La revue cinématographique de décembre

L’année 2016 s’est achevée avec son lot d’histoires rêveuses, bienveillantes et parfois héroïques. La poésie, le deuil, la vie de famille, le déracinement et l’amour ont particulièrement rythmé les œuvres cinématographiques du mois de décembre. Retour sur les surprises et les déceptions.

  • De la douceur avec Paterson de Jim Jarmusch

Dans la ville de Paterson, un jeune chauffeur de bus (nommé également Paterson) mène une vie bien rangée auprès de sa petite-amie artiste. Quand il n’exerce pas son métier de chauffeur de bus, il consacre ses heures libres à la poésie. À défaut d’être une œuvre majeure dans la filmographie de son réalisateur, Paterson trouve une certaine grâce dans le refus assumé de faire figurer littéralement et frontalement cet art si délicat à représenter.

Admirable dans sa retenue et sa justesse, le film saisit davantage la progressive imprégnation de la poésie du quotidien et de l’existence dans l’écriture de Paterson. Fidèle à lui-même, Jim Jarmusch conte le quotidien de cet auteur en devenir avec douceur et harmonie mais n’oublie jamais de parsemer son œuvre de références littéraires, musicales et cinématographiques. L’équilibre du film repose également sur le couple atypique incarné par Adam Driver et Golshifteh Farahni, touchants et drôles.

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Dans « Passengers » de Morten Tyldum, Jim (Chris Pratt) et Aurora (Jennifer Lawrence) vont devoir unir leur force pour sauver leur vaisseau spatial en péril. © Sony Pictures Releasing France
  • De la déception avec Passengers de Morten Tyldum

Sur le papier, Passengers avait tout pour incarner le blockbuster idéal de fin d’année. Un casting charismatique et une histoire qui, à défaut d’être originale, séduisait par son efficacité : dans un vaisseau spatial transportant 5.000 passagers plongés dans un sommeil artificiel vers une nouvelle planète, deux inconnus se réveillent accidentellement 90 ans trop tôt. Contraints d’accepter l’idée de finir seuls leur existence à bord du vaisseau, Jim et Aurora éprouvent peu à peu une attirance forte et réciproque. Mais un grave danger met bientôt en péril la mission spatiale et la vie des milliers de passagers…

À l’écran, rares sont les promesses tenues. Si Chris Pratt confirme son aptitude à jongler entre le comique et la gravité, Jennifer Lawrence peine à convaincre dans le rôle d’écrivaine/journaliste talentueuse – et accessoirement de femme idéale. L’alchimie entre les acteurs parvient rarement à faire oublier le romantisme poussif et la morale plus que douteuse du film. Passengers a beau s’affranchir d’une quelconque prétention et ambition, on ne peut s’empêcher d’être déconcerté par sa mise en scène paresseuse et prévisible. Vraisemblablement adepte du « pilotage automatique », le réalisateur Morten Tyldum évacue toute exigence scénaristique et technique. Dans l’espace, personne ne vous entendra soupirer.

Désormais divorcés, Florence (Marina Foïs) et Vincent (Laurent Lafitte) vont devoir gérer la délicate phase de l'après-séparation... © Tibo & Anouchka / M6 Films et Fargo Films
Désormais divorcés dans « Papa ou Maman 2 », Florence (Marina Foïs) et Vincent (Laurent Lafitte) vont devoir gérer la délicate phase de l’après-séparation… © Tibo & Anouchka / M6 Films et Fargo Films
  • De l’humour avec Papa ou Maman 2 de Martin Bourboulon

Presque deux années se sont écoulées, suite au prononcement du divorce entre Vincent (Laurent Lafitte) et Florence (Marina Foïs). Désormais voisins, les ex-époux et parents vont devoir surmonter une épreuve inévitable : l’arrivée de nouveaux amoureux dans leur vie respective. Reprenant intelligemment les recettes du premier film (succès surprise de 2015), Papa ou maman 2 évite les écueils de la séquelle bâclée et en panne d’inspiration.

Toujours réalisé par Martin Bourboulon et écrit par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Pattelière, le film décrypte l’après-séparation avec un cynisme cathartique et un humour aussi ravageur que celui du premier opus. Excellents, Laurent Lafitte et Marina Foïs rendent justice à des dialogues finement écrits et incisifs. Les seconds rôles tout aussi loufoques (mené par un Jonathan Cohen hilarant) n’ont pas à rougir de leur partition. Une réussite inespérée qu’on aurait tort de bouder.

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Dans « Diamond Island » de Davy Chou, le jeune Bora (Sobon Nuon) découvre, avec émerveillement et naïveté, un monde de lumières et de luxes. © Rapid Eye Movies
  • De la beauté avec Diamond Island de Davy Chou

Filmé à même la construction d’une luxueuse cité ultra-moderne sur les rives de Phnom Penh (Cambodge), Diamond Island suit l’arrivée de Bora sur les vastes chantiers de l’île de diamant. Débarqué de son village natal, le jeune garçon de 18 ans retrouve son grand frère Solei, disparu cinq années auparavant. Le drame familial esquissé par ces retrouvailles laisse peu à peu place à un portrait poignant du Cambodge. Davy Chou confronte les contradictions de son pays, tourné vers le développement et la modernité technologique. En témoignent les plans où les panneaux publicitaires d’un futur univers paradisiaque surplombent les bidonvilles des chantiers de construction.

