La revue culturelle #2

Des lapins face à leur destin dans une délicieuse épopée, un hacker perdu entre la réalité et ses fantasmes, une troupe de danse au diapason avec leur nouveau directeur de ballet… Retour sur un mois de septembre riche en nouveautés culturelles : un film, une série et un roman à ne pas louper !

Le film : Relève

Le 23 décembre 2015, Canal+ inaugurait un nouveau domaine de « Créations Originales », avec le documentaire Relève, du duo Thierry Demaizière et Alban Teurlai. Une sortie en salles le 7 septembre dernier permet une plus grande visibilité pour ces 2 heures d’immersion passionnantes au cœur du ballet de l’Opéra National de Paris, dirigé alors par Benjamin Millepied. Connu par beaucoup comme étant l’époux de l’actrice Nathalie Portman, Millepied est avant tout un artiste ambitieux, ancienne étoile du New York City Ballet et chorégraphe au sein de la L.A. Dance Project – une compagnie qu’il a créée mais qui se définit plutôt comme un collectif de créateurs autour de la danse. En 2014 et à seulement 37 ans, Millepied devient directeur de la danse à l’Opéra.

Relève retrace le processus créatif de son nouveau ballet « Clear, Loud, Bright, Forward », dans lequel il fait la part belle aux corps du ballet, trop souvent exclus au profit des étoiles ou des premiers danseurs. Réalisé de façon chronologique, le documentaire ne perd pas une miette des couacs et de chaque moment rythmant les trois mois précédents la première représentation. 90 jours de préparation pour un spectacle de 33 minutes, beau et bluffant, pensé comme une collaboration artistique entre le chorégraphe, la styliste, le compositeur, le chef d’orchestre, les musiciens, les techniciens et bien sûr les danseurs !

Le portrait est intimiste, le documentaire sans fard. Il est évident que Millepied est plus à l’aise pendant les répétitions que lors des réunions administratives – il démissionnera d’ailleurs quelques mois après le tournage. Bienveillant et passionné, le chorégraphe bouleverse les codes. Avouant à la caméra que l’institution est trop rigide, le danseur assume vouloir changer les règles, en mettant par exemple une jeune danseuse en avant sur scène. Devant Relève, le spectateur ne pourra être qu’impressionné par la rigueur des danseurs, par les coulisses de la création d’un ballet et surtout par cette révolution qui s’est jouée sans bruit pendant les quelques mois de règne de Millepied, et qui a enfin permis de considérer le danseur comme un être humain et non plus comme un corps.

Elliot (Rami Malek) face à Mr Robot (Christian Slater) © Michael Parmelee/USA Network
Elliot (Rami Malek) face à Mr Robot (Christian Slater) © Michael Parmelee/USA Network

La série : Mr Robot

Le mois de septembre a été marqué à la fois par la fin de la saison 2 de Mr Robot et par le début de la diffusion de la série sur les écrans français. En effet, depuis le 19 septembre, France 2 la diffuse en deuxième partie de soirée. Un choix audacieux et appréciable que la chaîne a décidé de prolonger en diffusant sans attendre le saison 2 dès le 24 octobre prochain. L’année passée, la série de Sam Esmail avait créé la surprise tant par sa forme que son histoire, celle d’un jeune programmeur qui organise le hacking de la société E.Corps, compagnie surpuissante, symbole de notre société capitaliste. Cherchant à provoquer une révolution financière, Elliot Alderson est l’anti-héros par excellence, complexe, asocial et un peu fou : s’adressant au spectateur, il perd constamment ses repères de rêves et de réalité. Pour incarner ce jeune hacker, Rami Malek est tout simplement excellent. Preuve en est, son Emmy Award le consacrant meilleur acteur dans une série dramatique.

Outre son interprète et le reste de son casting tout aussi brillant – Christian Slater, Portia Doubleday, Carly Chaikin…-, Mr. Robot se distingue par sa réalisation, inédite dans les séries. Scènes désaxées, caméra fixe et personnages hors du cadre, plans larges au dessus des protagonistes dont l’on ne voit parfois que la tête, couleurs passées… Sam Esmail rivalise d’ingéniosité pour insuffler à sa création une atmosphère volontairement hypnotisante et anxiogène. Pourtant, dans Mr. Robot, il ne faut jamais se fier à ce que l’on voit ou ce que l’on croit voir. Un jeu de dupes fascinant.

