La revue ciné de mars

Face à l’exhaustive richesse du mois précédent, mars s’est montré moins palpitant, plus discret. Au cœur de cette nouvelle revue : des femmes à la vie (extra)ordinaire, parfois même « dévorante », un super-héros vieillissant, des destins mis à l’épreuve… Et de grands cinéastes (James Gray, Danny Boyle, Aki Kaurismäki) ont été éclipsés par de plus jeunes talents. Quels ont été les coups d’éclats et les grandes déceptions du mois ? Réponse à quatre mains.

Notre top 3

1 – 20th Century Women, de Mike Mills

Véritable coup de coeur, 20th Century Women s’impose comme le film le plus tendre et le plus intelligent de ce début d’année. Le long-métrage de Mike Mills se déroule en 1979, durant l’été. Cinq personnages, trois femmes, un homme et un adolescent vivent dans une belle maison bourgeoise, mais l’esprit y est plutôt bohème. Chez Dorothea, mère de famille et figure centrale, on est ouvert aux changements culturels, on aiguise son esprit critique et on échange nos différents regards sur le monde… Grâce à une mise en scène fantaisiste et captivante, Mike Mills transporte le spectateur dans l’histoire de la vie. Il est question des rapports mère-fils, de l’influence du féminisme à la fin des années 70, de la modernité, du temps qui passe et même de la scène musicale de l’époque. Le résultat est aussi surprenant que génial. A voir et revoir.

2 – Grave, de Julia Ducournau

Victime de bizutage, une étudiante en médecine vétérinaire (la prometteuse Garance Marillier) se retrouve bientôt en proie au cannibalisme. Pour son premier long-métrage, la française Julia Ducournau dynamite le paysage du film d’horreur français. Refusant toute étiquette facile, le primé Grave surprend avec son éclectisme et son énergie vorace. Empruntant généreusement à la grammaire du body horror, le film s’avère pourtant moins sulfureux qu’il n’y paraît. La réalisatrice préfère lever brillamment le voile sur l’horreur du bizutage et le rapport subtil entre l’anthropophagie et la sexualité. Servi par une mise en scène sensorielle, le résultat est aussi amoral que jouissif. Et défend un peu plus, à chaque scène, son excellente réputation.

3 – Logan, de James Mangold

Belle surprise, ce Logan est une approche intimiste du film de super-héros. Loin des costumes et des envolées héroïques, ce long-métrage se concentre sur l’aspect humain de Wolverine. A mi-chemin entre le western et le road-movie, Logan propose le très beau portrait d’une famille reconstituée : le grand-père est le professeur Xavier (Patrick Stewart), le père, Logan (Hugh Jackman) et la fille, Laura (Dafne Keen). D’une belle intensité mais également d’une rare violence, le film surprend par ses élans dramatiques et par ses scènes de combat. Ames sensibles s’abstenir !

Notre flop 3

1 – Chacun sa vie de Claude Lelouch

Certes nous n’avons pas vu Gangsterdam, mais le nouveau long-métrage de Claude Lelouch a bien mérité sa première marche sur le podium des flops. Le réalisateur français nous sert une soupe infecte entourée de la « crème » du cinéma français : Jean Dujardin, Christophe Lambert, Antoine Duléry, Marianne Denicourt, Mathilde Seigner… Ce film nauséabond parle de tout et de rien (les rencontres, la vie, le hasard par le biais d’histoires plus ou moins liées) et véhicule des clichés répugnants sur les hommes et les femmes. Tous sont menteurs et corrompus, y compris les femmes, volontiers soumises. Chacun sa vie ne lésine pas sur les blagues et les scènes sexistes. Rarement vu plus vulgaire. Infect, on vous disait.

2 – T2 Trainspotting de Danny Boyle

Après nous avoir régalé en 1996 avec son Trainspotting, devenu culte, Danny Boyle s’embourbe dans une suite désolante : T2 Trainspotting. Par nostalgie, le cinéaste, à la carrière des plus éclectiques, a voulu retrouver les 4 camés les plus célèbres d’Edimbourg : Mark, Sick Boy, Spud et Begbie. 20 ans plus tard, ils sont de retour mais n’ont malheureusement pas grand chose à raconter. S’il y a vaguement une histoire de maison close et de vengeance (à la fin de Trainspotting, Mark (Ewan McGregor) volait à ses compagnons 16 mille livres pendant leur sommeil), ce n’est clairement pas suffisant. On retiendra seulement l’utilisation fréquente de flash backs renvoyant au premier film, symptomatique d’une incapacité à se renouveler. Dommage.