Doté d’une esthétique référencée et sensuelle, le long-métrage ausculte la ville mais aussi la nouvelle génération cambodgienne non sans un regard critique – mais jamais condescendant. Laissés en arrière plan, les coutumes et les traditions ne cessent de hanter la vie urbaine des (jeunes) Cambodgiens. En quête de richesse et de lumière, ces derniers ne peuvent connaître que deux finalités : l’intégration dans cette société moderne et la réussite sociale ou l’exclusion la plus radicale. Il en ressort une œuvre émouvante et parfois cruelle.

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Dans « Beauté Cachée », Howard Inlet (Will Smith) demande des comptes à la mort/Brigitte (Helen Mirren), suite à une terrible tragédie. © Bryan Wetcher / 2016 Warner Bros Entertainment
  • De la laideur avec Beauté Cachée de David Frankel

Un talentueux publicitaire new-yorkais (Will Smith) voit sa vie basculer après une terrible tragédie. Rongé par la dépression, l’homme d’affaires délaisse son travail et ses collègues. Ces derniers décident de réagir et élaborent un stratagème risquérisqué pour sauver leur compagnon…et leur entreprise. À s’y méprendre, Beauté Cachée s’appréhende comme une relecture de La Vie est Belle de Frank Capra, la subtilité et la magie en moins. Beaucoup moins talentueux que son modèle, le réalisateur David Frankel truffe sa fable « feel-good » de clichés consternants.

Le long-métrage sombre alors peu à peu dans l’écueil du drame choral larmoyant. Impuissant, le casting cinq étoiles peine à faire oublier le symbolisme vaseux. Si l’on peut supporter cette outrance de pathos, il en est moins aisé pour l’idéologie déroutante du film. Les fondements de l’amitié qu’entretient Howard avec ses proches collaborateurs ne manqueront pas de consterner les spectateurs. Beauté Cachée a beau être porté par de bons sentiments et un sujet universel, il se révèle davantage embarrassant que touchant.

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12 commentaires sur « La revue cinématographique de décembre »

  1. Je n’ai vu que Passengers. Il ne m’a pas déçu car je n’en attendais rien (je ne voulais pas trop le voir), j’ai même été plutôt agréablement surprise par le début. Le milieu-fin m’a semblé casser le truc. Je n’ai jamais entendu de Paterson qui n’est pas passé dans mes salles, et ça a l’air vraiment pas mal. Idem pour Diamond Island, il faut que je note tout ça!

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    1. Comme toi, je suis allé voir « Passengers » à reculons. La première demi-heure fut fort sympathique. La suite est affligeante !
      Dans un autre registre, « Paterson » et « Diamond Island » méritent vraiment le coup d’œil !
      Bonne soirée à toi et à très vite ! 🙂

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    1. Pour « Beauté Cachée », ce n’est que mon ressenti. Des personnes ont beaucoup aimé ce film. Pour ma part, il m’a gêné. Mais n’hésite pas à revenir donner ton avis, une fois que tu l’auras vu. 😉

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  2. J’aime bien ta façon de présenter plusieurs films en une note c’est chouette ! Aie pauvre Will Smith qui enchaîne les mauvais films, c’est dommage. Passengers c’est pareil je ne l’ai pas encore vu parce que Jennifer Lawrence je la trouve banale au possible dans ses films. J’ai davantage de sympathie pour Chris Pratt qui joue plutôt bien je trouve. Le Jarmush avec Adam Driver m’attire beaucoup. Quel acteur de talent ! J’ai moins eu le temps d’aller au cinéma pendant les fêtes. Les mois de Février et Mars s’annoncent très bien avec notamment le « silence » de Scorcese ! bon après midi Simon 🙂

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    1. Merci c’est gentil Frédéric !
      J’ai beaucoup de sympathie et de respect pour Jennifer Lawrence mais je dois reconnaître que seul Chris Pratt s’en sort comme un chef.
      J’ai également très hâte de voir le nouveau Scorsese. Le début d’année est très prometteur. Entre « Nocturnal Animals », « Ouvert la Nuit » et « Harmonium », nous sommes déjà bien gâtés.

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  3. Je suis en phase avec la description faite de Paterson. Le film demeure mineur dans la filmographie de Jim Jarmusch mais il est loin d’être sans intérêt. La bulle poétique créée dénote fortement par rapport aux films actuels américains. Paterson se prête à différents niveaux de lecture et bénéficie aussi d’une dimension ludique que j’ai tenté de mettre en avant dans ma chronique.

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  4. Le Jarmush comme toujours est très bon, le film de Davy Chou est une oeuvre touchante et réussie, Le « Papa ou Maman 2 » pin pong verbal est mieux que le premier mais la scène du mariage est grotesque, Beauté cachée bien décevant malgré son casting 5 étoiles

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