Watership Down de Richard Adams réédité en France grâce aux éditions Monsieur Toussaint Louverture © Monsieur Toussaint Louverture
Watership Down de Richard Adams réédité en France grâce aux éditions Monsieur Toussaint Louverture © Monsieur Toussaint Louverture

Le livre : Watership Down

« La Terre tout entière sera ton ennemie. Chaque fois qu’ils t’attraperont, ils te tueront. Mais d’abord, ils devront t’attraper. » Le premier roman de Richard Adams, sorti en 1972 vaut à son auteur sa notoriété. Avec plus de 50 millions d’exemplaires vendus dans le monde, son Watership Down était pourtant quasi inconnu des lecteurs français. Heureusement, à l’occasion de la rentrée littéraire, l’ambitieuse maison d’édition bordelaise Monsieur Toussaint Louverture, vient de publier ce classique, à mi-chemin entre l’Odyssée d’Homère et l’univers de Tolkien. Watership Down explore l’histoire d’un groupe d’individus, forcé de quitter leur habitation pour se mettre à la recherche d’un nouvel endroit pour reformer leur société. Evidemment, les dangers et les ennemis sont nombreux mais leur leader Hazel ne cessera jamais de guider les siens, écoutant les conseils de chacun, un peu à la manière de Rick, héros de la série post-apocalyptique The Walking Dead, pas si éloignée dans sa trame narrative.

Le périple sera l’occasion d’une belle réflexion autour de la solidarité, de la loyauté et du sacrifice. Richard Adams s’est inspiré de deux ouvrages pour rendre son histoire réelle puisque ses protagonistes ne sont autres que des … lapins ! The private life of the Rabbit du naturaliste britannique Ronald Lockley et Le héros aux mille visages de Joseph Campbell, anthropologue spécialisé dans les mythes ont permis à l’auteur de construire un roman d’aventure réaliste et une passionnante mythologie lapine. Rien n’est laissé au hasard dans Watership Down, jusque dans le vocabulaire inventé pour l’occasion – le lapin farfale (se nourrit), il a peur du vilou (les prédateurs)… Autant de néologismes qui transforment le récit en un conte pour adulte absolument fascinant. L’exploit de Richard Adams est de rendre les aventures de ces lapins ordinaires, extraordinaires. Ces lapins nous ressemblent avec leurs envies, leurs besoins et leurs peurs. Au final, tous se surpasseront pour accomplir leur destinée.

Et vous, quels sont vos coups de coeur du mois de septembre ?

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8 commentaires sur « La revue culturelle #2 »

    1. Merci ! J’espère que tu prendras autant de plaisir avec cette saison 2. Volontairement je n’ai rien dévoilé du scénario comme la saison n’a pas encore été diffusée en France… Mais je peux t’assurer que j’ai été complètement bluffée une nouvelle fois par les rebondissements, les nouveaux personnages et la réalisation toujours aussi ingénieuse et audacieuse.

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  1. C’est Mr Robot est la claque de cette rentrée ! Un souffle nouveau que je n’avais pas ressenti dans les séries américaines depuis un bon moment. C’est frais, remuant. J’adore la façon de filmer, les musiques, les acteurs… Vraiment une odeur de perfection. A déguster avec ce plaisir immense de voir une merveille, cet instant éphémère tellement grisant qui dit que je suis en train de vivre un moment d’exception.
    A consommer sans modération !

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  2. Tu m’intrigues beaucoup avec la série Mr Robot. Et je note le documentaire La Relève, si j’ai l’occasion de le voir. Voir comment se prépare un ballet doit être passionnant. Pour Watership Down, j’ai à la fois lu des avis enthousiastes et d’autres beaucoup moins. Je vais sûrement lire les autres livres de la maison d’édition avant de découvrir celui-ci.
    De mon côté, j’ai eu un gros coup de coeur pour la série Le bureau des légendes. J’en avais entendu beaucoup de bien et je ne la découvre que maintenant. J’adore. J’en suis à la saison 2 et je me dis que peu de série ont réussi à me tenir en haleine à ce point jusqu’au dernier épisode d’une saison. Les acteurs sont bluffants. Bref, je suis fan !

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    1. Ok, je retire ce que j’ai dit, après visionnage des épisodes 7 et 8 on m’a perdue, j’ai envie de regarder tous les épisodes restants d’un coup ! ^^ Mais je vais tenter de me raisonner pour faire durer le suspens. En fait c’est surtout le couple de « méchants », les Wellick, qui me fascinent dans cette série.

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