Le ciel attendra

Être adolescente et candidate au djihad. En croisant le parcours de trois personnages, Marie-Castille Mention-Schaar, propose une réflexion nécessaire sur l’embrigadement des jeunes filles, parties en Syrie. La réalisatrice aborde avec réalisme une thématique douloureuse. Le ciel attendra, long-métrage quasi-documentaire, peine pourtant à convaincre. A découvrir en salles à partir du 5 octobre prochain.

Raconter le processus d’embrigadement des jeunes filles en France, c’est le défi fixé par Marie-Castille Mention-Schaar. Après le succès de son précédent film Les Héritiers, la réalisatrice pose sa caméra au coeur de familles en détresse. Le ciel attendra suit trois destins, ceux de deux jeunes filles et celui d’une mère (Clotilde Courau), désespérée après le départ de son enfant en Syrie. Les parcours des adolescentes se répondent habilement dans le long-métrage, trajectoires inversées de deux candidates au djihad.

Une séance de parole entre mère et fille dans Le ciel attendra © Guy Ferrandis
Une séance de parole entre mère et fille dans Le ciel attendra © Guy Ferrandis

La première est Mélanie (Naomi Amarger), jeune lycéenne plutôt discrète et bonne élève. Son quotidien est rythmée par les sorties entre copines et ses cours de violoncelle, jusqu’au jour où elle croise la route d’un jeune garçon… Cette rencontre sur Facebook et le visionnage de vidéos conspirationnistes suffisent à Mélanie pour tout envoyer balader, dégoûtée par la société occidentale capitaliste. Le ciel attendra retrace son parcours effrayant : bientôt convertie à l’islam, elle fait les prières, stoppe les communications avec les hommes, arrête les soirées et finalement perd son identité. Une seule idée lui reste en tête, partir en Syrie pour épouser son « prince ».

Une envie partagée par Sonia (Noémie Merlant), arrêtée en pleine nuit sous les regards ahuris de ses parents (Sandrine Bonnaire et Zinedine Soualem), pour avoir préparé un attentat après l’échec de son départ en Syrie. La scène donne le ton : un décalage constant entre les adultes et leurs filles, dépeintes comme des adolescentes naïves, impulsives, voire parfois hystériques. Le troisième personnage mis en lumière par Marie-Castille Mention-Schaar est d’ailleurs une de ces mère de famille, rongée par la douleur et la culpabilité. Elle ne sait rien : où est partie sa fille ? Pour quelles raisons ? La réalisatrice tentera de répondre à ces question, en installant dans sa fiction des scènes quasi-documentaires avec l’anthropologue Dounia Bouzar, qui fera le lien entre tous les personnages. Connue en France pour avoir créé le Centre de Prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, elle apparaît de nombreuses fois à l’écran dans des séances de déradicalisation. Ces scènes de reconstitution apportent une vraie plus-value pour tenter de comprendre les mécanismes d’embrigadement. Très documenté, Le ciel attendra manque pourtant de justesse dans l’écriture des deux héroïnes. Le scénario parfois poussif fait surgir le malaise chez le spectateur. Pas celui que l’on attendait.

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12 commentaires sur « Le ciel attendra »

    1. Oui il sort le 5, je l’ai vu à l’occasion d’une avant-première avec la réalisatrice lundi dernier. Je comprends que tu me poses la question : l’aspect documentaire m’a beaucoup intéressé, notamment avec le personnage de Dounia Bouzar que j’avais découvert à la télévision. Pourtant, les histoires n’ont pas réussi à m’émouvoir… Si la thématique t’interpelle, tu peux aussi bien regarder ce long-métrage qu’une enquête journalistique plus poussée. Pour autant, tu ne perdras pas ton temps devant, car le film pousse à la réflexion et au débat…

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  1. Le sujet de ce film est en parfaite adéquation avec notre actualité. C’est sans doute ce qui va faire sa force lorsqu’il va sortir dans nos cinémas. Par contre, c’est vraiment dommage que la réalisatrice se soit un peu focalisée sur un aspect documentaire… Cela restera intéressant mais cela ne sera peut-être pas aussi prenant que je le pensais…

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai à peu près le même avis sur le film… Le scénario évite quelques écueils et raccourcis dangereux (j’avais un peu peur au début du film), mais n’a pas assez d’intelligence pour convaincre. Après je m’attendais à bien pire.
    Sinon, encore et toujours, je conseille un autre film sur le même sujet, beaucoup plus fin dans son approche et avec moins de pathos : La Désintégration, de Philippe Faucon, qui a cela de prophétique dans le sens où il a été tourné un an avant la tuerie de Mohamed Merah…

    Aimé par 1 personne

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