Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona

Adapté du roman à succès et primé « A Monster Calls » de Patrick Ness, Quelques minutes après minuit conte la quête douloureuse d’un jeune garçon vers le courage et l’acceptation de la mort. Esthétiquement virtuose, le film de l’espagnol Juan Antonio Bayona se révèle dans l’ensemble émouvant et incarné par des acteurs justes. Dommage que le propos souffre de pesanteurs et d’un univers très sinistre. Une semi-déception.

Par sa tonalité funèbre et cafardeuse, Quelques minutes après minuit a de quoi laisser perplexe. Le long-métrage de Juan Antonio Bayona nous dévoile le triste quotidien du jeune Conor (Lewis MacDougall). Ce dernier, souffre-douleur à l’école, doit faire face à la maladie de sa mère (Felicity Jones), à la froideur de sa grand-mère (Sigourney Weaver) et à l’absence de son père. Une nuit, le jeune garçon se réfugie dans un monde imaginaire incarné par une créature aussi effrayante qu’imposante. Chaque nuit, l’arbre monstrueux vient délivrer à l’enfant un conte différent. Cette rencontre improbable mènera l’enfant sur les chemins initiatiques du courage, de la mélancolie et de la vérité.

Dans "Quelques minutes après minuit" de Juan Antonio Bayona, Conor (Lewis MacDougall) fuit son quotidien pesant et se réfugie dans un monde fantastique et initiatique. © 2015 A Monster Calls A.I.E. / Quim Vives
Dans « Quelques minutes après minuit » de Juan Antonio Bayona, Conor (Lewis MacDougall) fuit son quotidien pesant et se réfugie dans un monde fantastique et initiatique. © 2015 A Monster Calls A.I.E. / Quim Vives

Admettre sa peur pour pouvoir l’affronter et la surmonter. Telle est la leçon de sagesse délivrée par l’arbre géant de Quelques minutes après minuit. Audacieux, le long-métrage alterne méticuleusement entre le drame intimisme et des scènes spectaculaires. L’impossible et la poésie prennent forme dans une psychothérapie métaphorique mais quelque peu forcée. À l’arrivée, les plans esthétiques et détaillés se retrouvent parfois éclipsés par une noirceur clivante. En témoignent les décors luxueux du film qui plongent le spectateur dans une habitation archaïque, un cimetière glacial et une Angleterre gothique. Glauque et fascinant.

Au visionnage de Quelques minutes après minuit, on ne peut s’empêcher de penser au Labyrinthe de Pan (2006) de Guillermo Del Toro. Par leur traitement visuel et le lien qu’ils tissent entre le fantastique et l’enfance, les deux long-métrages présentent des similitudes troublantes…qui ne font, à l’arrivée, que desservir l’œuvre de Juan Antonio Bayona. Habitué au drame fantastique (L’Orphelinat, 2007) et à la tragédie humaine (L’Impossible, 2012), le cinéaste espagnol fait preuve d’une mise en scène émerveillée et raffinée. Difficile d’en dire autant de la narration souvent limitée par un propos performatif.

Dans "Quelques minutes après minuit" de Juan Antonio Bayona, Felicity Jones incarne une mère fragile et aimante. © 2015 A Monster Calls A.I.E. / Quim Vives
Dans « Quelques minutes après minuit » de Juan Antonio Bayona, Felicity Jones incarne une mère fragile et aimante. © 2015 A Monster Calls A.I.E. / Quim Vives

Les récits racontés chaque nuit par la créature-arbre dévoilent progressivement le véritable but du jeu : Conor devra à son tour écrire son histoire et en accepter les épreuves et le dénouement. Inspirée et ingénieuse, la construction narrative emprisonne inévitablement le film dans une monotonie pesante. L’intérêt du spectateur faiblit alors à mesure que le potentiel fantastique et magique de Quelques minutes après minuit s’affadit de scène en scène. Avant d’être sauvé par un dernier chapitre poignant et attendu.

Pour contrer la linéarité des rencontres entre l’arbre et le jeune garçon, Juan Antonio Bayona tente de délayer son récit et arrête sa focale sur les relations familiales (mère et fils, père et fils, grand-mère et petit-fils). Touchantes et riches, ses dernières ralentissent malencontreusement un rythme déjà précaire. Seules les prestations convaincantes des acteurs (Lewis MacDougall, bluffant) constituent la véritable plus-value de ces apartés. Il est finalement délicat d’aimer ou de détester Quelques minutes après minuit. Le ressenti à la sortie de la séance se situe quelque part entre ces deux horizons, incertain. À l’image du film.

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6 commentaires sur « Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona »

  1. Dommage pour la semi déception, c’est le film (accessible et pas encore vu dans mon ciné en tout cas) que j’ai le plus envie de voir en ce moment. Je pense quand même apprécier, je vais juste essayer de modérer mes attentes qui sont très fortes.

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    1. Je t’encourage vivement d’aller le voir. Ce film mérite qu’on lui prête attention. Pour ma part, il y a beaucoup des choses que j’ai aimées dans « Quelques minutes… » et j’avoue avoir eu la larme à l’oeil bien souvent. À froid, beaucoup de défauts me sont apparus un peu plus gênants. Mais cela peut s’expliquer par mes fortes attentes à la sortie du film. 🙂

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  2. Je n’ai pas pu le voir en salle mais les critiques dans l’ensemble sont plutôt mitigées. J’ai lu le livre par contre qui est sublime. Mais c’est un sujet délicat et le côté « répétitif » se ressent aussi dans le livre. C’est difficile de trouver la juste mesure entre fantastique et questionnement sur la maladie, la perte d’un être cher. Je trouve l’affiche du film splendide ! bon weekend Simon et merci pour ce bel article 🙂

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    1. Merci Frédéric ! 🙂
      Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire le roman mais on m’en a dit le plus grand bien. Je le note sur ma liste.
      En effet, l’équilibre du film ne tient qu’à un fil avec sa structure répétitive et malheureusement, Juan Antonio Bayona ne réussit pas toujours à le maintenir. Mais à l’image de l’affiche, le film est visuellement soigné et a sa propre identité. 🙂

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