The Walking Dead saison 7, épisode 1 : le point de non-retour ?

Très attendue, l’ouverture de la septième saison de The Walking Dead n’a pas manqué de faire réagir les spectateurs et les internautes. Diffusé aux États-Unis ce dimanche 23 octobre, le premier épisode baptisé « The Day Will Come When You Won’t Be » met un terme à six mois de suspense et de fausses pistes. Au terme du visionnage, le plaisir de retrouver la série n’est pas au rendez-vous. Pour cause, les scénaristes ont orchestré un retour meurtrier et particulièrement éprouvant. Aussi bien pour les personnages que pour les spectateurs…

Le dernier épisode de la saison 6 laissait le héros Rick et la quasi-totalité des membres de son groupe en grand danger. Les  malheureux finissaient agenouillés devant Negan – le nouveau grand méchant de la série – au terme d’un très long jeu du chat et de la souris. Souhaitant punir Rick et ses compagnons pour leur insoumission, l’antagoniste choisissait au terme d’une partie d’« am stram gram » interminable, une victime avant de l’abattre sauvagement avec l’aide de Lucille, sa batte de baseball barbelée. Tournée à la première personne, cette dernière scène laissait les spectateurs dans un mystère total. Mais également dans une colère et une frustration rarement atteintes pour The Walking Dead mais aussi pour une série. Décevant et faible, ce final interrogeait avant tout la capacité des scénaristes à offrir une série encore bien écrite, après six années de diffusion.

Très attendu, le premier épisode de la saison 7 laisse Négan (Jeffrey Dean Morgan) exprimer son sadisme et sa violence. Pour asseoir son  autorité, le nouveau méchant éliminera deux personnages importants. © Gene Page & AMC
Très attendu, le premier épisode de la saison 7 laisse Négan (Jeffrey Dean Morgan) exprimer son sadisme et sa violence. Pour asseoir son autorité, le nouveau méchant éliminera deux personnages importants. © Gene Page & AMC

Ne nous voilons pas la face, la popularité de The Walking Dead repose davantage sur des épisodes-choc que sur une qualité globale exemplaire. Depuis la troisième saison, la série souffre d’un manque d’inspiration, d’arcs narratifs sacrifiés et d’un format probablement trop long (seize épisodes) pour tenir en haleine le public. Dans « The Day Will Come When You Won’t Be », les créateurs de la série prennent toujours un malin plaisir à manipuler les spectateurs jusqu’à épuisement. L’identité de la victime ne sera en effet dévoilée qu’après une vingtaine de minutes poussives où le remplissage est de mise (le reste de l’épisode n’est guère plus passionnant). Vient enfin le moment fatidique et surprise, ce n’est pas un mais deux personnages qui succombent à la folie de Negan. À peine remis de la première mort, les spectateurs sous le choc assistent à la disparition d’un autre protagoniste, présent depuis la première saison et fortement apprécié.

Certains fans des comics de Robert Kirkman salueront la fidélité graphique de l’exécution (fait assez rare pour la série). Les autres détourneront le regard. Véritable déluge de violence, le massacre est montré dans les moindres détails comme pour ne rien épargner au spectateur. L’écœurement laisse bientôt place à l’incompréhension. Peu avare en moments forts, la série (dé)passe un cap avec ce nouvel épisode. Comme pour se rattraper d’un final décevant et d’un cliffhanger odieux, les créateurs offrent un bain de sang dispensable que rien ne semble justifier. Pas même le personnage de Negan, décrit dans les comics comme une ordure de la pire espèce. Si Jeffrey Dean Morgan n’a pas la carrure de son modèle, l’acteur s’impose sans mal et fait preuve d’un sadisme impressionnant. Face à lui, Andrew Lincoln incarne un Rick humilié et détruit psychologiquement. Le héros perd son statut de leader et devient la propriété de son adversaire. Un rapport de forces qui se cristallise dans une scène où Negan exige au héros de commettre un acte inconcevable.

Dans le premier épisode de la saison 7, Rick (Andrew Lincoln) va subir des pertes dans son groupe et se retrouve psychologiquement détruit par Négan (Jeffrey Dean Morgan) © AMC
Dans le premier épisode de la saison 7, Rick (Andrew Lincoln) va subir des pertes dans son groupe et se retrouve psychologiquement détruit par Négan (Jeffrey Dean Morgan) © AMC

Indépendamment de ces évènements regrettables, le début de la septième saison souffre d’une construction brouillonne et d’un montage faussement ambitieux. Comme souvent dans The Walking Dead, la narration de l’épisode est constamment mise à mal par l’utilisation de flashbacks, de visions cauchemardesques ou fantasmées. En témoigne une scène dramatique où les survivants doivent récupérer les restes de leurs amis alors que résonne un discours pessimiste de Negan. Rick s’imagine alors attablé avec tous ses proches sains et saufs autour d’un déjeuner paisible. Trop tard, le spectateur a la désagréable impression d’avoir assisté à un torture porn qui ne s’assume pas et qui emprunte maladroitement le chemin du drame. Les prises de risques de cet épisode sont peut-être courageuses mais la finesse et l’intelligence, qui avaient fait la gloire des premières saisons, ont cédé la place à un jeu de massacre vain.

