Wonder Woman, les origines de la légende

À l’ombre de leurs homologues masculins virils, les super-héroïnes n’ont jamais eu la chance de percer au grand écran. C’est désormais chose faite grâce au long-métrage de Patty Jenkins, véritable carton au box-office américain. Un succès amplement mérité puisque Wonder Woman s’impose comme un divertissement tout en puissance et bonté. À découvrir en salles le 7 juin 2017.

Bien qu’elle soit une icône de la culture populaire, l’amazone de l’écurie DC Comics a droit à une origin story dans les règles de l’art. La première heure du film nous embarque sur l’île de Themyscira, où prospère harmonieusement un matriarcat d’amazones, à l’abri du monde des hommes. Enfant, la princesse Diana (Gal Gadot) ne demande qu’à prendre part à l’entraînement des femmes, encadré par sa tante et illustre guerrière Antiope (Robin Wright). Sa mère, la reine Hippolyta (Connie Nielsen) tente de l’en dissuader. Qu’importe, l’enfant outrepasse l’interdiction et finit par embrasser l’art du combat. Devenue une jeune femme, Diana est devenue un élément hors-pair, surpassant alors Antiope.

La princesse Diana (Gal Gadot) et sa mère, la reine Hyppolita (Connie Nielsen). © Copyright 2017 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC ENTERTAINMENT, LLC / Clay Enos
La princesse Diana (Gal Gadot) et sa mère, la reine Hippolyta (Connie Nielsen). © 2017 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC ENTERTAINMENT, LLC / Clay Enos

Un jour, Steve (Chris Pine), un espion anglais, s’écrase au large de l’île paradisiaque. L’amazone n’hésite pas une seule seconde et le sauve sans se douter une seule seconde que l’intrus a introduit malgré lui des ennemis allemands sur les terres protégées. Hippolyta et Antiope sont persuadées qu’Arès, dieu de la guerre et de la destruction, est à l’origine de ce bouleversement. Touchée par le récit de Steve et déterminée à vaincre le mal, Diana décide de quitter ses proches. Elle découvre alors un monde rongé par la Première Guerre Mondiale. Mais aussi une humanité qui mérite d’être sauvée. Guidée par Steve, la jeune femme s’alliera à une équipe loufoque de mercenaires. Propulsée dans un monde dont elle ignore les codes et les coutumes, l’héroïne est alors loin d’imaginer que ce périple bouleversera à jamais son destin et son identité.

Une guerrière, une déesse, une légende

Les échecs cuisants d’Elektra ou de Catwoman semblent de lointains souvenirs. Le long-métrage de Patty Jenkins semble enfin ouvrir la voie aux grandes icônes féminines des comic-books. La réalisatrice de Monster impose une héroïne forte et éclatante, incarnée par Gal Gadot. L’actrice d’origine israélienne crève l’écran ; son naturel comme une évidence. Si bien que l’on vient à juger encore plus sévèrement son introduction pataude dans le désolant Batman vs Superman. Son innocence gagne même en hauteur lorsqu’elle se heurte au pragmatisme de Steve. Pourtant stéréotypé, ce dernier transcende sa fonction de faire-valoir et contribue à la savoureuse dynamique du duo. La rencontre entre la mythologie et la modernité débouche sur une amusante – bien que forcée – inversion des rôles. Cette dernière devient alors le terrain d’un discours féministe, parfois maladroit mais souvent attachant. Sur le champ de bataille, Steve se rend bien vite compte qu’il a tout intérêt à laisser sa coéquipière diriger les opérations. Quand ils ne succombent pas à sa grande beauté, les autres hommes du film ne peuvent que s’incliner devant sa bonté, son courage et sa perspicacité.

