Kong : Skull Island, déclinaison désincarnée du mythe

Remis au goût du jour avec Pacific Rim de Guillermo del Toro (2011) et Godzilla de Gareth Edwards (2014), le film de monstres renoue avec une icône de la culture populaire. Douze ans après le remake-fleuve de Peter Jackson, Kong : Skull Island met en scène l’énième retour du primate préféré de Hollywood. Monstres XXL, scénario microscopique, le long métrage de Jordan Vogt-Roberts est un fouillis aussi divertissant qu’affligeant. En salles depuis le 8 mars.

Sans réelle surprise, les nouvelles aventures de King Kong évoquent toute la richesse et les limites du blockbuster américain. Dans une société américaine manichéenne et unilatérale, en pleine guerre du Vietnam (1973), une société secrète gouvernementale s’intéresse de près à une étrange île jusqu’ici inconnue : Skull Island. Pour baliser et explorer ce territoire inconnu, elle recrute des scientifiques, des militaires, un mercenaire et une reporter. Leur arrivée « explosive » réveille bientôt le roi des lieux, Kong, un gigantesque singe. Le capitaine James Conrad (Tom Hiddleston), le lieutenant-colonel Packard (Samuel L. Jackson) et la journaliste Mason Weaver (Brie Larson) ne vont pas tarder à essuyer les foudres de sa colère. Dans leur course pour la survie, ils rencontrent Hank Marlow (John C. Reilly), un soldat disparu depuis la seconde guerre mondiale. Ce dernier leur révèle que le primate n’est pas la véritable menace de cette île. D’autres créatures aussi imposantes que mortelles s’embusquent dans les tréfonds de l’île.

L’arrivée des expéditeurs sur Skull Island va bientôt réveiller la colère de Kong, un gigantesque singe. © Warner Bros Entertainment 2016
L’arrivée des expéditeurs sur Skull Island va bientôt réveiller la colère de Kong, un gigantesque singe. © Warner Bros Entertainment 2016

Ce dernier Kong est l’antithèse formelle du Godzilla de Gareth Edwards. Le premier n’hésite pas à dévoiler sa bête dès les premières minutes quand le second préférait infliger aux spectateurs une longue heure d’exposition avant d’offrir des bribes d’affrontements. Le premier ne lésine pas sur l’humour et la ringardise de ses personnages alors que le second s’envisageait comme un drame familial. Contrairement à Gareth Edwards et ses ambitions louables, Jordan Vogt-Roberts semble avoir saisi l’un des enjeux et attraits des Kaiju (les films de monstres géants, issus de la tradition japonaise) : livrer un spectacle divertissant. Armé d’un budget à 200 millions de dollars, le film enchaîne sans temps mort des morceaux de bravoure, ce que son aîné s’était étonnamment refusé. Stylisée à outrance, la reconstitution des années 70 confère à l’œuvre des airs de film guerre à l’ancienne. En témoignent les teintes chaudes et crasseuses de la photographie de Larry Fong (Batman vs. Superman, Super 8).

Difficile pourtant de croire que l’auteur de The Kings of the Summer (2013), remarqué pour son travail sur la série You’re the worst, soit l’auteur d’une œuvre aussi impersonnelle. Compressé par la machine hollywoodienne, son long-métrage manque cruellement de profondeur et multiplie les poncifs du genre. Principale victime de ce formatage, le casting quatre étoiles cloué au piloris par un scénario à prétexte. Kong : Skull Island n’a d’yeux que pour son monstre vedette et se désintéresse de ses humains. Entre de nombreuses interludes musicales, Samuel L. Jackson et le duo Hiddleston/Larson cumulent les clichés à une vitesse déconcertante. Seule la présence inexplicable de John C. Reilly parvient à arracher quelques sourires. Délaissés, les personnages deviennent des victimes potentielles à mesure que les monstres apparaissent, toujours plus gros, toujours plus belliqueux. Ce généreux bestiaire peine pourtant à s’intégrer à la trame narrative du film. Si bien que les scènes se succèdent sans logique ni cohérence. Rarement à hauteur d’homme, la caméra échoue à traduire le gigantisme de Kong et, bien que parfaitement exécutées, les scènes d’actions n’égalent jamais l’épique du film de Peter Jackson.

