Bridget Jones Baby

Le 5 octobre 2016, la plus charmante des Londoniennes a opéré un retour inattendu sur le grand écran après douze années d’absence. Dans ce nouvel opus intitulé « Bridget Jones Baby », le spectateur retrouve l’(anti) héroïne à nouveau célibataire mais cette fois-ci confrontée à une aventure de taille : la grossesse et la maternité. La réalisatrice du premier opus, Sharon Maguire, signe un troisième volet dispensable où les péripéties de Bridget Jones sonnent faux et manquent cruellement de modernité. Qu’est-il arrivé à l’icône de la comédie romantique ?

En 2001, Le Journal de Bridget Jones donnait un sérieux coup de pied dans la fourmilière des comédies romantiques. Adapté du best-seller d’Helen Fielding, le film mettait en scène une héroïne d’un nouveau genre. Naturelle, drôle, spontanée mais ô combien imparfaite et maladroite, Bridget Jones (Renée Zellwegger) était porteuse d’un message important : « aimons-nous tels que nous sommes et nos défauts ne nous empêcheront pas de trouver l’amour, au contraire ». Sans être une figure féministe, la jeune femme incarnait une certaine modernité et normalité. Quinze années plus tard, les spectateurs constatent que le message n’a pas porté ses fruits.

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Dans « Bridget Jones Baby », l’héroïne (Renée Zellwegger) va devoir faire face à une grossesse inattendue mais pourra compter sur le soutien de ses deux prétendants Marc Darcy (Colin Firth) et Jack Qwant (Patrick Dempsey). Ces derniers sont même prêts à se disputer la paternité du futur enfant. Copyright 2016 Universal Studios, Studio Canal et Miramax.

Le film s’ouvre sur le quarante-troisième anniversaire de Bridget Jones. Seule dans son appartement, elle s’apprête à dévorer un cupcake et dresse le bilan de sa vie. Séparée de Marc Darcy (Colin Firth) depuis quatre années, la Londonienne n’a pas trouvé l’amour mais a arrêté de fumer depuis 1891 jours et surtout elle a « enfin atteint son poids idéal ». Premier malaise. Où est passé le pouvoir de l’acceptation de soi ? Plus tard, on apprend que Daniel Clever (Hugh Grant) est laissé pour mort après avoir disparu dans la jungle. Sur le plan professionnel, Bridget Jones n’en mène pas plus large. Devenue productrice d’un show d’infotainment, elle se heurte bientôt à une supérieure plus jeune, cruelle et opportuniste.

Loin de se laisser abattre, la quarantenaire décide de s’offrir un week-end de détente avec sa collègue et amie Miranda. Mais cette dernière n’a pas vraiment la même conception de la décompression et entraîne notre héroïne dans un grand festival de musique. Elle fera alors la connaissance de l’américain et millionnaire Jack Qwant (Patrick Dempsey) avec qui elle partage une nuit torride. Quelques jours plus tard, ses retrouvailles avec Marc Darcy lors d’un baptême connaîtront une fin toute aussi mouvementée. Se découvrant enceinte, Bridget voit cet imprévu comme un signe du destin. Mais elle ignore l’identité du père.

Pour ce nouvel opus, la réalisatrice Sharon Maguire tente plus que jamais d'ancrer Bridget Jones (Renée Zellwegger) dans les mœurs actuelles et multiplie les signaux de modernité. Copyright 2016 Universal Studios, Studio Canal et Miramax
Pour ce nouvel opus, la réalisatrice Sharon Maguire tente plus que jamais d’ancrer Bridget Jones (Renée Zellwegger) dans les mœurs actuelles et multiplie les signaux de modernité. Copyright 2016 Universal Studios, Studio Canal et Miramax.

Pendant deux heures, la réalisatrice va tenter de tenir en haleine le spectateur autour de ce mystère. Un prétexte pour enchaîner des péripéties parfois amusantes parfois grossières, une recette qui avait fait le succès des premiers opus. En 2016, le charme n’opère plus totalement. Le film se veut satirique et parodique mais loupe bien souvent le coche. La faute à un traitement gourmand et foutraque de thématiques actuelles. Car si Bridget Jones n’est plus la fraîche trentenaire d’autrefois, elle n’en reste pas moins une femme à la page. Du moins c’est ce que Sharon Maguire s’évertue à nous faire croire.

Le journal intime a laissé la place au Mac Book et à la tablette ; le week-end entre amies a lieu dans un festival « hype » aux allures de Glastonbury ; la nouvelle patronne et son équipe sont quant à eux une incarnation de jeunes Londoniens actifs et  hispters. Autant d’idées malines sur le papier qui peinent à convaincre tant le traitement est dépassé et essoufflé. À de rares moments pourtant, des sujets tels que la grossesse tardive ou les difficultés de la coparentalité sont cernées habilement mais ne parviennent à sauver l’ensemble. À vouloir miser à tout prix sur une modernité apparente et attirer un public plus jeune, Bridget Jones Baby s’enfonce dans des clichés et des facilités déconcertantes (la palme revient au groupe extrémiste de féministes défendu par Marc Darcy lors d’un procès, sorte d’ersatz balourd des Femen ou des Pussy Riot).

Briget Jones (Renée Zellwegger) rencontre avec une certaine appréhenion son obstétricienne campée par Emma Thompson. Copyright 2016 Universal Studios, Studio Canal et Miramax
Briget Jones (Renée Zellwegger) rencontre avec une certaine appréhenion son obstétricienne campée par Emma Thompson. Copyright 2016 Universal Studios, Studio Canal et Miramax

La Bridget Jones version 2016 accuse un retard et un décalage avec son (notre) époque que l’on peut difficilement ignorer. L’humour so british pâtit également d’une réalisation plate et convenue. Colin Firth semble désormais à l’étroit dans le rôle déjà peu étoffé de Marc Darcy et l’absence de Hugh Grant se fait cruellement sentir. Si l’américain Patrick Dempsey incarne le nouveau playboy millionnaire et concurrent avec une certaine conviction, l’interaction entre les deux hommes n’a pas la même alchimie. Dans un rôle pourtant dénaturé, Renée Zellwegger conserve les mimiques qui ont fait son succès et reste attachante. Mais il est trop tard : l’image de la protagoniste est déjà mise à mal.

Paroxysme de l’embarras, le premier rendez-vous médical avec la gynécologue, campée par la drôle Emma Thompson, interpelle. Bridget ne sait comment avouer avoir couché avec deux hommes différents en l’espace de deux semaines. Dans un échange pourtant savoureux entre les deux femmes, le spectateur surprend un sentiment de honte se dessiner sur le visage de Bridget Jones et dans son monologue intérieur. Mais qu’il y a-t-il de si honteux ? En ce sens, Bridget Jones Baby déconstruit curieusement ce que les premiers films avaient de novateur, de loufoque et d’aimable. Plus de tabac, plus de gourmandises, une libido au plus bas… Bridget Jones n’est plus que l’ombre d’elle-même. Une question se pose alors : est-il encore possible, en 2016, de s’identifier à une telle représentation de la femme célibataire ?

 

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5 commentaires sur « Bridget Jones Baby »

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