La revue ciné de janvier

Tous les mois, Simon et moi allons vous proposer un récap’ des films du mois : quatre semaines de cinéma réunies en un seul article.  Découvrez ici nos coups de cœur et nos déceptions de janvier. Pablo Larraín, Tom Ford, Thomas Vinterberg, Damien Chazelle … Les grands réalisateurs étaient présents mais le résultat a-t-il été au rendez-vous ? Réponse à quatre mains. 

Notre top 3

1 – Ouvert la nuit, d’Edouard Baer

Luigi (Edouard Baer) et Faeza (Sabrina Ouazani) dans Ouvert La Nuit © Pascal ChantierPoésie et bonheur sont au coeur du nouveau long-métrage d’Edouard Baer, connu par ses tirades fantasques et son jeu très reconnaissable. Dans Ouvert la nuit, il interprète Luigi, patron de théâtre, parti dans un road-trip parisien aussi fou que drôle. Pour l’accompagner, la jeune stagiaire Faeza (Sabrina Ouazini) peinera à suivre son chef incontrôlable. Le rythme est vertigineux et les dialogues délicieusement absurdes. Le coup de coeur du mois célèbre l’art, les rencontres et Paris, qui n’a jamais été aussi colorée.

2 – Nocturnal Animals, de Tom Ford

Tony Hastings (Jake Gyllenhaal) sur les traces des meurtriers de sa famille, aidé par le shérif Andes (Michael Shannon) dans Nocturnal Animals de Tom Ford © Focus Features, LLCJustice et désir de vengeance sont au coeur du second long-métrage de Tom Ford, plus connu comme créateur. Dans Nocturnal Animalsil confirme ses talents de cinéaste  : mise en scène audacieuse, cynisme assumé sur le monde de la mode et belle direction d’acteurs. Le réalisateur nous plonge dans trois temporalités qui se répondent en écho, jusqu’au final, cinglant. Un grand film.

3e ex-aequo – Neruda, de Pablo Larraín

Pablo Neruda (Luis Gnecco) est traqué par Óscar Peluchonneau (Gael García Bernal) © Piffl MedienQuelques semaines avant de dresser le portrait de la veuve Kennedy dans le bien-nommé Jackie, Pablo Larraín s’est attaqué à une autre figure imposante : celle du chilien Pablo Neruda. Le réalisateur revisite le biopic en proposant une histoire à mi-chemin entre fiction et réalité. Maîtrisé et audacieux, Neruda possède un charme indéniable et un duo d’acteurs impeccable : Luis Gnecco, très charismatique dans le rôle du poète, et Gael García Bernal, génial en inspecteur de police aussi burlesque que pathétique.

3e ex-aequo – La La Land, de Damien Chazelle

Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling) amoureux, dans le Paris fantasmé de La La Land de Damien Chazelle © SNDPrésenté comme une comédie musicale, le nouveau film de Damien Chazelle offre d’incroyables scènes chantées et dansées, à l’instar de son ouverture : un immense ballet chorégraphié sur une bretelle d’autoroute embouteillée. La La Land est en réalité une romance entre Mia (Emma Stone), serveuse rêvant d’Hollywood et Sebastian (Ryan Gosling), jazzman rêvant d’ouvrir son propre club. Loin d’être le coup de cœur annoncé, le long-métrage souffre d’une histoire d’amour trop balisée et manquant d’originalité. A voir néanmoins pour son incroyable BO et son final très émouvant.

Notre flop 3

1 – Resident Evil : Chapitre Final de Paul W.S. Anderson 

Dans cet ultime volet de Auréolée d’un succès commercial colossal mais d’une réputation désastreuse, la saga Resident Evil s’apprécie comme un plaisir coupable, un nanar à l’emballage onéreux. Milla Jovovich rempile dans le rôle de l’indestructible Alice, déterminée à en découdre une bonne fois pour toute avec Umbrella Corporation. Fidèle à sa réputation, Paul W.S. Anderson repousse les limites du mauvais goût dans une ultime (?) aventure « zombiesque » aussi laide que stupide. Du montage chaotique au scénario inexistant sans oublier un casting en plein naufrage, rien n’est épargné au spectateur.

