Loving de Jeff Nichols

Réalisateur prolifique, l’américain Jeff Nichols sort, un an après Midnight Spécial, un nouveau film, différent des précédents : un drame sur un couple interdit de s’aimer dans une Amérique ségrégationniste. Intitulé Loving, comme leur nom de famille (ça ne s’invente pas), le film retrace leur combat pour faire accepter leur amour. En salles ce mercredi. 

Jeff Nichols réussit toujours à émouvoir : un père hanté par la vision d’un hypothétique ouragan (Take Shelter), deux enfants se liant d’amitié à un homme amoureux très mystérieux (Mud), un père (encore un), traversant l’Amérique avec son enfant pour lui faire accomplir sa destinée (Midnight Special)… Depuis son premier long-métrage Shotgun Stories, Nichols, à la fois réalisateur et scénariste, propose des scénarios originaux et intenses. Le verdict pour Loving est malheureusement plus nuancé.

L’histoire vraie de Richard et Mildred Loving

Voulant éviter les écueils du film tire-larme trop sentimental, Nichols opte pour une sobriété et un parti pris scénaristique déstabilisants. Le récit est tiré d’une histoire vraie, celle de Richard et Mildred Loving, couple mixte dans l’Amérique ségrégationniste des années 50 et 60. Lui, maçon blanc très travailleur et fan de mécanique est fou amoureux de Mildred, noire, avec qui il veut construire un foyer dans leur petit village de Virginie. Naturellement, Richard la demande en mariage. Peu après la cérémonie à Washington, un des rares états où le mariage mixte est autorisé, la police les arrête. Chez eux, l’union n’est pas valide et les deux époux sont dans l’illégalité. Ils doivent choisir entre l’annulation, la prison ou l’exil pendant 25 ans. Contraints et forcés, les Loving partent habiter à la capitale.

Mildred et Richard Loving s'aiment et décident de se marier, dans l'Amérique ségrégationniste de 1958 dans Loving de Jeff Nichols © Ben Rothstein Big Beach, LLC
Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier, dans l’Amérique ségrégationniste de 1958 © Ben Rothstein Big Beach, LLC

Quelques années plus tard, la famille s’est agrandie et Mildred veut retourner sur ses terres auprès des siens, retrouver la quiétude de la campagne. Encouragés par le mouvement des droits civiques, les Loving portent leur affaire devant les tribunaux, jusqu’à la Cour Suprême en 1967. Le chemin sera long mais la justice finit par triompher : l’arrêt « Loving v. Virginia » est une victoire pour eux et pour tous les couples mixtes qui ont désormais le droit de s’unir librement.

Un traitement classique au détriment de l’émotion

La principale singularité de Loving réside dans sa mise en scène. Si la résignation du couple dans la première partie ralentit l’intrigue, le rythme apparaît pourtant par moments comme lors du retour clandestin auprès de leur famille, pour le premier accouchement de Mildred. On retrouve dans cette scène, filmée comme un thriller haletant, en pleine nuit, l’ambiance de Midnight Special.

Dans l’ensemble, Jeff Nichols privilégie un style très réaliste pour éviter tout pathos ou lyrisme. Il s’attache au couple et plutôt qu’à l’affaire judiciaire, rarement mis en avant, devenant presque un accessoire de narration. L’essentiel est montré à l’écran, à défaut d’être explicité : dans le couple, c’est Mildred qui ressent le besoin de se battre jusque dans les plus hautes sphères de la justice. Richard plus réservé, ne cessera de clamer son amour et de dénoncer l’injustice à laquelle ils font face, mais se montrera plus réticent à rendre l’affaire publique, sans doute par timidité et par frayeur.

Les Loving, sous les feux des projecteurs rencontrent le journaliste américain Grey Villet © Ben Rothstein Big Beach, LLC
Les Loving, sous les feux des projecteurs rencontrent le journaliste américain Grey Villet (Michael Shannon) © Ben Rothstein Big Beach, LLC

Cette distanciation de tous les éléments extérieurs autour du couple est un pari risqué. Si l’on comprend facilement la discrimination, elle n’est jamais frontale, mais plutôt subtile, voire cachée. On ne saura par exemple jamais qui a dénoncé les jeunes mariés auprès de la police. Bien sûr, il y a des exceptions, comme cette scène d’une grande violence psychologique où Nichols confronte directement les protagonistes, Richard et le shérif Brooks (Marton Csokas), ce dernier assimilant cruellement l’époux Loving à un pauvre attardé n’ayant pas eu la chance de vivre au milieu de blancs.

La rigueur de la réalisation apporte sans doute un classicisme trop appuyé mais le spectateur n’en restera pas moins touché par cette histoire d’amour, portée par deux acteurs talentueux. La prestation de Joel Edgerton, véritable acteur caméléon, est incroyable. Tout, de sa gestuelle à son apparence physique, a été travaillé soigneusement pour incarner Richard Loving. Pour compléter le casting, Jeff Nichols s’entoure de Ruth Negga (déjà vu dans Preacher) à qui il offre son plus beau rôle, du comique Nick Kroll à contre-emploi et de son acteur fétiche, Michael Shannon, génial caméo, dans le rôle d’un photojournaliste de Life, venu immortaliser le couple. Après sa courte mais déjà incroyable carrière, Jeff Nichols signe ici son film le plus classique, indéniablement, mais la simplicité de cette histoire d’amour saura trouver un écho en chacun d’entre nous.

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6 commentaires sur « Loving de Jeff Nichols »

  1. Je l’ai vu. Ce n’est pas son meilleur film mais son plus classique. Malgré tout je suis ressorti conquis de la salle. J’aime son cinéma et j’ai été très touché par la prestation des deux acteurs principaux ! Bonne journée Camille 🙂 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Oui les acteurs sont fantastiques, n’est-ce pas ? Celui qui m’a le plus touché par son interprétation, c’est Joel Edgerton dans le rôle de Richard Loving. Taiseux, discret, simple mais profondément amoureux… Pas le meilleur film de Nichols comme tu dis, mais j’attends avec impatience la suite de son oeuvre… Bonne soirée !

      Aimé par 1 personne

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