Le top cinéma 2016 de Simon

Pour entamer cette nouvelle année que nous espérons encore plus riche culturellement, Camille a inauguré, ce dimanche 1er janvier, l’incontournable top cinéma 2016. À mon tour de me lancer et de sélectionner (non sans peine) mes 10 coups de cœur cinématographiques. Une assassine, un ornithologue et une troupe de comédiens dominent ce nouveau classement.

10. Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin (Israël)

Filmé sur plus de sept ans, le documentaire de Tomer Heymann dresse un portrait délicat d’Ohad Naharin, chorégraphe israélien et directeur de la Batsheva Dance Company de Tel Aviv. Alternant des témoignages intimes, des images d’archives et des coulisses des répétitions, l’œuvre capte l’essence d’une danse libératrice et dévoile un  chorégraphe tour à tour magnétique, mystérieux et touchant. Plus qu’un documentaire sur la danse contemporaine, Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin est un film sur l’amour, le dépassement de soi et le deuil. Admirable.

9. Mademoiselle (Corée du Sud)

Après une excursion dans le cinéma américain (Stoker, 2013), le réalisateur sud-coréen Park Chan Wook s’éprend du roman de Sarah Waters, « Du bout des doigts ». Le résultat ? Une histoire visuellement somptueuse sur l’émancipation (et l’amour) de deux femmes, que tout semble pourtant opposer. Construit comme un savant récit en chausse-trappe, le long-métrage est une machinerie infernale où la poésie sublime les moments les plus violents. La critique sur Camille se fait des films.

8. Aquarius (Brésil/France)

Injustement boudée au dernier Festival de Cannes, l’œuvre de Kleber Mendonça Filho brille autant par sa mise en scène subtile et fluide que par son actrice captivante. Parfois onirique d’autres fois glaçant, le film suit l’histoire de Clara, une veuve refusant de quitter son grand appartement situé face à la mer, dans la ville de Recife. Riche et ambigu, ce portrait de femme trouve toute sa beauté lorsqu’il devient l’allégorie d’une société brésilienne en proie aux mutations et aux fantômes de son passé. Par sa complexité et ses différents niveaux de lecture, Aquarius relève même davantage de la grande fresque littéraire. Passionnant.

7. Les Bois dont les rêves sont faits (France/Suisse)

Après s’être immergée dans l’univers de la Gare du Nord (Gare du Nord, 2013), la cinéaste Claire Simon fuit la pollution sonore parisienne et se transforme en promeneuse solitaire dans les bois de Vincennes. Invitant d’abord à l’observation et à la contemplation, les sentiers qu’elle emprunte mènent peu à peu à des rencontres imprévues avec des habitués du coin : travailleurs, passants, clandestins, prostitué(e)s… De ces entrevues, transparaît une cartographie humaine souvent cruelle et rongée par une profonde solitude. Un projet qu’on peine à oublier après visionnage.

6. Ex-aequo – La Jeune Fille sans mains / Ma vie de Courgette (France / Suisse)

L’année 2016 serait-elle l’année du cinéma d’animation francophone ? Après la sensation surprise de La Tortue Rouge, le genre continue d’éblouir avec La Jeune Fille sans mains. Adaptée d’un conte méconnu des frères Grimm, l’œuvre de Stéphane Laudenbach plonge le spectateur dans un monde lointain où une jeune fille trahie par son père doit fuir pour être heureuse à nouveau. Convoquant des thèmes durs mais toujours avec une grâce sans égale, le film est un ravissement autant sur le fond que sur la forme. La critique de La Jeune Fille sans mains

Dans un tout autre registre mais tout aussi cruel, Ma Vie de Courgette suit les mésaventures d’Icare, un enfant que tout le monde appelle « Courgette ». Suite à la mort accidentelle de sa mère alcoolique, ce dernier est placé dans un foyer pour enfants.  Viennent alors les moments difficiles d’adaptation, mais aussi plus doux comme la naissance des amitiés et les vagues d’un premier amour. Animé image par image, le film de Claude Barras est un bijou d’émotions où les larmes et le rire abondent comme dans une cour d’école.