2 – Il a déjà tes yeux, de Lucien Jean-Baptiste

(Paul) Lucien Jean-Baptiste est papa du petit Benjamin. Une famille noire qui adopte un enfant blanc ? C'est le sujet du film Il a déjà tes yeux © UGC DistributionPaul (Lucien Jean-Baptiste) et Sali (Aïssa Maïga) veulent adopter un bébé. Leur dossier vient d’être accepté et l’heureux couple accueille chez eux le petit Benjamin. Le hic ? Le bébé est blanc et les parents sont noirsIl a déjà tes yeux ne dépasse jamais le stade de la comédie gentillette, provoquant difficilement le rire. Jouant sur les clichés, le film expose les réticences de chaque famille face à ce que le service d’adoption appelle une « expérimentation ». Dommage que Lucien Jean-Baptiste ne prenne jamais vraiment position… Le final est à l’image du film : fantasque mais poussif et sans grande originalité.

3 – Ex-aequo Dalida, de Lisa Azuelos

Lisa Azuelos filme la légende et la vie tragique de

Pour son cinquième long-métrage, la réalisatrice Lisa Azuelos s’attaque à la vie tragique de Iolanda Cristina Gigliotti, plus connue sous le nom de Dalida. Les fans de la chanteuse n’apprendront rien de nouveau dans ce biopic classique et un tantinet terne. Compressée en deux petites heures, la carrière de la chanteuse s’efface un peu trop au profit des drames amoureux. Si la ressemblance entre Sveva Alviti et la légende est troublante, le reste du film suit sagement – mais efficacement – les codes du mélodrame.

3 – Ex-aequo Harmonium, de Kôji Fukada

Dans Dans un tout autre style et genre, Harmonium a beaucoup divisé sur le site. Récompensé lors du dernier festival de Cannes, le long-métrage de Kôji Fukada dresse le portrait cruel et glaçant d’une famille ébranlée par l’arrivée d’un inconnu, visage du passé. Construit comme un thriller psychologique teinté de fantastique, Harmonium impressionne par sa mise en scène subtile et son suspens insoutenable. Dans sa dernière heure, l’œuvre s’embourbe malheureusement dans un propos trop souvent pessimiste. Et la funeste conclusion ne fera d’ailleurs qu’enfoncer un peu plus le spectateur dans une noirceur étouffante.

Les autres sorties du mois

Quelques minutes après minuit, de Juan Antonio Bayona

Pour son troisième long-métrage, l’espagnol Juan Antonio Bayona adapte le roman à succès et primé de Patrick Ness, « A Monster Calls ». Dans une Angleterre cafardeuse, un jeune garçon va connaître la perte d’un être cher et apprendre par la même occasion le courage. Esthétiquement virtuose, Quelques minutes après minuit réussit sans peine à émouvoir. À mi-chemin entre le drame fantastique et le conte larmoyant, le film souffre néanmoins d’une tonalité trop lugubre et d’un rythme monotone. Une semi-déception.

The Fits, d’Anna Rose Holmer

Dans un centre sportif, la jeune Toni (Royalty Hightower, prometteuse) délaisse peu à peu la boxe au profit du drill, une variante physique et démonstrative du hip-hop. Premier long métrage de fiction de l’américaine Anna Rose Holmer, The Fits se révèle être une excellente surprise. Tout en sobriété, le film explore le délicat passage de l’enfance à l’adolescence, sous fond d’hystérie collective. Le résultat est une déclaration vibrante au corps et à la danse.

La Communauté, de Thomas Vinterbeg

Auteur des bouleversants Festen (1998) et la Chasse (2012), Thomas Vinterberg adapte sa pièce de théâtre éponyme. Au cœur de cette histoire personnelle, un couple peu commun. Dans les années 1970 au Danemark, Erik et Anna décident de vivre en communauté avec leur fille, des amis et des inconnus. L’équilibre de cette nouvelle famille est bientôt bouleversé par la relation extra-conjugale d’Erik. Magnifiquement interprété, La Communauté laisse néanmoins une impression mitigée. La faute à Thomas Vinterberg qui sacrifie ses personnages au profit d’un mélo parfois excessif.

Sam Was Here, de Christophe Deroo

La voiture d’un représentant (Rusty Joiner) tombe en panne en plein désert californien. Isolé et épuisé, l’homme sombre peu à peu dans la paranoïa. Après un passage remarqué au Paris International Fantastic Film Festival en décembre, Sam Was Here bénéficie d’une sortie confidentielle mais méritée. Surréaliste et hallucinatoire, le long-métrage de Christophe Deroo puise dans l’univers cauchemardesque d’une Quatrième Dimension et dans le suspens d’un Psychose. Le résultat est un film au charme suranné et à l’ambiance poisseuse.