À se complaire dans l’excès et le traumatisme, The Walking Dead traduit en premier lieu un manque de profondeur évident. À la limite de l’acceptable et de l’abominable, ce premier épisode questionne avec cynisme la représentation de la violence dans les médias. Jusqu’ici, The Walking Dead n’était pas un cas isolé. Cette soif de « toujours plus » est finalement symptomatique du paysage télévisuel actuel (à en croire le phénomène de Game of Thrones) mais rarement la frontière semble avoir été franchie. C’est chose faite désormais. Ce season premiere  anxiogène est l’incarnation même d’une série fascinante, prisonnière de ses maladresses et de sa démesure. Les créateurs comme les acteurs l’avaient pourtant bien promis : il y aura un avant et un après Negan.

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26 commentaires sur « The Walking Dead saison 7, épisode 1 : le point de non-retour ? »

    1. Je te comprends. Je pense que l’épisode a eu l’effet voulu et réussit sont coup. La violence ne me pose pas de problème de manière générale, mais que si elle est justifiée et qu’elle sert à un propos ou à une évolution. Pour le moment, je trouve que tant de démonstration est inutile mais je ne condamne pas la série, il reste encore toute une saison et peut-être des propositions prometteuses. 🙂

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  1. Très bon article. Je ne sais que penser, et même pas ce que j’ai ressenti. Je m’étonne d’avoir regardé cet épisode sans émotion (malgré ce qui arrive à un perso dont le sort était très important pour moi et le fait que j’ai des larmes devant des dessins animés^^). Ce matin, un ami me dit qu’il a pleuré devant l’épisode… moi j’étais plus « choquée », je m’y attendais (à cause de la bd) mais la sauce n’a pas pris autant qu’elle aurait dû. Certains disent que c’est un des épisodes les plus intenses mais j’avais juste envie qu’on en finisse (les flash-back, l’épisode centré sur l’impuissance du groupe face à la violence gratuite)… bref, malgré ça, je fais partie de ceux qui ont vraiment aimé la saison dernière donc j’attends de voir. Et je n’ai pas détesté l’épisode non plus, j’ai été comme prise au dépourvu.

    Un autre truc qui m’a gêné dans l’épisode mais qui est lié au final de la saison dernière : « qui va mourir ». Cette question m’énerve, ce n’est pas l’intérêt de la série pour moi et en laissant planer le suspens sur tout l’épisode, ça donne l’impression que si . Le groupe est clairement menacé, plus que jamais. Je pense qu’en dehors de l’étalage de violence, c’est ce côté « survival » qui m’a gêné, comme si on avait voulu dire au spectateur que l’enjeu était là alors qu’il y a d’autres choses à exploiter (je pense, j’espère qu’ils vont le faire dans les autres épisodes). Qui va mourir, en fait je m’en fous complet, et je m’en suis rendue compte hier soir.

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    1. Je te remercie pour ton commentaire et d’avoir partagé ton ressenti. 🙂 Il est évident que l’épisode a beaucoup divisé et bouleversé. Il y a de quoi. C’est une preuve indéniable que la série a réussi à rendre le groupe de survivants attachant.

      Je suis tout à fait d’accord avec toi pour ce qui est de la fin de ton commentaire. Depuis quelques temps, The Walking Dead se repose uniquement sur ce jeu sadique du « qui va mourir, comment, quand ? ». Certes c’est l’une des caractéristiques d’une série post-apocalyptique et d’un survival mais je pense que cette question ne peut pas être le seul moteur d’une série. C’est regrettable pour toutes les autres potentialités narratives. À mon sens, les deux premières saisons écrites par Darabont ne sont peut-être pas parfaites mais avaient réussi à doser savamment l’horreur des évènements avec un certain réalisme, avec ce qu’il faut de dramatique, de drôle, de funeste, de poétique même parfois…
      Aujourd’hui les nouveaux épisodes sont foncièrement noirs et bien que les évènements narrés le justifient parfois, ils manquent cruellement de nuances.
      Mieux encore, les comics (bien que le format soit très différent et que la série s’est détachée de ces derniers) réussissent encore à maintenir ce bel équilibre… 🙂

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  2. Je me suis arrêtée juste avant l’épisode final de la saison 6 et j’en resterai là. J’ai l’impression, tant par le contenu de la série que par les interviews, que les créateurs sont devenus extrêmement mégalos et arrogants. Incapables d’entendre les critiques du public, ils font la série qu’ils veulent, pas celle que les fans souhaitent voir. Moi en tout cas, j’ai perdu ce qui m’intéressait au départ : l’étude sociologique façon « retour à l’état de nature » et la reconstruction post-apo. Là, on ne reconstruit plus, on tourne en rond dans le cercle vicieux un grand méchant débarque / des persos principaux meurent / de nouveaux persos arrivent. Je trouve ça assez irrespectueux de penser que les spectateurs s’en fichent des persos et qu’on les remplace d’un coup par d’autres. Et surtout, j’ai l’impression que la raison première des choix est l’aspect financier : faisons durer au maximum la série, ça rapporte de l’argent !
    Je suis vraiment déçue car TWD a été une de mes séries préférées, mais heureusement il y a plein d’autres choses intéressantes à voir !

