Jackie : le mythe et la réalité par Pablo Larraín

En 1963, le président Kennedy reçoit deux balles meurtrières lors d’une visite à Dallas. 54 ans plus tard, le réalisateur chilien Pablo Larraín propose une reconstitution basée autour du personnage de Jackie. L’ambition est sans doute de découvrir qui est la femme derrière le mythe mais elle reste, après deux heures de film, insondable. Un mois après son précédent film, Neruda, Larraín confirme sa passion pour les personnages entrés malgré eux dans la légende. En salles depuis le 1er février.

À 34 ans, Jacqueline Kennedy devient la veuve la plus médiatisée des États-Unis. En reconstituant l’une des scènes les plus célèbres de l’histoire du pays – l’assassinat à Dallas de son mari JFK -, Pablo Larraín prend le risque de ne pas surprendre le spectateur. Plutôt différente des histoires racontées habituellement par le cinéaste chilien, celle de Jackie se concentre sur ce personnage emblématique de première dame et sur ces quelques jours qui ont transformé leur couple en mythe. Elle et son défunt mari, tiennent principalement leur popularité de ce jour tragique, où Harvey Lee Oswald tua de deux balles le président. Dans le portrait que dresse le réalisateur, il n’est pas oublié que la force politique de Kennedy est moindre face à son aura médiatique.

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Réalisé par Pablo Larraín, « Jackie » revient sur un couple emblématique et maudit, entré dans l’Histoire suite à l’assassinat de JFK en 1963. © Bac Films.

Le film raconte peu de choses, sinon le deuil d’une épouse, avant tout femme publique, qui devra se plier aux protocoles et faire fi de ses sentiments. Mais qui est-elle derrière les apparences et le protocole, se demande Larraín ? Pour mieux l’esquisser, le réalisateur divise son film en plusieurs temporalités, celle de l’interview, quelques jours après le drame, accordée au journaliste de Life, Theodore H. White (Billy Crudup), et celle des souvenirs, de ses premiers moments passés à la Maison Blanche, au meurtre à Dallas et des funérailles. Le cadre temporel est restreint mais intense pour mieux saisir les facettes de Jackie. Elle apparaît à la fois bouleversée et fragile mais surtout très lucide, éclairée et maîtrisée. Son image est l’une des seules choses qu’elle peut encore contrôler.

Qui se cache derrière le mythe, se redemande sans cesse Larraín ? Il emmène ainsi le spectateur quelques mois en arrière, en proposant le parti pris le plus bluffant du film : une reconstitution d’images d’archives saisissante, dans lesquelles Natalie Portman interprète avec justesse une Jackie effrayée par les caméras et manquant cruellement de spontanéité. C’était en 1962 et pour la première fois, la télévision américaine s’invitait à l’intérieur de la Maison Blanche. La First Lady trouvait ainsi un rôle à sa mesure, entreprenant la rénovation de ce qu’elle appelait « La Maison du Peuple ». Ces images en noir et blanc, comme si nous regardions un documentaire d’époque, reviennent sans cesse dans le long-métrage, comme un rappel de tout ce qu’avait réussi à construire Jackie et qui s’envolait déjà.

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Pour incarner la First Lady endeuillée, la délicate Natalie Portman s’impose dans un rôle insaisissable. © Bac Films.

Car ce n’est pas seulement une femme bouleversée par la mort de son mari que l’on voit à l’écran, c’est aussi le deuil d’une position sociale et des biens des Kennedy. « Je ne suis plus Première Dame désormais, vous pouvez m’appeler Jackie », confiait-elle à son assistante. Pour l’interpréter, le choix de Natalie Portman s’impose naturellement. Elle porte le film sur ses épaules, étant de toutes les scènes et incarnant avec grâce cette femme insaisissable et lisse. La réalisation est d’ailleurs très soignée, chaque plan étant étudié, carré et symétrique, à l’image de l’ordre qui s’impose autour de Jackie. L’ensemble du film est pourtant un peu déplaisant et trop sérieux. Tout est si contrôlé que l’émotion est absente. Reste seulement à saluer la reconstitution sixties, avec une mention spéciale pour les costumes, hommage à ce qui reste aussi aujourd’hui : le style Jackie Kennedy.

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5 commentaires sur « Jackie : le mythe et la réalité par Pablo Larraín »

  1. L’absence d’émotion.. je craignais un peu cela en voyant la bande annonce. Natalie Portman est une formidable actrice. Le côté très soigné de la reconstitution est un point fort ou un point faible si l’émotion n’est pas présente. J’attendrais la sortie en Blu-ray pour ma part. C’est toujours aussi plaisant de te lire Camille ! prochain film pour moi le Scorcèse « silence » mardi prochain. J’ai hâte d’y être et on en reparlera j’en suis certain. Passe une bonne soirée ! 🙂 😉

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    1. Je rejoins Camille sur son ressenti. Je trouve que, pour ma part, le film est (volontairement) trop froid, trop clinique et descriptif. Tout semble rester à l’écran et on se sent très souvent spectateur et mis à distance. Mais le traitement du personnage est très intéressant !

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  2. C’est sur et certain que Pablo L. ne fait pas dans le pathos – mais je trouve qu' »absence d’émotion » est un peu trop…. Pour moi il est d’une forte sensibilité le film. Mais sinon d’accord avec ton texte (bravo – j’aime te lire)

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  3. Pour ce qui me concerne Jackie (N Portman) m’émeut bcp dans les scènes sur la préparation des funérailles, en revanche, mais est ce volontaire, de nous la présenter aussi « godiche » lors des scènes de réalisation du reportage sur ses aménagements de la Maison Blanche. On dirait que la mort de son époux la transcende en femme alors qu’elle n’était avant l’assassinat qu’une jeune femme maladroite.

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