The Crown : la solitude d’une reine

Netflix n’a pas lésiné sur les moyens pour raconter les premières années de la reine Elisabeth II. Avec plus de 14 millions de dollars par épisode, The Crown est une des séries les plus chères de l’histoire, mais surtout une œuvre dense et passionnante créée par Peter Morgan et Stephan Daldry. Une immersion au sein de la Couronne et de la vie privée et publique à Buckingham Palace. Bouleversant et immanquable. 

La vie monarchique britannique a connu bien des agitations au début du siècle. Le roi Edward VIII (Alex Jennings) abdique avant même son couronnement en 1936. Fou amoureux d’une femme divorcée, Wallis Simpson, avec laquelle il ne peut se marier, il renonce à son statut plutôt qu’à sa relation. Il laisse la place à son frère Albert, le futur George VI (Jared Harris), peu apte à cette fonction suprême et surtout connu pour son bégaiement. On se souvient du Discours d’un roi et de l’interprétation de Colin Firth, oscarisé en 2010.

La série The Crown prend place en 1951 au retour de Winston Churchill (John Lithgow), vieillissant, au poste de premier ministre. Le roi, au pouvoir depuis 15 longues années, est malade. Il n’y survivra pas. La jeune Elisabeth Windsor (Claire Foy) devient alors à 25 ans, la nouvelle reine d’Angleterre, à la tête de la plus célèbre monarchie du monde. 

Queen Elisabeth II (Claire Foy) salue la foule avec son époux Philip Mountbatten (Matt Smith) dans The Crown, création Netflix © Netflix
Queen Elisabeth II (Claire Foy) salue la foule avec son époux Philip Mountbatten (Matt Smith) © Netflix

Jeune mère de famille et mariée au prince Philip Mountbatten (Matt Smith) depuis 1947, Elisabeth ne s’était pas préparée à cette fonction qui va doucement la séparer de ses proches. Avec des enfants peu présents (Charles et Anne) et un mari dans l’ombre, la reine est profondément seule. C’est dans le traitement de leur couple que la série est la plus bouleversante. Délicate et juste, elle ne tombe jamais dans les stéréotypes mièvres qu’auraient pu engendrer une relation aussi complexe. La fonction d’Elisabeth oblige Philip à s’effacer : il perd son métier (il avait rejoint la Royal Navy), sa demeure… Même ses hobbies sont soumis au bon vouloir du Cabinet, représenté par les premiers ministres Winston Churchill, puis Anthony Eden (Jeremy Northam), qui scrute chaque moment de la vie royale. Sa seule fonction est de soutenir la reine.

Dix épisodes, dix thématiques

Brillamment écrite, The Crown se divise en dix parties explorant chacune un pan de l’histoire de l’Angleterre ou de celle, plus privée de la reine d’Angleterre. Le couronnement télévisé en 1952, le brouillard meurtrier de Londres la même année, le questionnaire sur l’éducation scolaire de la reine, l’idylle de sa soeur avec un homme marié ou encore les rendez-vous hebdomadaires avec Winston Churchill… Chacun de ses épisodes apporte un éclairage pertinent et émouvant sur ces premières années de règne.

Queen Elisabeth II demande conseil au premier ministre Anthony Eden (Jeremy Northam) dans The Crown, création Netflix © Netflix
Queen Elisabeth II demande conseil au premier ministre Anthony Eden (Jeremy Northam), successeur de Winston Churchill © Netflix

Le scénario excellent, ne serait rien sans l’interprétation époustouflante de Claire Foy  et de Matt Smith, qui forment le couple royal. Il y a chez ces deux acteurs une justesse incroyable. Jamais bavarde dans les séquences d’émotion, The Crown bouleverse par le simple jeu de regards et par la mise en scène soignée des créateurs Peter Morgan (The Queen) et Stephen Daldry (Billy Elliot). Un exemple frappant est la scène de l’annonce de la mort du roi. Alors au Kenya, à l’occasion d’une longue tournée au Commonwealth, Elisabeth II apprend la nouvelle par son époux. Juste un regard et un plan resserré sur Philipp suffisent au spectateur et à la reine pour comprendre. C’est la fin de l’innocence.

La face cachée de la monarchie

Tout n’est que regards et non-dits douloureux entre la reine et son époux, qui, les mois passant, s’accordent bien mal. Elle, sérieuse en majesté, consciente de l’importance de son statut, détonne au côté de cet homme charismatique, plus hédoniste. The Crown insiste sur la détresse de la reine et sur l’absurdité de la situation. Attachée à un homme que l’on devine volage, Elisabeth ne doit pas réagir. Elle est avant tout monarque avant d’être une femme. Jamais elle ne lui fait des reproches, préférant souffrir en silence.

Le spectateur découvre alors la face cachée de la monarchie : la reine ne s’appartient plus, ni sa personnalité ni ses décisions. Son unique mission est de se taire et de rester neutre, lui conseille sa mère. Il est cruel d’observer alors la reine se battre pour la moindre de ses demandes, jamais abouties : la volonté de garder le nom de son mari, ou encore celle de choisir son plus proche conseiller. Imposées à la reine par le conseil ou par la manipulation, les décisions en faveur de la monarchie prédominent tout. Exerçant la plus haute fonction de l’Etat et de l’Eglise, la reine d’Angleterre est dépourvue d’autorité. The Crown insiste : la reine est liée aux protocoles et aux devoirs de son titre, pour le meilleur et pour le pire.

 

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17 commentaires sur « The Crown : la solitude d’une reine »

    1. N’hésite plus ! Je ne sais pas si en un mois, tu as le temps de la commencer mais si ce n’est pas le cas, fonce ! Et si tu es fan de Matt Smith, il confirme son talent d’acteur ici, aux côtés de l’excellente Claire Foy.

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  1. La plupart des gens se font une fausse idée d’être une tête couronnée. Beaucoup y voit un conte de fée, ce n’est franchement pas le cas. C’est intéressant si cette série traite de cet aspect presqu’inhumain du pouvoir royal. Cela me donne envie de la voir… moi qui hésitait beaucoup. Merci !

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    1. Tout à fait, c’est complètement le point de vue souhaité de la série : montrer la réalité, la face cachée de la royauté. J’espère que tu as pu t’y plonger car de toutes les nouveautés série de la rentrée, c’est de loin d’une des plus passionnantes !

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      1. Pas encore fait… et peut-être jamais. J’avoue que si je devais un jour avoir plusieurs vies ce serait très certainement pour voir et lire tout ce que je désire. Le temps est trop précieux pour le passer devant un écran. j’y passe déjà bon nombre d’heures !!! Mais qui sait, si l’occasion se présente…

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    1. Regarde la ! Elle est géniale, je ne pourrais jamais le dire assez. Et parfois trouver les mots justes face à une oeuvre si complète et aboutie n’est pas aisée, mais si j’ai réussi à te donner l’envie de la voir, j’en suis ravie !

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  2. J’avais remarqué cette série au moment où les bandes annonces on commencer à sortir et je me suis dit que je la regarderais. Je ne l’ai pas fait mais ton avis dessus confirme qu’il faut vraiment que je la regarde.

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