Alien : Covenant ou l’expédition de trop

Plus qu’attendues au tournant, les nouvelles aventures des cruels xénomorphes confirment les craintes attisées par les bandes-annonces. Toujours réalisé par Ridley Scott, Alien : Covenant fait piètre figure face à son illustre modèle. Pire encore, le long-métrage peine à remplir son rôle de divertissement anxiogène. Un échec à découvrir en salles – ou pas – le 10 mai 2017. (Attention, risque de spoilers élevé)

Passé une première scène intrigante, Alien : Covenant entraîne le spectateur dans les longs couloirs du vaisseau Covenant. À bord de ce dernier, un équipage de scientifiques ainsi que 2.000 colons (et embryons humains) sont plongés dans un sommeil artificiel. Seul éveillé, l’androïde Walter (Michael Fassbender) s’assure de la bonne trajectoire de l’astronef vers une exoplanète favorable au développement d’un nouveau monde. Mais une éruption stellaire endommage l’embarcation spatiale. Réveillés de force, l’équipe doit déjà faire le deuil de leur commandant (James Franco pour un caméo inattendu). Capitaine malgré lui, Christopher Oram (Billy Crudup) doit alors reprendre les commandes et asseoir sa nouvelle autorité.

L'équipage du vaisseau Covenant, au complet. © 2017 Twentieth Century Fox
L’équipage du vaisseau Covenant, au complet. © 2017 Twentieth Century Fox

Lorsque le vaisseau intercepte une transmission étrange, l’intendant décide, avec l’accord de son groupe de retarder leur mission initiale pour remonter à la source du signal. Seule Daniels (Katherine Waterston) fait preuve de réticence face à cet imprévu. Sur place, les relevés topographiques et atmosphériques effectués par Covenant laissent croire que cet environnement inconnu est favorable à la vie. Les protagonistes y voient la promesse d’un meilleur habitat pour toute la colonie. Mais à peine débutée, l’expédition tourne vite au cauchemar. La planète abrite un monde dangereux où les menaces sont embusquées. L’un après l’autre, les passagers égarés vont succomber à la cruauté de créatures monstrueuses.

Dans l’espace, personne ne vous entendra ruminer

Dès les premières minutes, il paraît difficile de faire abstraction des précédents Alien. Ce nouveau volet, à la genèse tourmentée, porte avec lui de cruciaux enjeux. Celui de redorer le blason d’une saga entachée par des séquelles décevantes et un prélude laborieux (Prometheus). Celui d’explorer la mythologie d’un univers encore mystérieux. Celui de retrouver l’horreur primaire d’un premier film culte. Esthétiquement soigné, le film de Ridley Scott se révèle vite médiocre. Pire encore, il nous laisse une indécrottable sensation d’avoir été dupés. « Tout cela paraît incompréhensible », glisse le personnage de Daniels à son collègue androïde, résumant plutôt bien une première partie confuse.

Le mieux est l’ennemi du bien. Alien : Covenant souffre d’abord d’un traitement excessif. Trop nombreux, les personnages peinent à être attachants et ne sont évidemment là que pour servir de nourriture et d’hôtes aux monstres. Leurs rapports ne sont pas sans rappeler ceux de l’équipage du Nostromo (Alien : le huitième passager) mais pêchent par une écriture superficielle. À l’instar de Noomi Rapace dans Prometheus, Katherine Waterston peine à faire oublier Sigourney Weaver dans le rôle de l’héroïne dure à cuire. D’autres motifs familiers et occurrences aux précédents volets viennent s’ajouter ici et là, sans grand succès.

Plus massif, plus sanguinaire et plus insidieux, le xénomorphe s’avère aussi moins réaliste. Alors que Ridley Scott annonçait un retour à des effets spéciaux plus traditionnels, le résultat est finalement noyé sous des couches numériques parfois grossières. À être trop exposée, la créature imaginée par le regretté Hans Ruedi Giger peine à susciter l’effroi, là où son ancêtre glaçait le sang à chacune de ses apparitions. Quant à l’autre spécimen, le « néomorphe », déjà aperçu dans Prometheus, il ne représente que peu d’intérêt et encore moins une quelconque originalité. Si bien que l’on vient à se poser des questions. Le recyclage était-il à ce point inévitable ? Ou n’est-il que le cache-misère d’un profond manque d’inspiration ?

