American Honey d’Andrea Arnold

Après avoir revisité le classique d’Emilie Brontë, Les hauts de Hurlevent, la réalisatrice britannique Andrea Arnold revient avec un film très contemporain, aux Etats-Unis. Sa caméra se perd dans les routes désertes du Midwest où se rencontrent des jeunes paumés et l’Amérique moyenne. Une claque longue de près de 3 heures pendant lesquelles excelle Shia Labeouf, parfait représentant de sa génération. En salles depuis le 15 février.

‘Do you have any dreams ?’ Quels sont les rêves de cette jeunesse en apparence insouciante que dépeint la réalisatrice Andrea Arnold dans son quatrième long-métrage ? ‘Quels sont tes rêves ?’ demande-t-on à l’héroïne, au pays de tous les possibles. Naïvement, elle répond qu’on ne lui avait jamais posé la question. Alors, à son tour, elle demande à son amoureux. Même réponse. Cette Amérique, moyenne, à l’honneur dans American Honey, aurait-elle perdu toutes illusions ?

Mais revenons, au début du film, beau et saisissant, filmé au format 4/3. Le spectateur découvre Star (Sasha Lane), à quatre pattes dans une benne à ordures. Accompagnée de deux jeunes gosses à qui elle passe poulet et denrées encore comestibles, l’adolescente mène une vie de misère. Pour le chemin du retour, pas d’autres choix que de faire du stop. C’est sur ce parking, qu’une rencontre, décisive, va faire basculer le destin de Star. Pas le rêve, non, mais l’occasion de recommencer à zéro… Sous le charme de ce Jake (Shia Labeouf, magnétique), trublion sauvage et en apparence libre, elle va tout quitter et suivre sa bande. Une quinzaine de jeunes, qui parcourt le Midwest en minivan, musique à tue-tête, vendant des abonnements de magazine en porte-à-porte.

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Jake (Shia Labeouf) et Star (Sasha Lane) dans American Honey d’Andrea Arnold © Robbie Ryan

Star trouve vite son équilibre et ne semble même pas déchanter lorsqu’elle rencontre la patronne : Krystal (Riley Keough) à la tête de l’équipe, aussi vénéneuse que cruelle, qui se sert de Jake comme larbin… Pour elle, chacun donne 75% des ventes. En prime, chaque semaine, elle organise une soirée qui voit s’affronter les deux plus mauvais vendeurs… Une férocité et une violence devant laquelle l’héroïne assiste sans broncher, sans doute parce qu’elle lui apparaît comme le prix de la liberté. Car tous autant qu’ils sont semblent courir après cette illusion, celle d’être libre, sans attache et sans parents. American Honey s’aventure parfois sur les routes d’Harmony Korine et de son Spring Beakers. Quatre nanas déconnectaient le temps des vacances de printemps, à coup de sexe, drogues et violence. Ici, mêmes ingrédients, à la différence que la bande d’Arnold franchissent les limites pour une durée indéterminée.

Krystal (Riley Keough) gère son petit business d'une main de fer, assistée par Jake (Shia Labeouf) dans American Honey d'Andrea Arnold © Robbie Ryan
Krystal (Riley Keough) gère son petit business d’une main de fer, assistée par Jake (Shia Labeouf) © Robbie Ryan

En parallèle du portrait de cette jeunesse, American Honey suit la romance entre Star et Jake. Entre sincérité, sexe et cynisme, l’aventure de l’héroïne, à peine 18 ans, la propulsera rapidement à l’âge adulte. Andrea Arnold s’attarde longuement sur ce couple, alternant les plans de nature et les baisers torrides. A l’écran, le magnétisme et le charisme de Shia Labeouf sont incroyables. Il révèle tout son talent, complètement débridé pour le rôle de Jake, tantôt animal, intense et leader, et parfois soumis, groggy et paumé.

Malgré ses qualités, le film peine à tenir sur la durée. Jamais vraiment explicite sur le destin de ses héros et notamment de Star, Andrea Arnold semble se perdre dans plusieurs fins, entretenant la confusion. Avant le générique final, pas moins de trois séquences musicales, ayant peu en commun, se succèdent. En dépit de ce bémol final, American Honey, récompensé par le Prix du Jury au dernier festival de Cannes, s’impose comme un film majeur du cinéma des années 2010, sans doute un futur classique.

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4 commentaires sur « American Honey d’Andrea Arnold »

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