Séries Mania : les coups de cœur de la 8ème édition

Le 23 avril dernier, la huitième édition du festival parisien Séries Mania s’est achevée avec le couronnement de la série israélienne Your Honor. Un palmarès éclectique à l’image d’une sélection riche et audacieuse, tant sur les propositions françaises qu’internationales. Retour sur les quatre découvertes « coup de cœur » qui feront bientôt leurs débuts sur le petit écran.


Toujours plus et encore mieux. Telle fut la devise de cette huitième saison de Séries-Mania, le rendez-vous annuel, public et professionnel, consacré aux productions sérielles internationales. Pendant dix jours, les festivaliers ont profité des 150 séances pour découvrir, souvent en exclusivité mondiale, une soixantaine de séries et web-séries. Si l’ambition et la quantité ont été revues à la hausse, la qualité a rarement fait défaut à l’égard des promesses affichées. À l’ombre des mastodontes telles que les nouvelles saisons de The Leftovers, Sens8 ou encore de Dix pour cent et des curiosités (When We Rise et I Love Dick), les petites nouveautés ont su briller. Au programme : un vampire juif, un adolescent psychopathe et des fois religieuses au bord de l’implosion.

Adam Price revient avec une série ambitieuse,
Adam Price revient avec une série ambitieuse, « Ride Upon The Storm » avec Lars Mikkelsen. © 2017 Tine Harden

1. Ride Upon The Storm d’Adam Price (Danemark)

Reconnu pour son travail sur la série Borgen, le scénariste Adam Price dissèque la foi religieuse et intime d’un foyer danois. Dans la bien nommée Ride Upon The Storm, la famille Krogh est issue d’une longue lignée de pasteurs protestants. Johannes, le père, convoite l’évêché de Copenhague. Bien moins pratiquant, son fils aîné Christian peine à s’épanouir aussi bien professionnellement que personnellement. Le benjamin, Auguste est un homme marié et comblé. Perçu comme « le fils prodigue », il est le pasteur progressiste d’une église dans la capitale. Chacune cherche sa voie, entre éveil à la foi pour Auguste et naufrage paranoïaque pour son père Johannes, interprété par le glaçant Lars Mikkelsen (frère aîné de Mads Mikkelsen). En apparence soudée, cette famille aux nombreuses failles va se retrouver au cœur d’une tempête spirituelle.

Brillamment interprétée, cette ambitieuse série mêle des thématiques intimes, religieuses et politiques. En résulte un drame familial où la gravité de l’histoire se mêle à des séquences symboliques et plus angoissantes. Pour ce faire, Adam Price et son équipe de scénaristes jonglent entre des genres et des ancrages différents. À l’image des séquences stressantes où Auguste est missionné en tant qu’aumônier des troupes danoises dans un pays musulman en guerre. Ses convictions se heurtent à la réalité et la complexité de la guerre. On se surprend alors à trembler pour ce personnage tiraillé entre ses aspirations et un père aussi inquiétant que charismatique. D’une impressionnante maîtrise, les deux premiers épisodes distillent les rapports entre le père et ses fils, unis et déchirés par la religion. La suite, prévue en 2018 sur Arte, s’annonce passionnante.

La série de vampires loufoque,
La série de vampires loufoque, « Juda » de Zion Baruch, a créé la surprise lors de cette huitième édition du festival. © All rights reserved to United Studios ltd. And Hot Telecommunication Systems

2. Juda de Zion Baruch (Israël)

Grande surprise du panorama international, Juda mérite amplement son Prix du jury des blogueurs. Cette création israélienne de Zion Baruch, prochainement diffusée en France sur SFR Play, suit les mésaventures de l’impertinent Juda (interprété par Zion Baruch lui-même). Joueur de poker à la frime facile, ce dernier mène une vie rythmée par de petits trafics d’argent sale. Lorsqu’il se rend en Roumanie pour une partie des plus importante, le héros se retrouve nez à nez avec de légendaires vampires des Carpates. Pour ne rien arranger, il devra rendre des comptes à des mafieux français peu commodes et aux autorités israéliennes.

À mi-chemin entre l’esthétique baroque des films de vampires (Underworld, Entretien avec un Vampire) et les œuvres déjantées de Quentin Tarantino et Guy Ritchie, cette relecture de la mythologie de Dracula en Terre Sainte dynamite les codes du genre. Armés d’un scénario truffé de bonnes idées et d’une mise en scène survitaminée, les premiers épisodes de Juda se montrent loufoques à souhait. À l’image de son acteur/créateur, parfait en trublion et tête à claques. De sa sanglante introduction à son hilarante scène de playback sur « Somebody I Used To Know » de Gotye, la série ne manque pas de mordant et n’accorde aucun répit aux spectateurs. Malin et divertissant, le spectacle ose les effets de style mais ne se prend jamais au sérieux. La preuve qu’on peut encore surprendre avec un sujet aussi éculé.