Diana (Gal Gadot) se retrouve propulsée dans une société dont les codes lui échappent. Elle pourra compter sur l'aide de Steve (Chris Pine) et sa secrétaire Etta (Lucy Davis). © Copyright Warner Bros. France
Diana (Gal Gadot) se retrouve propulsée dans une société dont les codes lui échappent. Elle pourra compter sur l’aide de Steve (Chris Pine) et sa secrétaire Etta (Lucy Davis). © Warner Bros. France

Des explorations citadines au front, Patty Jenkins magnifie son héroïne tantôt invincible tantôt vulnérable. Au combat, Diana n’a pas à rougir de ses collègues masculins et offre des moments de bravoure spectaculaires et généreux. En témoigne une scène où Wonder Woman, parée de son mythique costume, brave seule les balles ennemies dans un no man’s land. Aussi puissante que Superman, la déesse guerrière s’impose comme l’un des meilleurs atouts de la Justice League, prévue pour la fin de l’année 2017. Visuellement, le film pêche par un manque d’audace et préfère adopter les motifs ultra-stylisés chers à Zack Snyder (officiant ici comme producteur). Plus regrettable, quelques incrustations malhabiles font de la première heure d’exposition un péplum à l’esthétique kitsch plus que discutable. Un défaut vite corrigé lorsque la cinéaste aborde l’incursion de Diana dans le monde humain.

Personnages divins, écrin ordinaire

Riche en qualités, le long-métrage n’évite pourtant pas les écueils propres au genre. À commencer par un antagoniste visuellement convaincant mais dont l’arrivée s’avère trop tardive. Ses sbires se contentent quant à eux du strict minimum : tuer des innocents et ricaner machiavéliquement. Au même titre, les personnages secondaires composant l’équipe de mercenaires ne tiennent pas leur promesse. Patty Jenkins préfère laisser toute la scène à son duo de héros, l’atout fort de Wonder Woman. Comme bien souvent dans les films de genre, le dernier acte est aussi le plus classique. S’il ne se détache pas du tout-venant super-héroïque, il remplit cependant le cahier des charges.

Sur le front, l'amazone brave les pires dangers. © 2017 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC ENTERTAINMENT, LLC / Clay Enos
Sur le front, l’amazone brave les pires dangers. © 2017 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC ENTERTAINMENT, LLC / Clay Enos

À la manière d’un Thor ou d’un Captain America : First Avengers, l’œuvre de Patty Jenkins porte en héritage un univers peu enclin au second degré. À l’écran, l’arrière-plan de Wonder Woman dégage un charme désuet et s’envisage comme un plaisir coupable. Plus fidèle à l’esprit des comics qu’à la série-télévisée des années 1970, le film esquive l’humour excessif des récentes productions super-héroïques au profit d’un héroïsme un peu vieux jeu. Bien sûr la naïveté du personnage prête parfois à sourire notamment lorsque dans un ultime affrontement, Diana proclame solennellement à son ennemi : « l’amour peut sauver l’humanité ». Ne reste alors qu’un objet plein de bonne volonté, ouvrant la voie à des femmes qui ne demandent qu’à sauver l’humanité sur grand écran. Pourquoi bouder un tel plaisir ?

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14 commentaires sur « Wonder Woman, les origines de la légende »

  1. Content de voir que je ne suis pas le seul à avoir trouvé l’introduction (d’une heure tout de même) longue et kitch. Quand tu parles des incrustations ratés, je suppose que tu penses au « magnifique » saut dans le vide de Diana jeune ^^

    Je ne trouve pas que la patte graphique de Snyder soit dommageable au film en revanche.
    Quand je vois l’esthétique de l’intro perso je suis bien content que le reste soit inspiré par lui. Il faut bien penser que le film devra s’intégrer dans l’univers étendu (que ce soit bien ou mal vu n’est pas trop la question ici), un style différent aurai fait tâche par la suite.

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    1. Oh je parle d’à peu près tout les plans de cette première heure. 🙂
      Notamment ce panoramique présentant les amazones lors de leur entrainement. J’en ai versé une larme tellement j’ai eu mal aux yeux.

      L’affiliation à Snyder n’est pas dommageable en soi mais très facile. Je suis pour la cohérence de l’univers. Mais je reste persuadé que Jenkins aurait pu proposé autre chose que des « slow-motions » (parfaitement exécutés ceci dit) et un final, encore une fois, plongé dans l’obscurité. Les réussites visuelles du film sont très modestes.

