Polina, l’univers de Preljocaj à l’écran

Le chorégraphe star, Angelin Preljocaj adapte au cinéma le roman graphique de Bastien Vivès, Polina. Beau succès en librairie, la bande dessinée en noir et blanc et au graphisme épuré, racontait le parcours d’une jeune danseuse devenue étoile. Au cinéma, l’oeuvre perd sa singularité, le film prenant beaucoup de liberté… 

Polina (Anastasia Shevtsova) vit en Russie dans un petit village enneigé. Prometteuse, elle n’est pourtant pas la meilleure au cours de danse classique dispensé par le sévère Bojinski (Aleksei Guskov). Elle manque de souplesse. Les années passent et Polina est finalement acceptée au prestigieux ballet du Bolchoï. Contre toute attente, elle refuse, préférant rejoindre la troupe d’art contemporain de la chorégraphe Liria Elsaj (Juliette Binoche) à Aix-en-Provence.

Le spectateur est loin d’être dupe : derrière ce personnage fictif se cache Preljocaj lui-même. Pendant cette deuxième partie du film, dans laquelle Polina et son compagnon Adrien (Niels Schneider) évoluent en France, l’univers du chorégraphe est bien présent, sans subtilité. Le parcours de la jeune Polina va connaître un déclic lorsqu’elle va découvrir la danse contemporaine et spécialement la version moderne de Blanche Neige, crée par Preljocaj lui-même en 2008… Le réalisateur s’impose jusqu’en dans les décors choisis pour son film : le Pavillon Noir, dans lequel sa compagnie est installée depuis 2006.

Bojinski (Aleksei Guskov) est le premier professeur de danse de Polina (Anastasia Shevtsova) © Carole Bethuel - Everybody on Deck
Bojinski (Aleksei Guskov) est le premier professeur de danse de Polina (Anastasia Shevtsova) © Carole Bethuel – Everybody on Deck

C’est donc dans ce bâtiment tout en fer et en béton, que Polina va révéler sa vraie nature et se construire son identité, non pas seulement de danseuse mais également de chorégraphe. Un parcours semé d’embûches qui n’évite pas les lourds clichés sur la danse et sur la recherche de soi. Il faut dire que le long-métrage enchaîne quelques poncifs : une enfance difficile dans une famille populaire en Russie, un père un peu paumé menacé par quelques mafieux locaux… L’intrigue, d’ailleurs inaboutie plombe inutilement ce film de danse.

C’est toujours en Russie que la jeune Polina connaîtra ses premiers amours et décidera de tout plaquer pour suivre Adrien. Sous ses airs de film d’initiation, Polina, co-réalisé par Valérie Müller, explore l’enfance et l’adolescence d’une jeune fille vers sa destinée de chorégraphe. Le sous-titre du film n’est-il pas « Danser la vie » ? En plus d’une successions de clichés, dommage que la réalisation soit si lisse et si plate.

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A Aix-en-Provence, Polina découvre la danse aux côtés d’Adrien (Niels Schneider) et de la chorégraphe Liria Elsaj (Juliette Binoche) © Carole Bethuel – Everybody on Deck

Et la danse dans tout ça ? Heureusement, elle est présente partout : pendant les cours, les répétitions, sur scène, en boîte de nuit et même dans les lieux qui ne s’y prêtent pas, sur un port au petit matin, ou chez soi en famille. La mise en scène offre même de jolis moments de grâce, comme au début du film où la petite Polina (Veronika Zhovnytska) danse dans une forêt enneigée, sur le chemin de l’école, de façon totalement improvisée.

Et puis, pour incarner cette héroïne, il fallait une danseuse d’exception, aussi à l’aise sur scène que devant une caméra. Avec Anastasia Shevtsova, danseuse russe du prestigieux ballet du Théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg, le couple Preljocaj et Müller ont vu juste. En associant la danseuse, avec l’étoile du ballet de l’Opéra de Paris, Jérémie Bélingard, le duo fait des merveilles, offrant un final éblouissant. Si le film Polina échoue dans sa narration, il excelle, au moins, dans ses scènes chorégraphiques.

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2 commentaires sur « Polina, l’univers de Preljocaj à l’écran »

  1. Je me faisais une joie de voir le film que je n’ai pas pu voir au cinéma, mais en lisant ton avis j’ai juste l’impression que c’est un film assez imbu de lui même c’est dommage. La BD est magnifique pourtant, elle méritait d’être bien réalisée !

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