Valley of Stars, de Mani Haghighi

En 1965, l’agent Babak Hafizi est chargé d’enquêter sur la mort mystérieuse d’un dissident iranien sur l’île de Qeshm. Accompagné d’un géologue et d’un ingénieur du son, le héros découvre la Vallée aux étoiles, lieu étrange bercé de légendes et de magie. À la frontière entre le documentaire, le polar fantastique et le voyage spirituel, Valley of Stars se montre souvent complexe voire obscur. Le réalisateur Mani Haghighi s’amuse à brouiller les pistes et n’apporte que peu de réponses aux mystères. Insaisissable, le résultat n’en est pas moins visuellement captivant et insolite. L’ovni filmique du mois.

Compte tes blessures de Morgan Simon

Pour sa première réalisation, Morgan Simon revisite le complexe d’Œdipe et délivre un récit puissant et à fleur de peau. Le jeune Vincent (Kévin Azaïs), chanteur dans un groupe de hard-rock, voit sa vie basculer lorsqu’il rencontre la nouvelle compagne (Monia Chokri) de son père (Nathan Willcocks). Sous les humiliations constantes de ce dernier, le jeune héros va peu à peu s’émanciper, libérant sa colère et sa tristesse refoulées. Remarqué pour son rôle dans Les Combattants (2014), Kévin Azaïs crève l’écran.

Entre les frontières d’Avi Mograbi

Dans ce documentaire précieux, le réalisateur Avi Mograbi et le metteur en scène Chen Alon partent à la rencontre de demandeurs d’asile africains retenus dans un camp en plein désert du Néguev (Israël). Par le biais d’un atelier inspiré du «Théâtre de l’opprimé», les deux hommes interrogent le statut de réfugié tout en évitant le piège d’un discours didactique. Entre les frontières se montre surtout admirable dans les (rares) moments où les exilés oublient leur condition au profit du théâtre.

Belle dormant de Ado Arrietta

Habitué du cinéma underground, Ado Arrietta revisite le conte de « La Belle au Bois Dormant » de Charles Perrault. Toujours en quête de poésie et de folie douce, le réalisateur espagnol transpose ses personnages en 2000. Le résultat est un film loufoque où le prince (Niels Schneider) ne peut s’empêcher de mitrailler son royaume à l’aide de son smartphone, sous le regard charmé d’une bonne fée (Agathe Bonitzer), reine du swing. Mais dépassé la bizarrerie et la drôlerie des débuts, Belle Dormant sombre dans une torpeur et laisse une impression un peu vaine.

Et vous, quels ont été vos coups de cœur et vos déceptions du mois de janvier ?

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2 commentaires sur « La revue ciné de janvier »

  1. J’aime beaucoup cette idée de faire un bilan tous les mois des films sortis. C’est une note très riche. « LaLa Land » ne vous a pas enthousiasmé toi et Camille. Je ne l’ai pas encore vu car j’ai un problème avec les films du style « comédie musical ». J’apprécie beaucoup le côté décalé d’Edouard Baer. Il a ce petit grain de folie qui fait la différence. Toujours un plaisir de vous lire ! on va se régaler en février et en mars avec un sacré programme cinéma ! bon après midi à tous les deux 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Frédéric ! Les mois de février et de mars sont prometteurs. Déjà cette semaine, les sorties sont de haut niveau (Moonlight, Jackie, …) ! 🙂
      Content que l’idée te plaise en tout cas. Ce format nous a paru plus simple et moins frustrant pour pouvoir couvrir les sorties du mois.
      Oui nous n’avons pas été entièrement conquis par « La La Land ». C’est un très bon film, techniquement parfait, mais qui souffre d’une réputation trop importante pour ses « épaules ». Tout ce tapage médiatique a tendance à desservir le film. Mais je pense que tu devrais lui laisser une chance. Si ça peut te rassurer, le film n’est pas entièrement (ni vraiment) une comédie musicale. C’est un film sur la musique et entre autre son amour pour elle. 😉
      Merci en tout cas pour ton avis et tes commentaires ! Bon après-midi à toi ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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