The Last Girl – Celle qui a tous les dons

Dans une Angleterre post-apocalyptique, terrassée par un virus mortel, une jeune fille pourrait être la clé d’un antidote et préserver ainsi le futur de l’humanité. Lauréate du Prix du Public au Festival de Gérardmer de 2017, cette nouvelle variation du film de zombies séduit d’abord par son approche intimiste et son personnage principal intrigant…avant de reprendre automatiquement les codes du genre sans parvenir à les transcender. En salles depuis le 28 juin 2017.

Dans une base militaire, Mélanie (Sennia Nanua) attend sagement qu’on vienne la chercher dans sa cellule. Harnachée à une chaise roulante, l’enfant est escortée par deux militaires jusque dans une grande salle où se trouvent également d’autres enfants ligotés. La professeure Helen Justineau (Gemma Aterton) fait son apparition ; le visage de Mélanie s’illumine. La femme semble différente des autres militaires et scientifiques, qui ont pour habitude (ou précaution) de traiter les jeunes prisonniers froidement. Elle se prend même d’affection pour Mélanie, toujours volontaire ou curieuse. Mais un brutal rappel à l’ordre du sergent Eddie Parks (Paddy Considine) donne vite à comprendre que les apparences sont trompeuses. Derrière les visages innocents se cachent des être hybrides, mi-humains mi-zombies.

Au delà des grilles, la population mondiale a été contaminée par un mystérieux champignon pathogène et transformée en « affamés ». Si les enfants infectés ont conservé une apparence et un comportement humains, ils n’en demeurent pas moins un danger pour les rares survivants humains. À l’image de Mélanie, qui essaye tant bien que mal de réprimer sa sauvagerie et son appétence pour la chair fraîche et crue. Plus intelligente et plus sensible que les autres « cobayes », elle suscite l’intérêt du Docteur Caroline Caldwell (Glenn Close). Cette dernière voit en elle l’élément essentiel à la confection d’un vaccin-test. Mais un jour, la base est attaquée par une horde de zombies. Les rescapés – Helen, Caroline, Eddie ainsi que deux autres soldats – se retrouvent alors contraints de prendre la fuite avec Mélanie.

Bien que considérée comme dangereuse, Mélanie (Sennia Nanua) pourra compter sur l'affection et l'aide de sa professeure Helen Justineau (Gemma Aterton). © Aimee Spinks - Gift Girl Limited / The British Film Institute 2016
Bien que considérée comme dangereuse, Mélanie (Sennia Nanua) pourra compter sur l’affection et l’aide de sa professeure Helen Justineau (Gemma Aterton). © Aimee Spinks – Gift Girl Limited / The British Film Institute 2016

Ingénieux et alléchant, le prologue de The Last Girl semble poser les bases d’une histoire se voulant être tout autre chose qu’une énième déclinaison d’apocalypse « zombiesque ». Si la catastrophe et l’horreur sont palpables, le ton du film flirte davantage avec le drame intimiste. En témoigne la touchante relation qu’entretiennent la jeune héroïne et son enseignante. Entre douceur et monstruosité, le personnage de Mélanie fascine autant qu’il émeut. Il en devient naturellement le cœur d’une réflexion humaniste où l’enfance, l’éducation et l’innocence s’imposent comme les clés d’un avenir meilleur. Tout en dualité, la jeune contaminée interroge la légitimité de la survivance humaine sur celle des jeunes hybrides. Et si ces derniers étaient tout simplement les géniteurs d’un nouveau monde ? Et si les humains étaient inévitablement prédestinés à disparaître au profit d’une espèce dominante ?

Librement adapté d’un roman de M.R. Carey (The Girl With All The Gifts), le long-métrage interpelle par ses questions et ses idées plaisantes…mais peine malheureusement à s’accomplir sur la durée. Auteur de plusieurs épisodes de séries-télé telles que Sherlock ou Peaky Blinders, Colm McCarthy signe une seconde partie formellement sage et consciencieuse. Les références, auxquelles se rattache la dystopie, se révèlent progressivement plus pesantes qu’inspirantes. Si les influences d’un Romero (Day of The Dead, 1985) ou d’un Boyle (28 Days Later, 2002) se ressentent, les amateurs de jeux vidéo noteront quant à eux la troublante proximité esthétique et narrative entre The Last Girl et The Last Of Us, immense succès vidéo-ludique de 2013 qui décrivait également une adolescente comme l’espoir d’une humanité dévastée et reconfigurée…

À l’arrivée, McCarthy offre un objet divertissant, parfois intrigant, mais résolument conforme au genre, de ses motifs visuels codifiés à sa structure programmatique. Le cinéaste n’a ni le lyrisme ni le talent de ses modèles. Outre quelques scènes angoissantes, son récit embrasse bien souvent les facilités scénaristiques propres au genre. Les promesses et surprises du début se font alors oublier jusqu’à une conclusion audacieuse mais trop expéditive pour totalement convaincre. Au même titre, le casting pâtit de rôles à l’ambivalence limitée. À l’exception de la jeune et inconnue Sennia Nanua, bluffante. Les quelques réflexions articulées par The Last Girl ne laisseront qu’une désagréable impression d’avoir frôlé des enjeux passionnants et profonds. Et bien que ses premières intentions laissaient présager le contraire, le long-métrage donne à voir un genre finalement rongé jusqu’à la moelle.

 

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5 commentaires sur « The Last Girl – Celle qui a tous les dons »

    1. Merci pour ton commentaire ! 🙂
      Oui, c’est un film qui a beaucoup de potentiel et qui a la noblesse de vouloir se détacher du tout venant zombiesque. Mais l’exécution n’est pas toujours à la hauteur des promesses…

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  1. Belle critique d’un film qui m’intrigue vraiment ! les imperfections d’un film (à condition qu’elles ne soient pas trop conséquentes bien sûr 😉 font aussi son charme surtout lorsqu’il s’agit du genre zombie. Toujours aussi plaisant de te lire Simon ! bon weekend avec un peu d’avance 🙂 🙂

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    1. Merci pour ton commentaire Frédéric. Oui, « The Last Girl » reste un film attachant malgré ses indéniables lacunes. Le sujet a le mérite de vouloir proposer autre chose qu’une histoire de survie pessimiste.
      Bon week-end à toi également ! 😉

      Aimé par 1 personne

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