Adieu Mandalay : à la recherche d’une existence

Récompensé au Festival International du Film d’Amiens et au Festival de Venise en 2016, Adieu Mandalay est le quatrième long-métrage du réalisateur taïwanais Midi Z. Plus ou moins inspirée de faits réels, l’histoire suit deux jeunes Birmans émigrés clandestinement en Thaïlande. En quête d’une vie meilleure, ces déracinés vont se confronter à des souffrances insoupçonnées. Une œuvre tragique à découvrir en salles le 26 avril.

À la frontière birmano-thaïlandaise, Lianqing (Wu Ke-Xi) traverse furtivement le fleuve Salouen à l’aide d’un homme. Le spectateur comprend vite que ce dernier est un passeur. Sur l’autre rive, la jeune fille rejoint un autre individu qui l’emmène en moto vers un troisième homme. Dans une camionnette, celui-ci la transporte avec d’autres Birmans vers Bangkok, la destination finale de ces immigrés. À la dernière étape de ce trafic humain millimétré, Liangqing rencontre Guo (Kai Ko), autre jeune Birman. Arrivés en Thaïlande, la jeune fille trouve un emploi précaire de plonge dans un restaurant de Bangkok tandis que son compagnon de route est embauché dans une usine textile. Les deux héros se rapprochent très vite. Mais sans papiers, leur quotidien se révèle plus que précaire. Le jeune couple ne partage pas les mêmes ambitions : si Guo veut gagner assez d’argent pour retourner dans son pays natal, Liangqing est farouchement déterminée à obtenir un visa de travail et à échapper à sa condition de pauvreté qui ronge son existence.

Tous deux clandestins birmans, Guo (Kai Ko) et Lianqing (Wu Ke-Xi) vont se heurter à une capitale thaïlandaise cruelle et abusive envers les immigrés.  © Les Acacias
Tous deux clandestins birmans, Guo (Kai Ko) et Lianqing (Wu Ke-Xi) vont se heurter à une capitale thaïlandaise cruelle et abusive envers les immigrés. © Les Acacias

Dès sa séquence d’ouverture, longue et silencieuse, le long-métrage de Midi Z lève le voile l’exploitation des immigrés réduits ici à des transactions financières. Les douaniers corrompus, que le groupe de clandestins rencontre à la frontière, en disent long sur la situation. Depuis la fin des années 70, l’émigration clandestine birmane en direction de la Thaïlande, malgré le progrès social et la démocratisation du premier pays. Birman d’origine, le réalisateur de 35 ans donne à voir un déracinement marqué par les difficultés matérielles et les souffrances psychologiques. Exploités, les héros d’Adieu Mandalay désenchantent dans une ville mondialisée en constante contradiction et hypocrisie. Si dans un premier temps, les puissants patrons rejettent les héros pour des raisons administratives, ils finissent par exploiter cette main d’œuvre peu chère et en détresse. C’est dans cet univers de marchandisation, que le film donne à voir le rapprochement entre Guo et Liangqing. Une relation d’amitié amoureuse souvent mutine mais touchante, que la précarité éprouvera à de multiple reprises.

Pour fuir la prison que représente leur pays, les jeunes gens entament un chemin de croix mais ignorent qu’ils s’en vont pour y trouver une plus grande cage. Si Liangqing se heurte à l’indifférence et le mépris d’une cousine installée bien avant elle, la jeune femme et Guo vont tout de même rencontrer une communauté solidaire de clandestins. Entre ses postures figées et ses airs fatalistes, l’héroïne intrigue entre passivité et détermination. Plus combative et obstinée que son homologue masculin, elle affiche une ambition à l’épreuve des compromis. Un éventuel retour en Birmanie n’est pas envisageable pour elle. Mais confrontée à l’oppression et aux injustices d’une société patriarcale, elle finit par acheter ses espoirs d’une vie meilleure et n’obtient ses papiers d’identité qu’après avoir généreusement payé des policiers. Elle se résout même à la prostitution dans une scène aussi onirique que glaçante où son premier client – et aussi « sa première fois » – apparaît à l’écran en un terrifiant varan.

À l'ombre des souffrances physiques et morales, la communauté des clandestins s'offre quelques rares moments de répit et de loisirs. © Les Acacias
À l’ombre des souffrances physiques et morales, la communauté des clandestins s’offre quelques rares moments de répit et de loisirs. © Les Acacias

À la différence de son amie, Guo ne semble plus avoir le courage de continuer ainsi. À ces aspirations opposées se mêlent des sentiments amoureux. Progressivement, ces derniers laissent transparaître des considérations plus charnelles. Des désirs qui finiront par pousser le jeune homme à la folie, lors d’un final brutal et tragique. Elle a besoin d’une identité pour exister ; il a besoin d’amour pour s’accomplir. Ne cédant jamais au pathos ni aux éclats narratifs, le réalisateur conte la vie intérieure, rythmée par la détermination, la résignation mais aussi la douleur de ces jeunes travailleurs migrants. Bien que cousue de fil blanc, l’histoire n’en reste pas moins cruelle et dramatique. D’autant plus lorsqu’elle se déploie dans un calme angoissant et une langueur propre au cinéma d’auteur asiatique. La mise en scène de Midi Z parvient à rendre chaque espace ( une usine, un commissariat, de petits appartements) oppressant. La frénésie de ces corps en exil se retrouvent écrasés par les bâtiments de la capitale chaude et humide. Les déracinés finissent par se confondre avec les marchandises qu’ils manipulent. Jusque dans ses dernières minutes, Adieu Mandalay dénonce la déshumanisation tragique de personnes qui ne demandent qu’à exister.

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