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      1. L’entraînement des Amazones est sans doute le pire combat, mais pour moi à part celui de la maison pleine d’allemands et celui du village juste après, ils sont tous un peu ridicule car beaucoup trop scriptés.
        Même la traversée du No Man’s Land qui semble avoir plus à tant de monde : sérieux, 1an qu’ils sont bloqués là et en 10 minutes et 8 ennemis la tranchée adverse est prise ? XD.

        Pour la patte de Snyder je pensais surtout aux images sombres et contrastées. C’est vrai que les ralentis on aurait pu s’en passer.

        Pour le combat final c’est ridicule en tout point mais malheureusement pas une surprise : idem à BVS (que j’ai vraiment bien aimé par contre désolé^^) et à celui de Suicide Squad

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  2. Bon après ces défauts ne m’ont pas gâché le film :
    Demander un combat final digne de ce nom à un film de super héros c’est comme demander à un Fast&Furious d’être profond ^^.

    Soit tu les traité à la manière de Nolan : en humain qui finalement meurent facilement, soit tu les traités comme c’est fait là en surhomme avec un combat « grandiose » mais forcément sujet a débauche d’effet spéciaux…

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  3. tu sais que c’est le prochain film que je vais voir. La Bande annonce et ce que tu en dis dans ton texte toujours cool à lire, me font dire que ce petit plaisir coupable en vaut la peine ! On en reparlera toi et moi. Excellent weekend Simon ! merci du partage 🙂 🙂

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  4. Je ne suis pas allé voir ce film (je me suis arrêté à « Man of Steel » dans le DCverse, avec une entorse malheureuse chez les « Suicide Squad ») mais plusieurs choses m’interpellent dans cette adaptation. En premier lieu, c’est le transfert des évènements de la Seconde à la Première Guerre Mondiale. Pourquoi ce choix ?
    Est-ce par pur opportunisme alors que nous sommes en pleine période de commémoration du centenaire ?
    Est-ce pour reprendre à son compte le féminisme brandi par les suffragettes britanniques ?
    Ou bien est-ce parce qu’une Israélienne qui zigouille de l’Allemand est moins tendancieux dans le contexte de cette guerre plutôt que dans l’autre ?
    J’ai sans doute l’esprit mal tourné mais il y a sans doute au moins une des trois raisons valable.

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    1. Merci pour ton commentaire ! 🙂
      Je te rejoins sur le premier point, j’ai été étonné de voir que les évènements historiques étaient abordés avec une grande liberté. Cela donnait un curieux mélange entre Première et Seconde Guerre Mondiale. J’ai finalement laissé ça sur le compte de l’univers « fantastique » et d’un parti-pris purement esthétique.
      Pour ce qui est du féminisme, il y a de l’opportunisme mais aussi une cohérence, Wonder Woman est une super-héroïne qui traverse les âges. J’ai trouvé ça plutôt amusant (même si, facile et quelque part pas vraiment original) de la confronter à la condition féminine de l’époque. 🙂

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      1. Pour les Américains, 2017 représente le centenaire de leur entrée dans la Grande Guerre. Le film serait sorti en 2014, on aurait sans doute plutôt vu WW en maillot de bain sur les plages du débarquement. Quoiqu’il en soit, WWI ou WWII, la « femme prodigieuse » est une icône US qui ressemble initialement à ces pin-up que les pilotes accrochaient au dessus de leur tableau de bord, que les Marines contemplaient épinglée sur une caisse de munitions. sous une tente. L’utiliser pour contrer le sexisme ambiant est plutôt une très bonne idée.

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  5. Salut,
    Wonder Woman est un film important, car c’est le premier blockbuster qui met une femme en avant. Selon moi, le cinéma super-héroïque avait besoin d’une icône féministe. J’ai adoré la relation entre Diana et Trevor !

    À bientôt !

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    1. Merci pour ton commentaire. À vrai dire il y a déjà eu deux films mettant en scène des super-héroïnes : « Catwoman » en 2004 avec Halles Berry et « Elektra » en 2005 avec Jennifer Garnier…deux échecs commerciaux et artistiques cuisants.
      Mais oui, « Wonder Woman » peut être vu comme le premier coup d’éclat, la première réussite pour nos héroïnes. En espérant qu’elle ouvre la voie à d’autres icônes de comics. 🙂

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