Power Rangers, nostalgie douce-amère

À la surprise générale, la célèbre franchise des Power Rangers s’offre une nouvelle jeunesse sur grand écran. Pour cette troisième adaptation cinématographique, le réalisateur Dean Israelite s’attelle au pari ardu d’actualiser une icône de la pop culture des années 1990, reléguée jusqu’ici aux déclinaisons parodiques et nostalgiques. Loin d’être la purge annoncée, le film livre un divertissement solide malgré les faiblesses inhérentes au blockbuster américain. En salles depuis le 5 avril 2017.

Difficile de garder son sérieux (ou son calme) lorsqu’un reboot des Mighty Morphing Power Rangers est annoncé en mai 2014 par les studios Lionsgate. Adaptée des populaires séries de super-héros japonaises, les « Super Sentaï », la franchise américaine s’est imposée comme un rendez-vous incontournable pour les enfants, dès sa première diffusion aux États-Unis en 1993. Sous les costumes bigarrés et derrière les pirouettes risibles, des adolescents en apparence comme les autres mais secrètement élus pour défendre la planète de menaces extra-terrestres. Quelques décennies plus tard, le pitch garde toute sa simplicité : dans la petite ville d’Angel Grove, cinq jeunes découvrent des pierres qui leur confèrent des pouvoirs extraordinaires. Ensemble, ils vont devoir surmonter leurs peurs, s’apprivoiser et faire équipe pour devenir les Power Rangers. La situation devient urgente lorsque le monde est la cible d’une destruction orchestrée par une force maléfique : Rita Repulsa (Elisabeth Banks).

Aussi formaté et mercantile qu’il puisse être, le film de Dean Israelite n’est pas dénué de qualités. À commencer par son origin story, développée dans la première heure du film. Le réalisateur délaisse l’univers infantile de son modèle et opte pour une plus grande cohérence. En 2017, Angel Grove est une ville marquée par son passé minier et frappée par la crise. Le spectateur suit les trajectoires croisées de cinq lycéens, tous ratés ou rejetés par leur entourage et leurs camarades. Jason (Dacre Montgomery) est l’ancien sportif star de son lycée, abonné aux heures de colle pour son comportement instable. Il y retrouve Billy (RJ Cyler), un jeune afro-américain autiste, persécuté par la brute de son établissement. Les deux garçons se lient d’amitié sous le regard étonné de Kimberly (Naomi Scott). Cette dernière perd tous ses amis après avoir été l’auteure d’un « revenge porn ». Un peu plus tard, les spectateurs font la connaissance de Trini (Becky G.) qui peine à faire son coming-out auprès de ses parents intolérants. Au lycée, la situation n’est guère mieux : ses déménagements successifs l’empêchent de tisser des liens avec les autres. Enfin, le solitaire et insolent Zack (Ludi Lin), jeune homme d’origine asiatique, sèche les cours pour s’occuper de sa mère mourante.

Autant de représentations de minorités ethniques, sociales et sexuelles qui composent un portrait certes formaté mais aussi plus diversifié de l’époque. Dommage que cette évolution soit entachée par la sexualisation des armures : les filles ont droit à des tenues plus moulantes et à des talons compensés. Limités par un charisme discutable, les interprètes rendent néanmoins cette équipe de super-héros en herbe attachante. Aucun n’est évidemment épargné par des répliques ringardes et la caricature facile. À l’image d’une séquence où chacun se laisse aller à sa petite confession autour d’un feu de camp. Bien que balisé à outrance, ce club des 5 de l’Amérique profonde jouit d’un message aussi naïf que bienveillant : l’union fait la force. Un sous-texte qui a fait le sel de la franchise et qui trouve ici, un terrain d’expression plus mature et adulte. L’amitié y est décrite comme complexe, semée d’embûches mais essentielle pour la survie. En ce sens, Power Rangers n’a pas à rougir de ses codes et de ses stéréotypes faces à d’autres productions pour jeunes adultes telles que Twilight, Hunger Games ou encore Divergente (produites aussi par Lionsgate).

Pour sauver le monde, ces jeunes super-héros en herbe vont devoir surmonter leurs peurs et mettre de côté leurs différences. © Studio Canal / Kimberley French
Pour sauver le monde, ces jeunes super-héros en herbe vont devoir surmonter leurs peurs et mettre de côté leurs différences. © Studio Canal / Kimberley French

Scrupuleux dans sa fonction de teenage movie, le film pêche davantage par des scènes d’actions et des effets visuels bien souvent laids. Les destructions massives font pâle figure face aux références techniques que sont Transformers et Pacific Rim – dont la proximité esthétique et référentielle est indéniable. Comble pour les fans, cet océan numérique trahit l’esprit kitsch des carton-plâtres de la série télévisée. Et dévoile par la même occasion la plus grande faiblesse de ce reboot : son positionnement. Si Dean Israelite livre une histoire et un message fidèles à la licence, il se débarrasse néanmoins des codes qui ont façonné son succès mais aussi ce ridicule, tant apprécié des fans. La production artisanale cède à une mise en scène ingénieuse mais tapageuse. Riche en effets de style. La caméra de Dean Israelite tournoie et virevolte bien plus que ne le font ses héros. À n’assumer que partiellement le second degré évident de son univers, Power Rangers ne choisit jamais son ton. Il en devient un objet hybride, sorte de croisement improbable – et inégal – entre le film de super-héros Marvel et Breakfast Club de John Hughes (1985).

De ses contradictions et ses faiblesses, le long-métrage n’est que le symptôme d’une industrie hollywoodienne schizophrène où la nostalgie y trouve ses limites. Hommage ? Modernisation plus crédible et sombre ? Ou encore parodie assumée ? Difficile de trancher sur une œuvre qui peine à allier la modernité de sa production à son matériau de base. À jouer sur plusieurs tableaux et à se conformer aux normes et aux tendances, le film de Dean Israelite exalte ses propres limites. Ni les néophytes ni les nostalgiques ne parviendront à trouver totalement leur compte. En témoigne un troisième acte bâclé où seuls les riffs du générique originel parviendront à arracher au spectateur un sourire enfantin. Loin d’être catastrophique, Power Rangers ne sort à aucun moment du tout venant actuel et manque de peu ce qu’il aurait pu être : une amusante surprise décomplexée.

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3 commentaires sur « Power Rangers, nostalgie douce-amère »

  1. Perso, j’ai jamais été fan de l’univers même si j’ai très souvent regardé des épisodes le matin avec mon bol de céréales sur les genoux. J’ai jamais vraiment compris l’engouement du truc. Toutefois, ton avis me donne envie de me pencher sur ce film, voir comment le machin s’articule. (J’allais te dire que le résumé me faisait étrangement penser à Breakfast Club mais tu m’as devancée 😉).

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire ! 🙂
      Les Power Rangers sont pour moi comme une petite Madeleine de Proust. De là à dire que j’étais fan, je ne sais pas mais en tout cas, ça avait marqué mon enfance.
      En ce concerne le film, il ne mérite honnêtement pas le déplacement au cinéma. Il n’est pas mauvais mais il reste médiocre. Le cocktail de références est en effet étonnant. Assez plaisant comme un petit plaisir coupable. C’est très rodé sur les thématiques adolescentes mais ça fonctionne toujours. 🙂

      Aimé par 1 personne

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