La revue culturelle #3

En octobre, deux œuvres britanniques se sont distinguées, miroirs grossissants de notre société. Dans l’une, un homme déclaré inapte au travail, se voit dans l’obligation d’en chercher un pour toucher des aides, tout en sachant qu’il devra refuser toute proposition. Dans l’autre, la hiérarchie sociale a évolué avec un système de notation virtuelle. Chaque interaction permet de descendre ou d’augmenter sa côte de popularité… Retour sur le film Moi, Daniel Blake et sur la 3e saison de Black Mirror. 

Dans ces deux histoires surréalistes, l’absurdité est poussée à son comble pour mieux souligner les dysfonctionnements de notre société. Moi Daniel Blake, s’inscrit dans la continuité de l’œuvre humaniste de Ken Loach, tandis que dans la série Black Mirror, les scénaristes dessinent à gros traits les contours d’une société ultra-connectée, peut être pas si éloignée.

Dans Chute Libre (S03E01) de Black Mirror, Lacie (Bryce Dallas Howard) tente de survivre dans un monde dicté par les notations © David Dettmann/Netflix
Dans Chute Libre (S03E01) de Black Mirror, Lacie (Bryce Dallas Howard) tente de survivre dans un monde dicté par les notations © David Dettmann/Netflix

La sérieBlack Mirror

Après deux saisons acclamées, la série d’anthologie Black Mirror revient avec six nouvelles histoires, avec toujours un seul point commun : notre rapport aux technologies. Dans le premier épisode « Chute libre », réalisé par Joe Wright (Orgueil et préjugés, Reviens-moi), la société, derrière son apparence idyllique – les couleurs choisies sont vives et chatoyantes-, est lisse et polie, à l’image du monde factice du Truman Show. Pour cause, chaque interaction est soumise à la notation sur 5.

Lacie (Bryce Dallas Howard) veut faire partir de la caste des 4.8. Un rêve qui la ronge chaque jour. Elle offre inlassablement 5 étoiles à tous ceux qu’elle rencontre dans l’espoir de récolter ce qu’elle sème. Une heure durant, l’épisode dépeint l’aliénation d’une société face aux réseaux sociaux. Difficile de ne pas voir le parallèle avec notre dépendance à Snapchat et Instagram. Est-ce vraiment un monde irréel alors qu’aujourd’hui, l’on note nos chauffeurs Uber, nos vendeurs sur Amazon….

La saison complète est plutôt inégale, offrant généralement de brillantes idées de départ mais souffrant d’un manque de mise en scène. Les scénarios sont souvent longs à se mettre en place, au détriment du dénouement. Pourtant, Black Mirror offre de nombreuses pistes de réflexion, essentielles pour comprendre notre monde. Tous les épisodes sont disponibles sur la plateforme Netflix, depuis le 21 octobre dernier.

Dans Moi, Daniel Blake, Palme d'Or à Cannes, les héros de Ken Loach tentent de sortir de la misère, ici Katie (Hayley Squires) et Daniel Blake (Dave Johns © Le Pacte
Dans Moi, Daniel Blake, Palme d’Or à Cannes, les héros de Ken Loach tentent de sortir de la misère, ici Katie (Hayley Squires) et Daniel Blake (Dave Johns) © Le Pacte

Le filmMoi, Daniel Blake

Dans un tout autre style, le réalisateur Ken Loach revient avec un film coup de poing sur les dérives de notre société capitaliste. A 59 ans, Daniel Blake (Dave Johns) est jugé inapte au travail à la suite d’une attaque. « Vous pouvez bougez les bras ? Bouger les jambes? » lui demande l’assistante du Pôle Emploi britannique. Oui. Alors Daniel est apte au travail et peut dire adieu à la pension d’invalidité qui lui permettait de s’en sortir.

L’absurdité du système dénoncé par Loach n’en fini plus de nous révolter. Le héros doit chercher un travail en attendant de pouvoir passer en appel, s’il veut toucher des allocations chômages, à défaut de pouvoir toucher ses indemnités… Dans Moi, Daniel Blake, Ken Loach choisit de suivre le parcours d’un homme si bon, qu’on se demande si ce n’est pas l’itinéraire d’un saint que nous suivons pendant une heure et demi. Malgré ses problèmes, Daniel s’oublie prenant sous son aile une jeune mère de famille, Katie (Hayley Squires), radiée après être arrivée en retard à un rendez vous.

Dénonçant les privatisations et l’ultra-libéralisme, le cinéaste dépeint à gros traits les travers du Royaume-Uni. Il y a le pouvoir oppressif d’un côté, et le peuple, impuissant de l’autre. Pourtant, dans ce film, tous les interlocuteurs de Daniel Blake (conseillers Pôle Emploi, policiers…), même les plus cruels ne sont que des victimes du système, forcés d’obéir aux règlement, s’ils ne veulent pas à leur tour subir la misère. Film mineur de Ken Loach mais œuvre nécessaire, Moi, Daniel Blake a mérité sa Palme d’Or, plus politique qu’artistique. En salles depuis le 26 octobre dernier.

Et vous, quels sont vos derniers coups de coeur ?

 

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9 commentaires sur « La revue culturelle #3 »

  1. Bon, eh bien moi je n’ai pas vraiment aimé Daniel Blake, désolé.

    C’est un film manichéen, prévisible et en fait assez lourdingue. La palme du festival de Cannes méritait mieux à mon avis. De toute façon, ce n’est pas la première fois que le jury cannois se trompe lourdement mais quand même … une deuxième palme à Loach …

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