Love Hunters, l’amour à l’épreuve du pire

En Australie, dans les années 1980, une adolescente est enlevée par un couple de tueurs en séries… Remarqué dans quelques festivals européens et américains, Love Hunters ravit par son atmosphère poisseuse et son excellent casting. Mais il révèle surtout le jeune réalisateur Ben Young qui signe ici une première œuvre maîtrisée et oppressante. En salles depuis le 12 juillet 2017.

Australie, été 1987. Depuis leur voiture, Evelyn (Emma Booth) et John (Stephen Curry) observent des adolescentes jouant au volley-ball. Quelques minutes plus tard, le couple propose gentiment à l’une d’entre elles un transport pour le retour. La jeune fille accepte. Sobre et distante, l’ouverture de Love Hunters se montre suffisamment éloquente pour que le spectateur saisisse l’issue tragique et programmée de cette rencontre. Plus tard, c’est au tour de Vicki (Ashleigh Cummings), une lycéenne insouciante, de tomber dans les filets des serial killers. Après une énième dispute avec sa mère divorcée, elle sort furtivement de sa chambre pour se rendre à une soirée. Elle se fait alors aborder par Evelyn et John…

Alors qu'elle se rend à une soirée, la jeune Vicki (Ashleigh Cummings) va se faire accoster par Evelyn et John. Le cauchemar commence... © UFO Distribution
Alors qu’elle se rend à une soirée, la jeune Vicki (Ashleigh Cummings) va se faire accoster par Evelyn et John. Le cauchemar commence… © UFO Distribution

Cette fois-ci, le couple de trentenaires propose à Vicki des substances illicites. D’abord réticente, la jeune fille accepte finalement de les suivre après avoir remarqué un siège enfant à l’arrière de la voiture. Arrivée au domicile, elle est invitée à prendre un verre sans se douter une seule seconde du danger. Droguée à son insu et prise au piège, la malheureuse peine à se débattre lorsque ses bourreaux la bâillonnent et ligotent à un lit. Mais progressivement, les relations instables entre Emma et John n’échappent pas au regard de la victime, prête à tout pour mettre fin à son calvaire.

Bien que son postulat de départ (l’enlèvement et la séquestration d’une adolescente) manque cruellement d’originalité – en témoignent de récentes sorties telles que Split Love Hunters attise sans difficulté l’attention et les nerfs du spectateur. À mi-chemin entre la série B et le thriller psychologique, le long-métrage nourrit l’effroyable bestiaire de psychopathes du cinéma de genre australien. Tournée avec un plan de tournage limité (une vingtaine de jours), l’œuvre de Ben Young fait constamment preuve d’une tension palpable et séduit par son esthétique tantôt solaire tantôt moite.

Emma Booth et Stephen Curry forment le couple de tueurs en série dans"Love Hunters"de Ben Young. © UFO Distribution
Emma Booth et Stephen Curry forment le couple de tueurs en série dans »Love Hunters » de Ben Young. © UFO Distribution

Si l’image granuleuse et l’excellente bande originale (Cat Stevens, Moody Blues, Joy Division…) contribuent à un ancrage « eighties » des plus réussis, Ben Young déroute avec des plans au ralenti, dignes d’un cauchemar éveillé. Frôlent parfois l’overdose, les effets de style révèlent plus simplement les défauts classiques d’un premier film. Formellement généreux, ce dernier étonne davantage par son traitement rudimentaire voire simpliste. Mais il déjoue surtout les élans mélodramatiques et les excès de grandiloquence. Si bien que la violence, omniprésente, n’est jamais filmée de manière frontale. À cela, Ben Young privilégie le hors-champ et suggère davantage qu’il ne montre.

Contrairement à ce que son argument semble suggérer, le film ne se focalise pas sur l’évidente victime qu’est la jeune Vicki. Si cette dernière occupe une place centrale dans la première partie, le film s’éloigne de ses souffrances pour s’attarder sur les blessures d’un autre personnage : Emma. Love Hunters dresse le portrait d’un couple aussi déséquilibré que dangereux et révèle peu à peu sa véritable nature, celle d’une variation sur l’amour destructeur et la violence domestique. Ben Young met alors en miroir le triste sort de Vicki et l’assujettissement d’Emma face à un homme cruel et pervers tout en prenant soin de ne jamais légitimer les actes odieux commis par cette dernière. À la fois victime et tortionnaire, touchante et glaçante, vulnérable et folle, la compagne devient le personnage central du long-métrage.

Pour survivre, Vicki (Ashleigh Cummings) va tenter d'exploiter les failles de ses bourreaux.  © UFO Distribution
Pour survivre, Vicki (Ashleigh Cummings) va tenter d’exploiter les failles de ses bourreaux. © UFO Distribution

Bien qu’attendue, la relation complexe que tisse Vicki avec sa ravisseuse élève le film à un niveau fortement appréciable pour le genre. Jusqu’à la dernière minute, les rapports qui unissent et déchirent les femmes viendront troubler la prévisibilité des événements. Plus décevant, l’antagoniste masculin pêche par sa psychologie évacuée et sa description superficielle. Interprété par un impeccable Stephen Curry, un habitué des comédies et des stand-up en Australie, le personnage de John se cantonne, sans nuances, à sa fonction de manipulateur narcissique et de prédateur sexuel. Une déception au regard de ses homologues féminins brillamment interprétés et finement écrits.

Mettant en scène une violence et une horreur voisines – les méfaits prennent ici place dans une banlieue pavillonnaire –, Love Hunters intrigue voire déçoit par sa trajectoire finalement rectiligne, presque sans surprises sur le plan narratif. Mais le long-métrage jouit d’une mise en scène brillamment maîtrisée pour convaincre et s’offre au passage le luxe de ne jamais errer sur un terrain moral inapproprié. La belle conclusion, que le spectateur attend comme une délivrance pour les personnages comme pour lui-même, ne fera que confirmer les indéniables qualités de ce premier film.

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6 commentaires sur « Love Hunters, l’amour à l’épreuve du pire »

  1. Salut Simon ! j’aimerais beaucoup le voir celui là. Il n’est pas diffusé dans les cinémas ici malheureusement. Le sujet et le traitement m’intrigue. j’en ai entendu beaucoup de bien. On en reparlera c’est sûr. Passe un excellent weekend ! 🙂 🙂

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  2. Je dois dire que je suis assez intriguée par ce film, bien que ce ne soit pas un genre vers lequel je me tourne habituellement. Je suis d’ailleurs rassurée par ta critique : de la suggestion, une intrigue plutôt tournée vers l’épouse… C’est un peu ce que j’espérais. Et j’ai hâte de voir la performance d’Ashleigh Cummings, que j’ai pu découvrir dans la série Miss Fisher, dans un rôle a priori bien différent !

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    1. Merci pour ton commentaire ! 🙂
      Exactement, le film fait la part belle aux personnages féminins. Bien que ceux-ci subissent une violence inouïe (mais jamais frontale rassure-toi), ils finissent par briller. Ashleigh Cummings et Emma Boots ont d’ailleurs été récompensées pour leurs performances dans certains festivals. Elles portent véritablement le film qui, à défaut de révolutionner le genre, est d’une redoutable efficacité.

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