3 – Kong : Skull Island de Jordan Vogt-Roberts

Succédant au terne et décevant Godzilla de Gareth Edwards (2014), Kong : Skull Island perpétue maladroitement le retour du film de monstres. Ces nouvelles aventures du primate géant souffre d’un manque flagrant de fraîcheur. Écrasé par les exigences toujours plus contradictoires de la machine hollywoodienne, le réalisateur Jordan Vogt-Roberts peine à offrir un spectacle complètement divertissant. Les monstres gagnent en taille ce que le scénario et la dramaturgie perdent en finesse et ingéniosité. Au beau milieu de cette expédition affligeante, le casting (Tom Hiddleston, Brie Larson, Samuel L. Jackson, John Goodman) ne semble même pas y croire. Ne reste qu’une triste évidence : celle d’une mise en bouche sans âme avant le véritable affrontement entre le roi de Skull Island et le lézard géant, prévu en 2020.

Les autres sorties du mois

Patients, de Grand Corps Malade et de Mehdi Idir

Suite à un malheureux accident, Ben (Pablo Pauly) se retrouve dans un centre de rééducation pour tétraplégiques et traumatismes crâniens. Difficile, son adaptation dans ce monde peu connu (et filmé) l’amène à reconsidérer ses rêves et adapter ses espoirs. Pour l’adaptation cinématographique de son roman éponyme, Fabien Marsaud – alias Grand Corps Malade – et son ami réalisateur Mehdi Idir dressent le portrait d’une clique attachante bien que physiquement mutilée. Sans pathos ni grandiloquence, Patients est un hymne à la vie, une chronique juste et humble sur le handicap. Tout est filmé avec pudeur et tendresse. Le sujet lourd trouve une étonnante légèreté avec l’humour de ses personnages, incarnés par d’excellents acteurs. Ces derniers s’imposent comme les atouts évidents de ce premier film.

A ceux qui nous ont offensés, de Adam Smith (II)

Ils forment une petite communauté de gens du voyage, installés dans l’ouest du Royaume-Uni. Au nom du père Colby Cutler (Brendan Gleeson), le fils Chad Cutler (Michael Fassbender, très intense comme souvent) continue de vivre selon les traditions de sa lignée. Lui-même à la tête d’une petite famille, il s’interroge : doit-il s’émanciper ? Peut-il vivre ailleurs avec sa femme et ses enfants, à qui il souhaite une meilleure éducation ? Adam Smith, dont A ceux qui nous qui nous ont offensés, est le premier film, propose un drame plutôt captivant oscillant entre plusieurs genres : polar familial, portrait social… Dommage que chacun des axes développés par le réalisateur reste si superficiel. Le film manque cruellement de naturel et de spontanéité, faute à des interprétations un peu lisses et codifiées, mais il se laissera regarder…

Miss Sloane, de John Madden

Habituée aux rôles forts, Jessica Chastain excelle une fois de plus dans le rôle d’une lobbyiste à la réputation impitoyable, Élisabeth Sloane. Propulsée sous les feux des projecteurs suite à sa prise de position contre le port des armes à feu aux États-Unis, la femme d’affaires manie l’art de la guerre comme personne. John Madden signe un film d’une redoutable efficacité et parvient à dresser un portrait complexe de son (anti)héroïne. Servi par un excellent premier scénario signé Jonathan Perera, Miss Sloane jouit d’une narration parfaitement maîtrisée et évite presque tous les pièges du film politique et d’espionnage. À l’image de son personnage amoral, le long-métrage parvient à divertir sans négliger l’intelligence de son propos. Une très bonne surprise.

The Lost City of Z, de James Gray

James Gray part à la conquête d’un nouveau monde. Quittant sa bien-aimée ville de New-York, le réalisateur américain nous embarque dans une fresque épique avec l’aventurier Percy Fawcett. Pour incarner ce véritable explorateur (né en 1867, il est probablement mort en 1925 en Amazonie), Charlie Hunnam  (à mi-chemin entre Brad Pitt et Tom Hardy) apporte son charisme et sa sensibilité. The Lost City of Z suit le parcours de cet homme aventurier, d’abord parti en Amazonie pour cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie, puis pris de passion pour l’exploration. A la recherche de la cité perdue, il n’aura de cesse de clamer l’existence d’une très ancienne civilisation, sans jamais pouvoir la prouver auprès de ces compatriotes. Les plans sont souvent grandioses, que ce soit en Angleterre (la scène d’ouverture de chasse est incroyable) ou en Amazonie, mais c’est dans la psychologie du héros que réside tout l’intérêt du film. A chaque retour de la jungle, Percy n’aura qu’une obsession : y retourner… Le scénario est pertinent et bien mené, mais l’ensemble est un brun trop classique.

De l’autre côté de l’espoir, de Aki Kaurismäki

Ours d’argent à Berlin, De l’autre côté de l’espoir signe le grand retour du cinéaste finlandais Aki Kaurismäki (L’Homme sans passé, La Fille aux allumettes). À mi-chemin entre la comédie et la drame, le long-métrage donne à voir les destins croisés du jeune immigré Khaled (Sherwan Haji) et du chef d’entreprise finlandais Wikström (Sakari Kuosmanen). Le premier a quitté Alep (Syrie) en quête d’un droit d’asile et d’une vie meilleure, le second essuie un divorce et des affaires au plus mal. Leur rencontre, aussi improbable que touchante, esquisse un bel hommage à la fraternité et à la solidarité, que le réalisateur filme avec retenue et subtilité. Du désespoir naît un comique bienfaiteur.

