Neruda de Pablo Larraín

Mélangeant la politique à la poésie, Pablo Larraín développe un récit aussi curieux que singulier sur les premiers mois de cavale du poète et sénateur Pablo Neruda. Préférant une vision fantasmée à un biopic classique, le réalisateur a choisi le charme de l’imaginaire et laisse libre cours aux envolées poétiques liées à cette figure mythique du Chili. Maîtrisé et audacieux, le film, sobrement intitulé Neruda, est dans les salles depuis le 4 janvier. 

La voix off est omniprésente, une chance pour tous les spectateurs qui ne maîtrisent pas l’histoire politique du Chili. Dès les premières minutes, on y découvre un Pablo Neruda (Luis Gnecco, fascinant) conquérant et insolent. À cette époque, trois ans après la seconde guerre mondiale, il est un des sénateurs du pays mais son appartenance au parti communiste chilien va l’opposer au président Gabriel González Videla, décidé à emprisonner tous les rouges et les syndicalistes. On aperçoit même au détour d’un camp la figure de Pinochet, annonciatrice du pire.

Pablo Larraín se concentre sur les premiers mois de cavale de Neruda, amusé comme un enfant d’être introuvable alors qu’il est si recherché. Le jeu du chat et de la souris commence entre le poète et l’inspecteur Oscar Peluchonneau, interprété par Gael García Bernal. Après avoir endossé le rôle d’un publicitaire entraînant la chute de Pinochet dans No (2013), l’acteur mexicain interprète ici le difficile rôle du méchant, apportant autant d’humour que de gravité. La narration, audacieuse, est menée par son personnage, policier fictif, vision fantasmée par Neruda de son poursuivant. Comme s’il lui fallait, pour jouir au maximum de sa liberté, s’inventer un ennemi obstiné auquel il laisse des indices… Bernal, dont la carrière est déjà prestigieuse, confirme une fois de plus son talent dans ce rôle de composition, à la fois absurde et pathétique.

Face à lui, le moins connu Luis Gnecco, au physique proche de Neruda et au charisme inattendu, incarne le poète chilien avec beaucoup de justesse. La confrontation entre ces deux acteurs/personnages (chacun à moitié fantasmé par l’autre), au centre de l’histoire est passionnante, grâce aussi à la mise en scène de Larraín. Le film est d’une grande richesse, multipliant les genres, passant du film policier au western enneigé. Larraín entraîne le spectateur jusqu’aux sommets de la Cordillère des Andes où va se jouer le dernier affrontement. Au fil des scènes, le réalisateur distille drôleries et attitudes burlesques chez ses héros, à l’instar de son ouverture, dans laquelle une réunion politique se déroule dans les cabinets du palais…

La chasse à l’homme est l’occasion pour le réalisateur de laisser libre cours à sa fantaisie, travestissant par exemple son héros dans de jolis moments poétiques. Parfois, Pablo Neruda déclame les quelques vers qui l’ont rendus connus, qu’on lui réclame sans cesse, mais qu’il ne supporte plus… La poésie est plus que présente bien sûr, mais pendant sa cavale, c’est dans le polar qu’il se plonge. Au fur et à mesure que sa traque avance, il laisse toujours derrière lui un petit livre policier, à l’attention d’Oscar, lui rappelant sa condition d’homme libre, homme traqué mais jamais pris.

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7 commentaires sur « Neruda de Pablo Larraín »

  1. Je n’ai pas été emballée par ce film, je m’attendais peut-être à autre chose ; la fin m’a touchée (je ne la dévoilerai pas), mais sinon personnage assez répugnant physiquement, c’est peut-être cela qui m’a gênée … et puis trop long, je regardais la montre, c’est rare !

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