Legion, la série aux pouvoirs psychédéliques

Le 29 mars dernier, la chaîne américaine FX diffusait le dernier chapitre de la saison 1 de Legion. Créée par le talentueux Noah Hawley, elle met en scène un schizophrène, ignorant qu’il est en fait un mutant, doué de télépathie et de télékinésie. Sous ses airs de série de super-héros, Legion se distingue par sa réalisation, son esthétique et sa narration singulières et un peu dingues. Une très belle réussite.

David Haller est le fils du professeur Xavier, célèbre mutant X Men et un des plus grands télépathes. Pourtant, ne vous y trompez pas, si cette nouvelle série est bien inspirée de l’univers crée par Stan Lee et Jack Kirby, elle se distingue grandement par son traitement et son esthétique à la fois rétro pop et futuriste. Dans Legion, par exemple, aucune mention n’est faite du professeur et encore moins de l’école pour mutants qu’il a créée. David lui-même ne sait même pas qu’il a des pouvoirs : il a été diagnostiqué schizophrène et multiplie les séjours en hôpital psychiatrique. Une rencontre amoureuse, puis une évasion vont le conduire à découvrir sa véritable identité et faire face aux visions et aux voix qu’il entend.

Bien loin du paysage télévisuel actuel, qui propose soit des divertissements calibrés tout public (Arrow, Flash…), soit des univers plutôt sombres avec des « antihéros » réalistes (Daredevil, Jessica Jones…), Legion s’impose par un style coloré, halluciné, très complexe et sans doute un peu déstabilisant. Rien d’étonnant à voir que cette série des plus surprenantes est diffusée aux Etats-Unis sur l’excellente chaîne FX (The Americans, You’re the Worst, Atlanta…). A la tête de ce projet ambitieux, Noah Hawley, créateur de la géniale série Fargo (dont la saison 3 ne saurait tarder), arrive à se détacher du lourd héritage des films X-Men, dont le premier opus, réalisé par Bryan Singer, sortait en 2000. Avec Legion, il apporte une singularité inédite et une narration des plus géniales.

Pour l’accompagner dans ce trip halluciné, Noah Hawley s’est entouré de plusieurs acteurs talentueux, Dan Stevens et Aubrey Plaza en tête. Le premier, révélé par Downton Abbey et actuellement au cinéma dans le rôle de la Bête (dans La Belle et la Bête), incarne le héros schizophrène, à la recherche de son identité. David, tour à tour doux, fou, angoissé, assuré ou dangereux, permet à Dan Stevens de montrer toute la palette de son jeu. A ses côtés, Aubrey Plaza (découverte dans la géniale Parks and Recreation) crève l’écran dans le rôle de Lenny, amie de David dans l’hôpital psychiatrique et personnage très complexe, agité et curieux. Impossible d’en dévoiler plus sur leur relation, sans dévoiler l’intrigue de Légion… Enfin, il y a Sydney (Rachel Keller), dont le héros va tomber amoureux, et réciproquement ! Comme dans le reste de la série, il n’y pas de place pour l’ordinaire et leur histoire d’amour se distingue elle aussi par sa singularité. Mutante rencontrée à l’hôpital, Syd ne peut être touchée. Cette romance, platonique donc, apporte une grande sensibilité et beaucoup de poésie à la narration.

Ces trois personnages, entourés de nombreux rôles secondaires, évoluent dans une temporalité inconnue. L’esthétique, les costumes et la décoration rappellent ceux des années 70. La série elle-même pourrait être un trip halluciné, aux couleurs vives et aux scènes psychédéliques, à l’instar d’une scène chantée et dansée sur Pauvre Lola de Serge Gainsbourg. Le réalisateur a fait le choix d’une BO résolument pop et rock, pour coller au maximum avec l’esprit de la série (She’s a Rainbow des Rolling Stones, en est un autre exemple).

Plongée dans les souvenirs de David avec Ptonomy (Jeremie Harris), Melanie (Jean Smart) et Sydney © Copyright 2017, FX Networks.
Plongée dans les souvenirs de David avec Ptonomy (Jeremie Harris), Melanie (Jean Smart) et Sydney © Copyright 2017, FX Networks.

En dehors de ces décors colorés sublimés par la photographie de Craig Wrobleski, la série se distingue par une mise en scène complètement dingue. Elle s’illustre notamment dans les premiers épisodes par des allers retours fréquents dans les souvenirs de David. Quel est le rêve, le passé, le présent ? Noah Hawley embarque le spectateur d’une temporalité à une autre avec une virtuosité folle. Un choix de narration qui complexifie sans doute la série et qui laissera peut-être des spectateurs perplexes. Surtout que dans les critiques à l’encontre de la série, le scénario est souvent ciblé. Il représente sans doute l’aspect le plus faible de la série puisqu’il est basé sur une seule et unique directive : la quête d’identité de David, aidé notamment par Sidney et par le docteur Melanie Bird (Jean Smart, déjà vu dans la saison 2 de Fargo), à la tête d’un groupe de résistants mutants. Les huit épisodes de cette première saison n’auront pour objectif que de libérer David de ses démons et de lui faire accepter ses pouvoirs. Si les rebondissements sont fréquents, notamment sur la véritable identité de certains personnages, le final est un peu décevant mais annonce, à n’en pas douter une saison prochaine.

Une danse façon Bollywood sur Gainsbourg, une scène de suspens en noir et blanc façon film muet, des va-et-vient constants entre souvenirs et réalité, un plongeur perdu dans le plan astral vivant dans un glaçon… Hawley a fait le choix de l’audace et n’a mis aucune limite à son inventivité. Legion est un gigantesque jeu d’illusions, débarrassé de ses barrières physiques et temporelles. Pour l’apprécier à sa juste valeur, il faudra accepter de lâcher prise…

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