Sean Bean incarne le père Michael, héros de la nouvelle création de Jimmy McGovern,
Sean Bean incarne le père Michael, héros de la nouvelle création de Jimmy McGovern, « Broken ». © LA Productions – Tony Blake

3. Broken de Jimmy McGovern (Royaume-Uni)

Si Ken Loach était amené à diriger une série, le résultat ressemblerait sûrement à Broken, série britannique créée par le scénariste Jimmy McGovern (Accused). Prochainement diffusée sur la BBC One, la création invite les spectateurs dans un Liverpool laissé à l’abandon, marqué par la misère sociale. L’excellent Sean Bean y joue le Père Michael, curé indépendant, à la tête d’une paroisse. Dévoué, il y assure la fonction de confesseur mais doit aussi assurer le rôle de psychologue et d’assistant social auprès de ses – plus ou moins – fidèles. Ces derniers peinent à concilier leur foi et les épreuves du quotidien. À mesure que l’homme d’église assiste impuissant aux rêves brisés, les spectateurs découvrent les bribes de son passé douloureux. Celui d’un enfant victime d’une mère mal-aimante et violenté par les prêtres catholiques.

À bien des égards, la série éprouve les croyances de ce curé anticonformiste. Si la religion y occupe une place de choix dans les thématiques, Broken saura trouver un écho auprès des spectateurs sensibles aux questions sociales. À l’image du premier épisode où l’on découvre le personnage de Christina (interprétée par la bouleversante Anna Friel, prix d’interprétation féminine au festival), mère de trois enfants confrontée au chômage. Sa rencontre avec le père Michael n’est pas sans rappeler la dynamique formée par les héros de Moi, Daniel Blake (de Ken Loach). Si bien que les ressemblances entre les personnages et leurs mésaventures en deviennent troublantes. Si elle dresse un portrait réaliste de l’Angleterre contemporaine, la série n’oublie jamais l’essentiel : sa belle humanité.

« Born To Kill » suit les errances meurtrières du jeune Sam (Jack Rowan), adolescent et psychopathe en devenir. © World Productions 2017

4. Born To Kill de Tracey Malone et Kate Ashfield (Royaume-Uni)

Skins, Misfits, Queer as Folk, Black Mirror ou encore This is England… On ne compte plus les excellentes séries qui ont vu le jour sur la chaîne britannique Channel 4. Pour le huitième printemps du festival, le diffuseur a présenté en première mondiale sa dernière création, Born to Kill. En quatre épisodes d’une heure, cette mini-série, écrite par Tracey Malone et Kate Ashfield, suit le dérangeant Sam. L’adolescent vit avec sa mère infirmière Jenny et est persuadé que son père est mort dans un accident de voiture. Les spectateurs comprennent vite que la vérité, dissimulée par sa mère, est bien plus sombre. Complexe et solitaire, le jeune homme passe ses journées entre le lycée et l’hôpital où il tient compagnie à des personnes âgées.

Lorsqu’une nouvelle fait son arrivée dans l’établissement scolaire, le jeune homme commence à développer une étrange fascination pour cette dernière. Mais ces premiers émois se retrouvent bientôt noyés dans un torrent de pulsions meurtrières. Raffinée et dérangeante, Born to Kill distille savamment sa montée dans l’angoisse sans ne jamais céder à l’outrance. Dans la peau de ce psychopathe en devenir, le jeune Jack Rowan, méconnu en France, y est bluffant entre séduction et répulsion. Entre certaines séquences, le titre réapparaît en rouge sur un fond noir. Comme pour mieux annoncer l’inéluctable. Le malaise investit alors progressivement le spectateur qui ne souhaite qu’une chose : arriver à bout de ce portrait d’adolescent fascinant.

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2 commentaires sur « Séries Mania : les coups de cœur de la 8ème édition »

    1. Elles le sont, je confirme !
      L’avantage de « Born To Kill » est son format de quatre épisodes (n’ayant pas vu la fin, il m’est difficile de dire si elle ouvre sur une deuxième saison). On y trouve à la fois des scènes de transitions, souvent contemplatives ou sophistiquées et des passages plus nerveux et stressants.

      Dans un tout autre style, « Juda » est un objet ludique et qui assume le grotesque de son univers. On est à mi-chemin entre la parodie et la série fantastique. Sans oublier son ancrage géographique et culturel qui, allié aux références plus occidentales et américaines, apporte beaucoup de fraîcheur. 🙂

      Aimé par 2 people

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