Univers complexe pour film étriqué

Indéniablement, Alien : Covenant souffre de comparaisons ennuyeuses. Même ses plus récents ersatz, tels que Life de Daniel Espinosa, ont su se distinguer par des audaces techniques ou par une réalisation efficace. Sacrifié sur l’autel de la citation cinématographique et des clins d’œil, le scénario de John Logan et Dante Harper se montre maigre en nouveautés et manque cruellement d’audace. À vouloir à tout prix relier Prometheus et Alien – le premier du nom –, cette nouvelle histoire en oublie le principal : divertir et effrayer. Si certaines scènes ne manqueront pas de raviver la nostalgie du spectateur, les retournements de situations demeurent prévisibles.

L’œuvre se révèle plus séduisante dans son approche théologique et philosophique, portée ici par le personnage complexe de David, incarné également par Michael Fassbender. Disparu depuis la fin de Prometheus, l’androïde mégalomane réapparaît tel un Robinson Crusoé de l’espace. Celui-ci n’a toujours d’yeux que pour la création et la survivance de l’être parfait….quitte à éradiquer ses créateurs humains. Cynique et cruel, le discours de Covenant pâtit malheureusement d’une mise en scène grossière. En témoigne un passage où David exalte l’esprit créatif et l’indépendance de son clone plus récent, Walter. Se voulant poétique et grave, l’échange frôle l’absurde.

David (Michael Fassbender), androïde complexe et mégalomane, sera prêt à tout pour protéger sa création parfaite. © 2017 Twentieth Century Fox
David (Michael Fassbender), androïde complexe et mégalomane, sera prêt à tout pour protéger sa « création » parfaite. © 2017 Twentieth Century Fox

Outre ces déceptions, le long-métrage réaffirme surtout l’aura intemporelle d’Alien : le huitième passager. Depuis sa sortie en 1979, le premier volet s’est imposé comme un monument de la science-fiction d’horreur. Confirmant au passage le talent du jeune Ridley Scott. Trente-huit ans après, le cinéaste s’embourbe dans un marasme filmique. S’il parvient quelque fois à distiller de vrais moments d’angoisse, il saborde aussitôt son entreprise en y apposant de maladroites scènes d’action, dans lesquelles sa modeste héroïne se transforme en redoutable guerrière. « L’oisiveté est mère de tous les vices », proclame l’antagoniste David. De là à déduire que le réalisateur confesse ses pêchés, il n’y a qu’un pas.

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14 commentaires sur « Alien : Covenant ou l’expédition de trop »

  1. J’apprécie ton article, Simon. Je suis un fan de la saga Alien même si déjà Ridley Scott nous avait roulé dans la farine avec «prometheus» qui nous laissait de trop nombreuses ellipses. Je t’avoue que j’étais prêt à aller voir le 24 ème film de Ridley Scott mais ton excellent article vient de m’en dissuade malgré Fassbender qui est un acteur magnifique.

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    1. Bonsoir Philippe !
      Je vous remercie pour votre commentaire. 🙂
      Étant moi-même fan de la saga, j’ai été extrêmement déçu mais je m’y attendais quelque part.
      Je ne me permettrai pas pour autant de dire qu’il ne faut pas aller le voir (mais je ne dirai pas le contraire non plus). De ce que j’ai pu entendre et lire, le film a séduit certaines personnes par son propos, son envergure mythologique. Personnellement, ce n’est pas forcément ce que je trouve de plus intéressant dans les premiers films.
      À voir ! Excellente soirée à vous. 🙂

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  2. Il y a la scène de l’accouchement de Prometheus qui m’aura laissé un long et grand traumatisme, du coup je suppose que Promethéus m’aura quand même pas mal marqué et n’ayant pas vu la genèse et l’original Alien le huitième passager je ne pourrai pas m’en référer pendant mon visionnage de Covenant. Mais j’étais intéressée par l’idée qu’il soulevait avec les aliens qui ont bâtis les hommes.

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    1. Dans ce cas je pense que celui-ci te plaira. Il s’inscrit davantage dans l’esprit de « Prometheus » que du premier « Alien ». 😉
      Et par ailleurs, le film est assez gore. C’est à mentionner !