5. The Neon Demon (USA)

Le long-métrage du danois Nicolas Winding Refn a longuement divisé les cinéphiles et les critiques. Pour cause, The Neon Demon est une œuvre inclassable et insolite, qui effleure constamment la frontière entre le sublime et le laid. Suivant les aventures d’une jeune fille fraîchement débarquée à Los Angeles pour devenir mannequin, le film traite de l’obsession dévorante de la beauté comme aucun autre long-métrage. Moins évident que Drive, ce curieux objet est un cauchemar éblouissant où le fond et la forme ne font plus qu’un. Pour relire le débat suscité par le film sur le blog.

4. Midnight Special (USA)

Jeff Nichols mérite son nouveau statut de réalisateur incontournable. Quatre ans après l’excellent Mud et cinq ans après le renversant Take Shelter, le cinéaste américain conquiert les terres de la science-fiction pour un film intimiste et mélancolique. Porté par un formidable casting et des effets spéciaux artisanaux, Midnight Special est non seulement un hommage vibrant à la SF des années 70-80 mais une ode à la tolérance et l’inconnu. Un classique en devenir.

3. L’Ornithologue (Portugal)

L’une des plus belles pépites de 2016 est également la plus spirituelle. Racontant l’errance d’un homme solitaire dans une forêt mystérieuse, L’Ornithologue est une relecture transgressive et contemporaine de la vie de Saint Antoine de Padoue. Fort d’une filmographie sulfureuse et engagée, le réalisateur João Pedro Rodrigues signe un film déstabilisant mais ô combien fascinant, où le plaisir charnel devient une étape nécessaire à la sainteté. Un propos osé pour une expérience hors du commun. Lire la critique de L’Ornithologue.

2. Les Ogres (France)

En suivant les périples d’une troupe de théâtre itinérant, Léa Fehner signe un des plus beaux films sur la famille que l’on ait pu voir cette année. Pour ce faire, la réalisatrice a soigneusement recruté des comédiens de la troupe de ses parents (présents également dans le film). Partiellement autobiographique et à la limite du documentaire, Les Ogres est un film résolument intimiste porté par un casting parfaitement juste. Qu’il le veuille ou non, le spectateur se retrouve happé dans un tourbillon d’émotions et de cris. Un film entier, bruyant et écrasant.

Dans le sublime
Dans le sublime The Assassin de Hou Hsiao Hsien, Nie Yinniang (Shu Qi), va devoir faire un choix entre le devoir et l’amour, au péril de sa vie. © Ad Vitam
  1. The Assassin (Chine)

La première place du classement ne démérite pas sa récompense cannoise (Prix de la mise en scène en 2015). Le long-métrage immerge le spectateur dans la Chine du IXème siècle, où une jeune femme, formée en arts martiaux, a pour mission d’éliminer son cousin devenu gouverneur de la province de Weibo. Éprise de ce dernier, la jeune femme va alors se retrouver face à un dilemme cornélien. De cette histoire somme toute classique, le réalisateur Hou Hsiao-hsien signe un film somptueux où l’économie des dialogues laisse une plus grande place à la poésie des gestes et du silence. Aussi fine et délicate qu’une calligraphie, The Assassin est une grande œuvre tragique.

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13 commentaires sur « Le top cinéma 2016 de Simon »

  1. Je n’ai vu que Midnight Special, et j’ai adoré ! J’espère en voir d’autres comme Mademoiselle que je voulais voir mais je n’en ai pas eu l’occasion. Aquarius, The neon Demon, The assassin et Ma vie de courgette étaient sur ma liste !

    Aimé par 3 people

  2. Oh oui, c’est pour ma part un véritable coup de coeur. Un peu déstabilisant au début, à cause de ses ellipses et son silence constant. Mais j’ai été complètement emballé ! Bonne soirée à toi 🙂

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    1. Merci ! « Les Ogres » a été une énorme claque pour moi.
      Oui je regrette pour « Manchester by the sea », je l’ai malheureusement vu après la rédaction du top ! Mais c’est un excellent film, je partage amplement ton avis. 🙂

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  3. Encore de nombreux films que je ne connais pas ! Je retiens tout particulièrement : Aquarius, Les Bois dont les rêves sont faits, puis Midnight Special que Camille avait déjà mentionné, et The Assassin. Merci pour ces découvertes :).

    Aimé par 2 people

    1. Merci à toi ! À des échelles différentes, « Aquarius » et « Les Bois dont les rêves sont faits » ont été deux très belles expériences fortes. Tout est si juste et subtil dans le premier. Le second est admirable par son propos.
      Bonne journée à toi !

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