Maine. Fallait-il vraiment remettre « Ça » ?
    Belle revue en tous cas, qui me montre la voie de tous ces films qui me sont passé sous la moustache.
    Merci et à bientôt.

    Aimé par 1 personne

  2. Mother ! et moi, c’est pas du tout une grande histoire d’amour 😮
    J’ai bien aimé Ca, une bonne petite surprise dans son genre. C’est pas parfait mais ça reste un beau film sur l’enfance et des horreurs bien plus profondes. J’ai également plutôt apprécié Le Redoutable qui arrive à être mieux qu’un exercice de style.
    Mon coup de coeur dans l’article, c’est Good Time, direct dans mon top 10 de l’année ! 🙂

    Aimé par 1 personne

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