L’Odyssée

En 1948, Jacques-Yves Cousteau a un rêve. Explorer les fonds marins et en faire un terrain de conquête au même titre que l’espace. Le film de Jérôme Salle retrace le parcours atypique de cet homme visionnaire, ambitieux et fantasque. Le résultat est concluant : L’Odyssée est souvent fascinant grâce à de remarquables scènes de plongée sous-marines, et plutôt juste dans les scènes entre père et fils. En salles depuis le 12 octobre.

« J’ai découvert un nouveau monde, j’ai voulu le conquérir alors qu’en fait il fallait le protéger. » Découverte dès la bande-annonce, cette phrase clef prononcée par le Commandant Cousteau (Lambert Wilson, impeccable) résume assez justement L’Odyssée : l’ascension d’un homme trop ambitieux, qui à la manière des explorateurs du Nouveau Monde, voulait faire de la mer son propre univers. Quitte à négliger les siens, souffrant souvent de l’égoïsme de cet homme iconique, à la popularité immense. Et pourtant, sans Simone (Audrey Tautou), sa première femme, rien n’aurait été possible. Le réalisateur Jérôme Salle à qui l’on doit entre autres Anthony Zimmer et les Largo Winch, propose un biopic académique très chronologique. 30 ans de vie, de 1948 à 1979.

La famille Cousteau part à la découverte des fonds marins, dans les années 50 dans L'Odyssée de Jérôme Salle © Wild Bunch Distribution
A la fin des années 40, la famille Cousteau part à la découverte des fonds marins © Wild Bunch Distribution

Aux origines, il y a un trio de créateurs, Jacques-Yves Cousteau, dit JYC, Philippe Tailliez (Laurent Lucas) et Frédéric Dumas (Olivier Galfione), surnommés les Mousquemers. On leur doit l’invention du scaphandre autonome : désormais les plongeurs peuvent respirer sous l’eau. L’exploration sous-marine n’est alors qu’aux balbutiements mais cette étape marque le futur Commandant et ses désirs d’aventures. Avec l’argent de sa femme, ils réalisent « leur rêve à tous les deux » en achetant la célèbre Calypso. Un navire océanographique dédié à la recherche scientifique, sur lequel ils vont voyager pendant des années. Si L’Odyssée passe rapidement sur cette partie de leur vie, le spectateur comprend aisément que JYC trouve des financements auprès de compagnies pétrolières.

Pendant ce temps, les deux fils Cousteau grandissent loin en pensionnat. Tous les deux admiratifs de leur père, il n’y a pourtant qu’un seul qui a son attention, Philippe (Pierre Niney, très bien), pendant que le frère aîné Jean-Michel (Benjamin Lavernhe) reste dans l’ombre. Jacques-Yves Cousteau se souvient-il d’ailleurs qu’il a deux fis ? Il est loin le temps où la famille allait explorer la Méditerranée, avec pour seul équipement leur maillot de bain et leur bouteille de plongée accrochée à leur dos. Une jolie scène familiale délicieusement retro, où se mêlent l’émotion face à cette famille, encore unie et heureuse et la fascination devant la sublime faune aquatique. Une quinzaine d’années plus tard, Philippe y accompagnera sa fiancée espérant lui faire ressentir la même émotion. Malheureusement, le gigantesque aquarium naturel n’est plus qu’une ruine sans vie, à force d’avoir pillé ses richesses pour la recherche scientifique. La conscience écologiste du fils Cousteau naît à ce moment-là. La confrontation du père et du fils est inévitable.

Dans L'Odyssée, Jérôme Salle raconte aussi les relations entre un père, le Commandant Cousteau (Lambert Wilson) et un fils, Philippe Cousteau (Pierre Niney) © Wild Bunch Distribution
Dans L’Odyssée, Jérôme Salle raconte aussi les relations entre un père, le Commandant Cousteau (Lambert Wilson) et un fils, Philippe Cousteau (Pierre Niney) © Wild Bunch Distribution

Si Jérôme Salle n’a pas fait un film à charge contre le Commandant Cousteau, ses excès ne sont pas ignorés. On le voit domestiquer des otaries pour ses films, dynamiter les fonds marins pour la recherche scientifique… Bientôt, Philippe va s’élever contre ces méthodes et contre ce père qu’il avait « tant admiré » et qui ne comprend pas les motivations de cette révolte. Il est évident qu’aux débuts de l’exploration, les idéaux écolos d’aujourd’hui n’existaient pas encore. En 1956, lors de la sortie de son film Le Monde du silence pour lequel il a eu la Palme d’Or et dont L’Odyssée retrace brièvement la genèse, personne ne s’indignait du sort des espèces sous-marines. L’océan apparaissait comme une étendue de ressources naturelles illimitées. En cela, le long-métrage reconstitue brillamment les mentalités de cette époque.

Pourtant, le duo père-fils se reformera finalement des années plus tard, le Commandant Cousteau initié à l’écologie. Jérôme Salle choisit  le happy-end (ou presque) avec la réunification de la famille éclatée, lors d’un dernier voyage spectaculaire, à la découverte des glaciers d’Antarctique. La réussite de L’Odyssée réside justement dans ces scènes en pleine nature. Les plus impressionnantes sont les plongées, souvent menées par les deux acteurs principaux. Tournées dans des vraies conditions, les scènes sont des reconstitutions impressionnantes, aux plans soignés magnifiés par la lumière. Dans cette recherche esthétique, Jérôme Salle s’est entouré de Matias Boucard, directeur de la photographie, déjà remarqué pour L’affaire SK1. Ensemble, le duo fait des étincelles, proposant des images sous-marines remarquables, mais malheureusement trop peu nombreuses. Dommage, pour une fois que le cinéma se lançait à la conquête du grand bleu.

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8 commentaires sur « L’Odyssée »

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