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    1. Merci pour ton commentaire. Tu as en effet raison sur l’évolution de la série et sur le cynisme et la mégalomanie des créateurs, producteurs. Ce premier episode en est un parfair exemple !
      Qu’on le veuille ou non, qu’on n’aime ou qu’on n’aime pas, « The Walking Dead » n’est plus la même série. Mais malgré les déceptions, les buzzs et les suspens montés en flèche maintiennent la série dans d’excellentes audiences. Dommage.

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  3. Bravo Simon, ton article sur l’épisode 1 / saison 7 de TWD rejoint mon analyse. C’est juste un épisode cliffhanger pour faire le buzz auprès des fans dont je ne fais plus parti depuis la saison 4. Ça sent le sapin pour cette série que l’on coupe à la hache.

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  4. Je n’ai pas trouvé cet épisode plus « poussif » que d’autres et j’ai du mal à voir le côté torture porn (mais ça n’engage que moi, bien entendu).

    De mon point de vue, c’est une des meilleures introductions de personnage que j’ai vu depuis longtemps dans une série. Jeffrey Dean Morgan dégage une espèce de folie cynique, un peu comme le Joker de Nolan. Vu qu’on ne connaît rien du personnage, de son passé, de ses pertes et blessures, ses motivations sont d’autant plus gratuites et donc laissent les héros d’autant plus impuissants et vulnérables. La véritable violence est là pour moi, parce qu’elle est incompréhensible.

    Je trouve cet épisode plus que soft par rapport à certains événements qui se produisent dans la bande dessinée. Je pense en particulier à Michonne et les viols répétés qu’elle subit, enchaînée contre un mur, pour réussir à la briser de l’intérieur. J’imagine pas le tollé que cela provoquerait si on décidait de présenter ce genre de storyline dans l’adaptation télévisée.

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    1. Plutôt d’accord avec toi dans la description du personnage de Negan joué JDM. Il incarne en effet un visage de la violence qui ne m’a pas dérangé (contrairement au reste). Même si je n’approuve pas encore ce choix de casting, je trouve qu’il fait le boulot pour l’instant. Il faut dire que jusqu’ici, je n’ai aimé aucune introduction de chaque antagoniste (déçu par le Gouverneur, le Terminus et les Wolves).

      Pour revenir au cas de Michonne, j’ai pensé également à cet épisode lors du visionnage et je me suis fait la même réflexion. Mais je trouve que c’est une bonne idée de ne pas avoir montré ces événements dans la série. C’est peut-être une problématique de représentation : le format comics permet certaines prises de risque et un seuil de tolérance assez grand, ce qui n’est pas forcément le cas du cinéma et de la télévision. La série peut s’adresser à un plus large public et est sujette à une censure immédiate (surtout aux USA). Donc c’est plutôt intelligent de ne pas avoir reproduit planche par planche le calvaire de Michonne. Les créateurs auraient pu le faire de manière suggérée, ce qui aurait été largement suffisant pour marquer les esprits.

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  5. J’ai été très déçue par cet épisode et ton billet me rassure dans mon avis ! Déjà, avec un peu d’observation et du bon-sens, c’était vraiment sans surprise – perso les gens qui se plaignent des spoilers me font rire, j’ai envie de dire quels spoilers, quelle surprise ? Sérieusement ?
    Et puis, pour l’instant, Negan ne m’inspire guère en tant que personnage. Il n’a pas pour moi le charisme du Gouverneur. J’espère qu’on en saura au moins plus sur lui et que ça ne sera pas juste un méchant bête à tuer. Car oui cet épisode était gratuit mais en plus d’un point de vue narratif, il ne se passait rien. Je suis d’accord, c’était du remplissage !
    J’ai vraiment peur pour l’avenir de la série. On ne voit plus de zombies (et qu’on ne me sorte plus l’argument « ooouaaaais non mais c’est une série sur la violence humaine », ok mais ça n’excuse rien non plus), on va encore retomber dans le même schéma « on est tombés sur des méchants, il va falloir sortir de cette merde ») et surtout on ne voit toujours pas où la série va aller. Les scénaristes ont-ils prévus une fin ? Jusqu’à quand ça va s’éterniser ? Ca va nulle part depuis déjà la saison 4.

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    1. En effet, les zombies ont une place bien secondaire dans ce début de saison. Ils font partie du paysage désormais.
      Pour ce qui est de la fin, difficile à dire. Si la série reprend dans les grandes lignes l’évolution des comics, elle n’est pas prêt de s’arrêter. Mais oui je pense qu’il va falloir trouver un moyen de renouveler l’intérêt et sortir du schéma systématique de « proie/prédateur ».

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