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  3. J’avais mis du temps à apprécier « Prometheus » (et finalement, j’y suis arrivée en faisant abstraction des quatre premiers films)(vu que ce sequel leur crache un peu dessus quand même) et franchement, l’histoire des Ingénieurs, la création de l’homme et tout, ça me donnait franchement envie d’en voir une suite. Le fait que l’Alien résulte des mutations d’un pathogène destiné à exterminer toute forme de vie, c’était cool. Et puis est arrivé Covenant avec ses gros sabots.
    Franchement, j’ai beau aimer à la base Ridley Scott d’amour (parce que Gladiator, parce que le premier Alien, parce que plein d’autres), là, j’ai vraiment eu l’impression qu’il s’était perdu. En même temps, vu la teneur des dialogues et le superficiel des ses personnages (l’équipage en entier est une gigantesque blague), on se demande bien comment il aurait pu faire quoi que ce soit de réussi… Alors oui, c’est beau. J’ai retrouvé l’esthétique qui m’avait tant plus dans Prometheus (et qui m’a fait m’accrocher jusqu’à la fin) mais… C’est tout.
    Une coquille vide, voilà ce que c’est. Il voulait réinventer son mythe et travailler les origines du xénomorphe, ben pour moi, c’est un gros échec. La bande-annonce était tellement plus cool que cette soupe de 2h, ça me fait limite mal au coeur.

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    1. Complètement d’accord avec toi, on s’égare beaucoup trop dans ce film. Outre son histoire, sa mythologie, le gros souci est qu’on n’éprouve aucune empathie pour les personnages. Si bien qu’on a du mal à retenir des visages, des noms.
      Si je reproche à « Prometheus » de faire trainer les choses, « Alien : Covenant » se montre très expéditif. Le rapprochement entre le préquel et le premier « Alien » est trop forcé !

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  4. Bonsoir Simon ! Tu le sais nous n’avons pas ressenti les mêmes choses devant ce film. Je suis en mode bon public en ce moment donc je te dirais que j’ai vraiment aimé après c’est vrai qu’il y a des Mais.. les personnages sont expédiés à la va vite c’est vrai mais je pense que le Ridley Scott de 1978 n’est plus.. il faut s’y faire 😉 un peu comme Spielberg ou d’autres de cette génération, leurs meilleurs films sont derrière eux. On peut le regretter mais c’est ainsi. Je n’ai pas vu « Life ». Je fais abstraction de la quadrilogie comme Sweet Judas (qui n’a pas aimé non plus le film). je vois ce film comme une suite de Prometheus plus que comme un prequel d’Alien. La fin m’a plu et le personnage humanoïde ainsi que son « double » de Fassbender je l’ai trouvé intéressant, c’est même ce que j’ai préféré dans le film. Il est peut être trop « cérébral » et moins « cool » que le premier qui est à mon sens indépassable car le meilleur de la saga. J’attends le troisième épisode de Scott pour nous réconcilier sur ce film loll 😉 toujours aussi plaisant de te lire Simon, Excellent weekend à toi ! @très vite 🙂

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    1. Oui je pense que je reste beaucoup trop attaché à la quadrilogie. Par consequent, je suis peut-être dur avec ce film (que je trouve néanmoins très médiocre).
      Ceci-dit, je répondrai présent pour la suite et espère rejoindre ton avis. 😉
      Bonne soirée à toi !

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  5. Comment ne pas être d’accord avec cet argumentaire encore bien doux au regard de ce spectacle désastreux maquillé sous une esthétique toujours irréprochable chez Scott. On pouvait espérer après « Prometheus » un sursaut qualitatif, l’envie de revenir à un film purement viscéral qui se chargerait de profondeur grâce à l’intensité qu’il développe (à l’image du premier). Trop ambitieux, trop grandiloquent, « Covenant » se vautre dans un luxe visuel qui ne convient pas à la bestiole, jamais plus redoutable que dans les univers crasseux des trois premiers films. Ici c’est Jurassic Park qui se mord la queue, qui fait risette à Blade runner, tout en nous pipeautant une réflexion sur l’immortalité qui sonne horriblement creux.

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    1. Merci pour ce commentaire où tout est si joliment résumé. 🙂
      Je suis bien d’accord avec toi : l’esthétique engagée par « Prometheus » ne correspond pas pour moi au premier univers des xénomorphes. L’initiative est audacieuse, le résultat est bien superficiel.
      Je pense qu’il faut se faire a l’idée que Ridley Scott ne reviendra plus à un style viscéral. C’est bien triste !
      Bonne soirée à toi. 🙂

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  6. Ridley Scott continue de rebooter la saga, sauf qu’il ne fait réchauffer les films précédents. Les thématiques ne sont jamais traités jusqu’au bout, tout comme le peu d’originalité qu’il y a de ce film. Ou est passé la subtilité et le sens du grand spectacle caractérisé made in Scott ? Il est clairement temps de passer la main à des cinéastes plus jeunes et plus inspirés. James Wan, Neil Blomkamp, Christopher Nolan, Denis Villeneuve ou encore Alfonso Cuarón. Pour ma part en tout cas, la saga Alien s’arrête avec Résurrection, même il est loin d’être parfait.

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