Davantage problématique, la légèreté du ton pâtit souvent d’un humour trop présent et d’un ridicule involontaire. À l’image d’une regrettable scène où le personnage de Tom Hiddleston se transforme en samouraï des temps modernes. Blockbuster décérébré, roman d’aventures, parodie, nanar… Difficile de définir le long-métrage. Exit la poésie du film originel, le kitsch de Dino de Laurentiis, l’hommage vibrant de Peter Jackson, Kong version 2017 se veut démesuré et concis. Si la superproduction peut compter sur son exigence technique et esthétique, le fond est d’une pauvreté abyssale. Le gorille géant gagne en taille et en démesure ce qu’il perd en subtilité et aura. À privilégier le culte de la puissance, de l’incroyable et à mépriser la dramaturgie, le long-métrage s’envisage simplement comme une balade dans un zoo effroyable. Amusante mais vaine. Le film n’est finalement que le premier chapitre d’une nouvelle saga, annonçant Godzilla : King of monsters, prévu pour 2018 et surtout le crossover Godzilla vs. Kong en 2020. N’en déplaise à certain(e)s, les films de monstres ont encore de beaux jours devant eux. Pour le meilleur et souvent pour le pire.

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13 commentaires sur « Kong : Skull Island, déclinaison désincarnée du mythe »

  1. aie je m’en doutais un peu ! l’affiche est sympa, j’avais adoré le Peter Jackson mais là tu confirmes mes craintes. C’est dommage car il y avait matière à faire quelque chose de sympa. J’attends de voir le nombre d’entrées qu’il fera. Il y a tellement de blockbusters sans âme aujourd’hui. On peut tout créer avec les outils informatiques et on en oublie qu’un film c’est aussi des acteurs et un scénario.. mais ça apparemment il s’en contrefiche. Toujours aussi plaisant de te lire. Bon weekend Simon 🙂 🙂

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    1. Merci Frédéric ! 🙂
      Exactement, cette production manque terriblement d’âme et de caractère, contrairement au remake de Peter Jackson (qu’on aime ou qu’on n’aime pas). Bonne fin de week-end à toi !

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  2. Je n’étais déjà pas très tenté, ça se confirme donc… les derniers films de monstres déçoivent un peu (Jurassic World?) Mon monstre du moment, c’est Logan : on reste à hauteur d’homme mais ça vaut vraiment le coup !

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    1. Oui en effet, je partage ton avis. Les monstres les plus réussis et les plus intéressants, ces derniers temps, sont aussi les plus humains. 🙂
      Bonne journée à toi !

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  3. Bon alors, déjà j’suis pas une grande fan du mythe de King Kong (même si j’ai bien aimé le Peter Jackson), là vu ce que tu en dis… héweuh non, je vais laisser passer, sans regrets. Bel article ceci dit qui montre bien dans quelle vacuité s’engouffre Hollywood de plus en plus profondément…

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  4. Encore un long-métrage où on brasse du vent pendant deux heures et sans aucune honte… Faut que quelqu’un le dise : engager Samuel Lee Jackson et John Goodman ne suffit pas à cacher la vacuité affligeante d’un scénario, quel qu’il soit.
    J’ai beaucoup ri de la tentative de faire pleurer dans les chaumières avec l’histoire de Papa et Maman Kong qui se sont faits latter la tronche en laissant leur premier-né errer en solitaire dans la Nature. C’est pas ça qui humanise Kong, les gars… Revoyez votre copie, tout ça me rend nostalgique des versions précédentes qui, AU MOINS, rendait le grand singe véritablement touchant (et ça, même sans effets spéciaux de fifou).

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