Patients : des espoirs adaptés

Adapté du roman éponyme écrit par Fabien Marsaud (plus connu sous le nom de Grand Corps Malade) en 2012, Patients raconte en grande partie l’histoire du slameur. Celle d’un jeune homme qui, suite à un accident, se retrouve dans un centre de rééducation pour tétraplégiques et traumatismes crâniens. Sans esbroufe ni emphase, l’artiste et son ami réalisateur Mehdi Idir signent une chronique touchante sur le handicap et l’espoir. En salles depuis le 1er mars.

Avec une vue à la première personne, les premières minutes du film suivent le réveil en réanimation et l’arrivée en rééducation de Ben (Pablo Pauly). Lors d’un saut « dans une piscine remplie à moitié », le jeune homme se brise la cervicale. Diagnostiqué tétraplégique incomplet (paralysé de presque tous les muscles du corps en-dessous de la tête), le blessé fera la rencontre, parfois désagréable souvent drôle, d’un corps médical haut en couleurs. Il se liera surtout d’amitié avec d’autres invalides du centre. Au fil des semaines et des mois, Ben parvient lentement à récupérer l’usage partiel de son corps. Il a alors pour espoir de reprendre le basket-ball et peut-être de réaliser ses ambitions sportives… Un rêve impossible à atteindre selon le Docteur Challes (Dominique Blanc). Le personnage principal devra accepter sa condition.

Diagnostiqué tétraplégique, Ben (Pablo Pauly) se retrouve dans un centre de rééducation. Ses rencontres avec le corps médical et d'autres patients vont changer son regard sur sa condition. © Gaumont Distribution
Diagnostiqué tétraplégique, Ben (Pablo Pauly) se retrouve dans un centre de rééducation. Ses rencontres avec le corps médical et d’autres patients vont changer son regard sur sa condition. © Gaumont Distribution

Face à cette terrible nouvelle et à l’impuissance de son entourage, Ben refuse de se plaindre auprès des autres « tétras » ou « traumatismes crâniens ». Ces derniers n’ont pas la chance ni les capacités de progresser aussi vite que lui. Et ne le feront peut-être jamais. Plus tard, le jeune homme préfère se confier à Samir parce qu’atteint de troubles de la mémoire. Une scène touchante et sobre à l’image d’un film, qui déjoue avec surprise les pièges du mélodrame larmoyant et du misérabilisme. En puisant dans sa propre histoire et ses vraies rencontres (« Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est en aucun cas le fruit du hasard », annonce le premier plan du film), Grand Corps Malade opte pour une approche réaliste, pleine d’humour et d’énergie positive. Donc forcément crue.

Le slameur et Mehdi Idir conjuguent le désarroi à l’humour. Dans une fluidité remarquable, le spectateur suit les progrès du personnage entre rires et émotions. Des contraintes hygiéniques et intimes aux petits gestes de la vie quotidienne, rien n’est épargné ni romancé dans ce récit autobiographique. Même lorsque Ben fait la rencontre de la belle Samia (Nailia Harzoune), Patients évacue toute idéalisation au profit d’un pragmatisme et d’une crédibilité salutaires. La relation n’est pas toujours idyllique et les obstacles souvent insurmontables. Si certains rôles n’échappent pas à la stéréotypie (le kiné dévoué, la maladroite infirmière ou encore l’aide-soignant infantilisant), les protagonistes de Patients constituent la grande force du long-métrage. Cocasse, Pablo Pauly insuffle une dignité et une abnégation au personnage de Ben. Tout aussi juste, le reste du casting est à saluer.

Peu à peu, Ben (Pablo Pauly) va se rapprocher de la belle Samia (Nailia Harzoune). Une relation touchante et réaliste à l'image du film. © Mandarin Production - Kallouche Cinéma - Fimalac – Gaumont Gaumont Distribution
Peu à peu, Ben (Pablo Pauly) va se rapprocher de la belle Samia (Nailia Harzoune). Une relation touchante et réaliste à l’image du film. © Mandarin Production – Kallouche Cinéma – Fimalac – Gaumont Gaumont Distribution

Farid, Toussaint, Steeve, Eddy… chacun incarne à sa manière le pilier d’une bande de « bras cassés », fraternelle et foncièrement attachante. De ces corps brisés découlent des vies bouleversées où le suicide peut à la fois être une porte d’entrée comme de sortie. Il s’agit alors pour ces handicapés de réadapter leurs espoirs, changer leurs projets. « Quoique tu fasses, où que tu ailles, ton handicap sera toujours ta première identité », explique Farid à Ben. Sans excès de pathos ni de discours enlevés, Patients ne brusque jamais les émotions et offre un regard bienfaisant, à hauteur de fauteuil roulant. Naît de cette retenue, une tendre ode à la résilience et à la vie.

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5 commentaires sur « Patients : des espoirs adaptés »

  1. Un très beau texte ! j’ai une amie qui l’a vu vendredi et elle a adoré ! la question du handicap, c’est un sujet qui me touche. Bravo à Grand Corps Malade et merci d’avoir parlé de ce film. Bon weekend Simon 🙂 🙂

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