L’Indomptée : la Villa Médicis sublimée par Caroline Deruas

Primé à la 8ème édition du Festival de Cinéma Européen des Arcs, L’Indomptée est le premier long-métrage de la française Caroline Deruas. Remarquée pour ses court-métrages, la réalisatrice raconte ici la relation complexe entre deux femmes artistes dans le cadre enchanteur de la Villa Médicis. Le film est avant tout une déclaration d’amour au palais historique, personnage à part entière d’une intrigue surréaliste. Une œuvre curieuse, entre l’objet d’art et le film, à découvrir en salles ce mercredi 15 février.

Entre Caroline Deruas et la Villa Médicis (l’Académie de France à Rome), c’est une belle histoire d’amour. Celle qui a fait ses armes auprès de cinéastes comme Yann Gonzalez, Valéria Bruni-Tedeschi ou encore Philippe Garrel,  est tombée amoureuse des lieux lorsqu’elle y a mis les pieds la première fois, il y a seize ans. Pensionnaire de la résidence en 2011, la réalisatrice retranscrit son expérience professionnelle dans ce premier film. En disséminant ici et là quelques éléments biographiques, elle apporte une certaine profondeur et résonance à son intrigue.

Différentes à bien des égards, Axèle (Jenna Thiam) et Camille (Clotilde Hesme) vont développer une complicité troublante. Un duo féminin complémentaire. © Les Films du Losange
Différentes à bien des égards, Axèle (Jenna Thiam) et Camille (Clotilde Hesme) vont développer une complicité troublante. Grâce à la jeune photographe, la mère de famille va peu à peu se libérer de ses chaînes. © Les Films du Losange

Les troubles de l’identité

On y suit le parcours de Camille (Clotilde Hesme) et d’Axèle (Jenna Thiam), reçues au Concours de l’Académie Française. Avec une dizaine d’autres artistes, elles vont développer leurs projets créatifs lors de leur année de résidence à la Villa Médicis. Camille est écrivaine débutante et mène une vie de famille rangée avec son mari Marc, auteur réputé (Tchéky Karyo). Axèle est photographe, solitaire et fougueuse. Elle n’a obtenu sa place que sous la menace. Malgré leurs caractères radicalement opposés, les femmes finissent par se rapprocher. Mais le comportement fantasque d’Axèle dérange bientôt la petite communauté..

La réalisatrice ne cesse d’interroger l’identité de la jolie rousse : est-elle une artiste ? Un fantôme ? Ou une projection fantasmée de Camille ? Incarnée par l’incandescente Jenna Thiam, le personnage d’Axèle représente ce à quoi la mère de famille aspire : une personnalité débridée, un caractère romanesque et une liberté artistique et d’esprit totales. Face à cette figure presque irréelle, Camille (Clotilde Hesme, toute en nuances) se montre plus terrienne, moins combative. Elle s’enferme dans un rapport amoureux et artistique dominé par un mari plus âgé.

Réservée, Camille (Clotilde Hesme) mène une vie de famille rangée avec son mari Marc (Tchéky Kéryo) et son fils. Ils viendront s'installer pendant une année à la Villa Médicis. © Les Films du Losange
Réservée, Camille (Clotilde Hesme) mène une vie de famille rangée avec son mari Marc (Tchéky Kéryo) et son fils. Ils viendront s’installer pendant une année à la Villa Médicis. © Les Films du Losange

Deux artistes en proie à leurs démons

D’une grande justesse, Tchéky Karyo incarne un homme à la fois charismatique et insupportable. L’arrivée à la Villa va exacerber la rivalité dans le couple de Camille jusqu’à briser leur fragile équilibre. Terrifié à l’idée de la voir réussir mieux que lui et de perdre son emprise sur elle, Marc explique à son épouse que « les femmes n’ont pas la nécessité de créer ». Caroline Deruas parvient néanmoins à rendre le rôle attachant, au-delà de ses contradictions. On finit par comprendre ses angoisses sans pour autant adhérer à son comportement.

Subtile, la cinéaste fait le pari risqué de reposer son film sur la dualité complexe de ses personnages et de leurs rapports. Confrontées à la complicité (intime) et à la rivalité (professionnelle), les deux femmes vont connaître une forme d’élévation. Alors que Camille consacre son livre à Lucienne Heuvelmans, première pensionnaire femme en 1911, Axèle préfère se promener la nuit dans les jardins du palais. Elle y rencontre des statues qui s’animent, fait face aux fantômes de l’Histoire. La réalité s’efface progressivement au profit du rêve et du cauchemar, quitte à déstabiliser le spectateur.

Jaloux, Marc supporte de moins en moins l'émancipation de cette dernière. Un rôle tout en ambiguïté incarné par un touchant Tchéky Karyo. © Les Films du Losange
Jaloux, Marc supporte de moins en moins l’émancipation de cette dernière. Un rôle tout en ambiguïté incarné par un touchant Tchéky Karyo. © Les Films du Losange

Un amour obsessionnel pour la Villa Médicis

Foisonnant, le film assume un mélange des genres, entre thriller fantastique et satire du milieu culturel. Le résultat est aussi énigmatique que drôle. Parfois grotesque. À l’image de l’amusante scène de présentation des nouveaux pensionnaires. La réalisatrice sonde avec humour leur ambivalence, leurs désirs et en fait une caricature (ou représentation pertinente ?) des artistes. Nonobstant sa densité formelle et substantielle, L’Indomptée désarçonne par sa fluidité. Si la mise en scène de Caroline Deruas se montre parfois maniérée, le film brille par son atmosphère unique et son utilisation du décor.

Tour à tour rassurante et menaçante, la majestueuse Villa Médicis s’impose comme l’écrin idéal de ces expérimentations. Ce lieu hors du temps repose sur une ambivalence : est-il une source d’inspiration, ou au contraire, une étouffante bulle académique pour les jeunes artistes ? Chacune à leur manière, la photographie de Pascale Marin et la musique de Nicola Piovani participent à l’aura mystique du palais. Fascinée par le monument, Caroline Deruas finit par lui accorder le rôle principal. Les aventures d’Axèle et de Camille deviennent presque secondaires, leurs turpitudes existentielles un peu à prétexte. Ne reste que l’emprise qu’exercent les lieux sur la créativité et l’imagination des artistes.

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