Sing Street, sur les traces de Duran Duran

Dans le Dublin des années 80, un jeune garçon propose à une fille de tourner dans son clip pour la séduire. Il ne lui reste plus qu’à monter un groupe, recruter des musiciens et composer des chansons… Avec Sing Street, John Carney offre un joli film, adorable et touchant. En salles depuis le 26 octobre. 

1982, en Irlande, le chômage est au plus haut et les jeunes partent à la conquête de l’Angleterre, remplis d’espoir. Les parents de Conor (Ferdia Walsh-Peelo) ne sont pas épargnés par la crise et n’ont d’autres choix que d’enlever leur fils de l’école privée pour le mettre dans un établissement catholique public. Pour couronner le tout, le couple se déchire dans un pays où le divorce n’est pas autorisé. Les ennuis commencent alors pour l’adolescent, qui doit tant bien que mal s’adapter en tant que petit nouveau. A Synge Street, sa nouvelle école, Conor est malmené par les élèves aussi pénibles que leurs professeurs… Mais très vite, une rencontre change la donne. Raphina (Lucy Boynton) traîne tous les jours dans le lycée et l’adolescent, avec assez d’assurance, l’aborde et lui propose de tourner dans son clip. Le problème : il n’a ni groupe de musique, ni chansons.

Pour séduire Raphina (Lucy Boynton), Conor (Ferdia Walsh-Peelo) crée son groupe de musique : Sing Street © Mars Films
Pour séduire Raphina (Lucy Boynton), Conor (Ferdia Walsh-Peelo) crée son groupe de musique : Sing Street © Mars Films

Déjà mélomane, il laisse son grand frère Brendan (Jack Reynor) se charger de son instruction. Un soir, devant l’incontournable émission « Top of the Pops », ils découvrent le clip vidéo du groupe de new wave Duran Duran, sur la chanson Rio. Une révélation pour Conor : il veut faire de la musique futuriste. Le recrutement peut alors commencer. John Carney apporte dans cette première partie les meilleures scènes du film : la rencontre avec Darren (Ben Carolan), petit roux dégainant sa carte de business man, rapidement proclamé producteur, puis, avec Eamon, petit génie de la musique, inséparable de ses lapins.. Le groupe se constitue peu à peu, mélange de jeunes personnalités atypiques et touchantes.

Composer les paroles, écrire la musique, tourner des clips… Les Sing Street, comme ils se baptisent en référence à leur lycée, ont presque tout des grands dont ils s’inspirent, sauf peut-être le style. Bono lui même a déclaré que U2 à leur âge n’était pas à leur niveau. John Carney a sans doute privilégié le rêve au réalisme. Sous le prétexte de la constitution de ce groupe, le réalisateur explore la quête d’identité des adolescents. Leader, Conor arbore tour à tour les yeux maquillés à la David Bowie et la mèche blonde, puis le long manteau, le chapeau et les lunettes rondes. La journée, il se cherche mais la nuit, il porte toujours le même pyjama à papa bon chic bon genre.

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Le groupe Sing Street se cherche un style… © Mars Films

Film musical, Sing Street ne souffre pas du tout de ses compositions un peu populaires (toutes composées par John Carney). Au contraire, le spectateur se replonge avec plaisir et nostalgie dans cette culture musicale des années 80, qu’il l’ai connu ou non. Tout dans la reconstitution est soignée jusque dans les détails, particulièrement les passages clipés filmés avec la vieille caméra de Darren. Face à elle, la petite bande s’anime et s’impose. Il faut croire en ses rêves nous semble dire le film, mais surtout aider les autres à les accomplir, que ce soit pour son petit frère à qui l’on a ouvert la voix, où pour la fille que l’on aime, même si elle s’est perdue en chemin.

S’il fallait retenir un moment dans Sing Street, ce serait sans doute la dernière scène, dans laquelle les héros, trempés jusqu’aux os prennent leur destin en main pour la première fois de leur vie. Une des compositions, Go Now, de John Carney retentit avec la voix d’Adam Levine qui nous dit qu’il ne faut pas avoir peur des changements et ne jamais faire marche arrière… La morale est peut-être un peu simpliste, surtout que pléthore de longs-métrages ont déjà usé le sujet, avec plus ou moins de subtilité. Mais détrompez-vous, la reconstitution des années 80, la sincérité qui se dégage des interprètes et la justesse des rapports familiaux, happent totalement le spectateur. En hommage à tous les frères (« For Brothers Everywhere »), Sing Street est de loin le film le plus personnel de John Carney.

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7 commentaires sur « Sing Street, sur les traces de Duran Duran »

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