Le Roi Arthur, réinventé par Guy Ritchie

Après avoir adapté au cinéma le plus british des détectives privés, Guy Ritchie reprend à sa façon la légende arthurienne. C’est nerveux, décalé et drôle, à l’image des premiers films qui avaient fait son succès. Et pourtant, avec Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur, ces excès de style ne prennent pas. Explications.

Dans le paysage cinématographique, le style de Guy Ritchie est reconnaissable entre tous. Il est indéniable que le réalisateur britannique a souvent privilégié le style sur le scénario. Le spectateur retrouvera dans Le Roi Arthur les effets visuels, les ralentis, les flashbacks, des coupes très rapides et un montage ultra nerveux. Outre son esthétique marquée, le film est assez représentatif du cinéma de Ritchie, avec des dialogues millimétrés et percutants et un goût immodéré pour la baston. Après Mickey O’Neill (Brad Pitt dans Snatch) ou encore Sherlock Holmes (Robert Downey Jr), le héros Arthur sort les muscles dans les rues malfamées de Londres, où il apprend la bagarre auprès du maître George (Tom Wu).

Cette plongée dans les bas-fonds de la ville, dans laquelle le futur roi est élevé dans un bordel, ignorant tout de son histoire, est des plus déstabilisantes. La scène introductive annonçait un tout autre genre. Alors que le royaume de Camelot est pris d’assaut par des guerriers sur dos d’éléphants gigantesques, le roi Uther Pendragon (Eric Bana) repousse le vilain mage destructeur et reprend le contrôle de ses terres… jusqu’à la trahison de son frère Vortigern (Jude Law). Visuellement, quelque chose saute aux yeux. Est-on en train de regarder une scène du Seigneur des Anneaux ? Guy Ritchie nous plonge dans un univers d’heroïc fantasy, plutôt distrayant, mais copieusement inspiré de celui de Peter Jackson.

Eric Bana incarne Uther Pendragon, père d'Arthur et roi d'Angleterre, aux côtés de sa femme Igraine (Poppy Delevingne) © Warner Bros
Eric Bana incarne Uther Pendragon, père d’Arthur et roi d’Angleterre, aux côtés de sa femme Igraine (Poppy Delevingne) © Warner Bros

Il y a donc deux mondes dans Le Roi Arthur : celui du château où règne le méchant Vortigern, à l’esprit très fantasy, et celui de la ville, dans lequel évolue le héros, plutôt gangster du Moyen-Âge. Arthur, sous les traits de Charlie Hunnam (très bien, vu dernièrement dans The Lost City of Z) est un leader charismatique, un brin provocateur et taquin, mais surtout un chic type au grand cœur, qui protège virilement les prostituées qui l’ont élevé. Quelques rebondissements plus tard, le voici, extirpant Excalibur de son rocher. C’est donc lui l’enfant-roi destiné à renverser Vortigern ! Pas de suspense concernant le déroulement de l’histoire… Arthur va devoir contrôler son épée indestructible, pour finir par obtenir justice.

Il est indéniable que Guy Ritchie a voulu donner un coup de jeune à la légende arthurienne, mais sa surexploitation des effets spéciaux, ajoutée à son esthétique très marquée, rendent les scènes de bataille illisibles. Reste alors l’humour, souvent de façon non volontaire, mais parfois bienvenu grâce aux bavardages incessants de la petite troupe accompagnant Arthur. Point fort du film, le gang est éclectique et attachant, Bill (Aiden Gillen, déjà vu dans Game of Thrones) et Back Lack (Neil Maskell, vu dans Utopia) en tête. Côté féminin, l’actrice Astrid Bergès Frisbey incarne une magicienne un peu cinglée, dans des scènes assez grotesques. Mélangeant allégrement tous les genres, Ritchie passe à côté de son film et perd le spectateur. Dommage, avec Arnaques, crimes et botanique, et Snatch, ses deux premiers films, il nous avait fait de belles promesses… Jamais respectées depuis.

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5 commentaires sur « Le Roi Arthur, réinventé par Guy Ritchie »

  1. Merci pour cet avis ! Personnellement, rien qu’en ayant vu la bande annonce au cinéma je me suis dit « Non ». Plus qu’un pot-pourri de styles pris par ci, par là, ce film est surtout ultra-commercial. La découpe rapide des plans, les effets spéciaux tirés par les cheveux… C’est pas vraiment ça l’histoire du Roi Arthur quoi….

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  2. Une fois encore, l’oeuvre finie n’est pas conforme à la BA. Personnellement, j’ai trouvé le film impressionnant par sa longueur et son air de déjà-vu comme tu l’as si justement rappelé. Les effets spéciaux sauvent le long-métrage de Guy Ritchie de la correctionnelle mais pour le reste, ça devient un peu du n’importe quoi !

    Aimé par 1 personne

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