Doctor Strange

Avec un rythme effréné de deux films par an, l’univers cinématographique Marvel (MCU) continue d’explorer la mythologie d’univers inédits. En cette fin d’année, la firme mise sur un nouveau super-héros en la personne de Stephen Strange. Quatorzième production de la firme, Doctor Strange a la lourde tâche de présenter un personnage inclassable, portant un univers à lui seul. Défendu par Benedict Cumberbatch, le long-métrage de Scott Derrickson épate davantage sur la forme que sur le fond.


L’introduction d’un super-héros ne peut généralement s’accomplir sans passer par la case « histoire des origines ». Celle de Doctor Strange se révèle des plus classiques. Neurochirurgien aussi talentueux que détestable, Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) est victime d’un brutal accident de voiture. Handicapé et incapable d’exercer sa profession, l’homme tente en vain de trouver une solution médicale. Ruiné, il quitte New York et se rend à Katmandou au Népal, pour rencontrer un étrange gourou nommé l’Ancien (Tilda Swinton), capable de l’aider selon les rumeurs. Très vite, l’homme de sciences se heurte à un mysticisme magique auquel il n’était pas préparé. Pour guérir, le héros en devenir va devoir reconsidérer entièrement sa conception du monde et embrasser les dimensions alternatives, déchirées entre le Bien et le Mal. Malgré lui, Doctor Strange se retrouve face un ancien disciple de l’Ancien, Kaecilius (Mads Mikkelsen), déterminé à briser les frontières entre le monde réel et l’au-delà. Le ton est donné : si les Avengers ont jusqu’ici combattu les dangers physiques, Doctor Strange confronte le spectateur aux dangers mystiques et au concept de multivers.

Pour guérir, Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) va devoir faire abstraction de sa vision cartésienne du monde et suivre un apprentissage exigent avec l'Ancien (Tilda Swinton). © The Walt Disney Company France
Pour guérir, Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) va devoir faire abstraction de sa vision cartésienne du monde et suivre un apprentissage exigent avec l’Ancien (Tilda Swinton). © The Walt Disney Company France

La force de Doctor Strange réside dans son traitement visuel. Né en 1963 de l’imagination de Stan Lee et du crayon de Steve Dikto, le comics brassait avec brio l’esthétique psychédélique des années 1960. Scott Derrickson, jusqu’ici habitué au registre horrifique (Sinister, Délivre-nous du mal, L’Exorcisme d’Emily Rose), parvient à respecter le matériau d’origine, à défaut de respecter le rôle de certains personnages secondaires. Le réalisateur américain livre un film à la technique irréprochable. Tour à tour inventives et hallucinatoires, les prouesses visuelles rappellent le labyrinthique Inception de Christopher Nolan ou encore les dessins de M.C. Escher, spécialiste de la géométrie dans l’espace-temps. On retiendra des scènes impressionnantes comme les affrontements dans les villes de New-York et Tokyo ou encore le combat en projection astrale dans l’ancien hôpital de Stephen Strange. Fort de cet atout, Doctor Strange reprend la formule estampillée Marvel/Disney au meilleur de sa forme : un humour préfabriqué mais bien mieux dosé qu’à l’accoutumé et une construction lisible et efficace. Le récit ne s’embarrasse pas de digressions inutiles et va à l’essentiel. Scott Derrickson dresse alors aisément les contradictions d’un personnage égocentrique et perdu.

Si l’on retrouve dans le film des qualités intrinsèques d’une production Marvel, on se heurte également aux écueils habituels : une écriture très calibrée, des références à la pop culture maladroites et poussives, une partition musicale impersonnelle. Mais la plus grande faiblesse de Doctor Strange concerne son méchant risible. Un comble quand ce dernier est incarné par Mads Mikkelsen. L’acteur danois peine à donner vie à un antagoniste dont l’ambition pourrait tenir sur un post-it. Une fois n’est pas coutume, l’univers cinématographique Marvel néglige ses « villains » qui ne sont rien de plus que des versions miroirs réductrices des héros. Dans le rôle-titre, Benedict Cumberbatch se révèle néanmoins convaincant et parvient à insuffler du charisme à un personnage complexe. Mais on ne peut s’empêcher de relever des similitudes – pour ne pas dire une copie conforme – dans le récit de Stephen Strange et celui de Tony Stark/ Iron Man (Robert Downey Jr.). S’il évolue dans un monde plus sombre que son homologue multimillionnaire, le neurochirurgien hérite d’une même prise de conscience et finit par devenir un héros altruiste. Dommage, le personnage aurait mérité un traitement plus risqué.

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Dans « Doctor Strange », réalisé par Scott Derrickson, le héros va devoir jongler entre les dimensions alternatives. On retiendra l’impressionnante et psychédélique séquence de bataille dans la ville de New-York. © 2016 Marvel

Tout confort mais sans effort, le long-métrage de Scott Derrickson cristallise la schizophrénie des studios Marvel, tiraillés entre une conquête d’un public toujours plus large et une volonté de combler les puristes des comics. Quitte à policer la violence de ces derniers voire simplement sacrifier leur essence. Visuellement soigné et impressionnant, Doctor Strange ne change pas cette donne et reste à l’arrivée un emballage précieux pour un contenu banal. À force de continuellement préparer le terrain pour la suite, les productions Marvel ne sont finalement que des mises en bouche inégales qui se construisent uniquement dans une perspective de saga cinématographique, à en croire les habituelles scènes post-génériques. Celles de Doctor Strange ne dérogent pas à la coutume et on comprend vite que l’introduction du sorcier n’a que pour finalité son implication dans l’affrontement collectif Avengers 3 et 4 (ce dernier considéré comme le plus grand magicien du cosmos). Difficile de pleinement apprécier une aventure quand on ne cesse de nous promettre que le meilleur est à venir.

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8 commentaires sur « Doctor Strange »

  1. Doctor Strange ? Je n’avais jamais entendu de ce héros Marvel avant de lire ton article Camille. Les héros Marvel ont le vent en poupe ces derniers temps ils arrivent même à trouver des personnages de derrière les fagots. Grâce à ton article je pense que je me laisserai tenter 😉

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  2. Amateur de films de super héros, j’aime beaucoup celui-ci. Il répond à une trame assez classique mais parvient cependant à se démarquer des autres Avengers dans son univers. Je suis curieux de voir la suite en tout cas en espérant juste que cela soit peut-être un peu moins bavard ^^

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    1. Oui en effet! Vu du fort succès de leurs productions, les studios Marvel se permettent d’explorer d’autres univers et d’introduire des super-héros moins connus du public, plus atypiques. C’est très appréciable !

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