1:54, de Yan England

Révélation de Mommy de Xavier Dolan, le talentueux Antoine Olivier Pilon retrouve un rôle d’adolescent complexe. Dans un lycée québecois, le jeune Tim est victime de brimades incessantes d’élèves plus populaires. Lorsque son meilleur ami Francis fait son coming out « forcé », l’adolescent devient la cible d’un harcèlement homophobe bientôt insupportable. Armé d’un sujet fort et d’un casting irréprochable, le premier long-métrage de Yan England offre une vision percutante sur une adolescence aussi cruelle que sensible. Si le réalisateur parvient à saisir l’intolérance subie par son jeune héros, le scénario de 1:54 n’échappe pas aux clichés encombrants. Le résultat, bien que prévisible, saura néanmoins alerter le jeune public et sensibiliser les familles.

La Belle et la Bête, de Bill Condon

Tout le monde connaît l’histoire de la Belle et de la Bête, plusieurs fois mis à l’écran, notamment en dessin animé par les studios Disney. En France, au XVIIIe, une jeune femme Belle se retrouve captive dans le château de la Bête, peuplé de créatures magiques. Evidemment, lui va s’adoucir au contact de la douce jeune fille et bientôt redevenir Prince Charmant. Leur amour réciproque rompant la malédiction qui lui avait ôté son apparence humaine… Il y a peu à dire sur cette adaptation très fidèle au dessin animé, si ce n’est qu’elle est plutôt réjouissante et très réussie dans ses scènes musicales (particulièrement Be Our Guest (C’est la fête, en français) et la chanson de Gaston). A voir en famille.

Fantastic Birthday, de Rosemary Myers

À l’aube de ses 15 ans, Greta Driscoll (Bethany Withmore) reste une adolescente introvertie. Fraîchement débarquée dans un nouveau collège, la jeune fille peine à s’intégrer. Lorsque ses parents décident de lui organiser une grande fête d’anniversaire, la jeune fille est prise de panique. Plutôt que d’affronter la situation, elle se réfugie dans un monde parallèle aussi absurde qu’inquiétant. Si les influences sont nombreuses (Wes Anderson, Tim Burton et Spike Jonze) et les comparaisons inévitables, le premier film de l’australienne Rosemary Myers ne démérite pourtant pas. Dans une ambiance délicieusement rétro et loufoque, Fantastic Birthday assume ses références et finit par séduire. L’univers merveilleux et étrange de cette fable fait parfaitement écho à la mélancolie et la complexité de l’adolescence. Un ravissement.

Félicité d’Alain Gomis

Second lauréat d’un Ours d’argent de ce mois, Félicité suit les déambulations d’une mère, chanteuse dans un bar de Kinshasa la nuit, suite au grave accident de moto dont est victime son fils. Pour son quatrième long-métrage, le réalisateur franco-bissau-guinéo-sénégalais Alain Gomis délaisse ses premières thématiques (le racisme et l’identité) et signe un grand portrait d’une femme ordinaire, tiraillée entre la lutte et le renoncement. Digne et forte, cette dernière va devoir engager un long périple, dans une ville chaotique et étourdissante, pour mieux renaître et sauver son enfant. Cette fresque humaine, tantôt intimiste tantôt universelle, est sublimée par la mise en scène lascive de son cinéaste. Devant la caméra, l’actrice Véro Tshanda Beya incarne brillamment cette mère courage au quotidien ordinaire mais à la destinée incroyable.

Et vous ? Quels ont été vos coups de cœur et déceptions du mois ?

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4 commentaires sur « La revue ciné de mars »

  1. Je suis curieuse de voir « Miss Sloane », « Fantastic Birthday » et « The Lost City of Z. » dont je trouve l’affiche vraiment trop classe. Et puis « Charlie Hunnam (à mi-chemin entre Brad Pitt et Tom Hardy) » , ahah mais c’est tellement VRAI 😀
    J’ai beaucoup aimé Logan, même si le final reste cruellement dénué d’émotion alors que le mutant le plus… « touchant » vient de passer de vie à trépas. Même la mort de Charles-Xavier arrive comme un cheveu sur la soupe, on sait pas trop comment, on sait pas trop pourquoi.
    Et puis Kong : Skull Island, je crois qu’on est d’accord pour dire que c’est une gigantesque blague, à l’image de ses acteurs, qui ont l’air d’agiter les bras et de bouger les lèvres parce que bon, on a vu de la lumière et on est rentré, on savait pas trop quoi faire d’autre, voilà voilà.

    Aimé par 2 people

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