Love and Friendship ou l’ironie mordante de Jane Austen

Délicieuse comédie de moeurs au temps du roi George III, Love and Friendship se distingue par son humour grinçant et ses personnages exubérants. Le réalisateur Whit Stillman adapte avec beaucoup d’habileté le verbe mordant et l’exquise ironie propres à Jane Austen. Sa Lady Susan de 1790 prend ici les traits de la belle Kate Beckinsale. Un petit régal. 

À tort classée parmi les auteures mièvres et romantiques, Jane Austen récupère ses lettres de noblesse grâce à l’entreprise de l’américain Whit Stillman. Loin d’être aussi douce et sucrée qu’on le dit, la plume de l’écrivaine anglaise s’avère plus souvent acérée que mielleuse. Love and Friendship, adaptée de Lady Susan, saura réconcilier les critiques acerbes avec son style franc et unique. Le court roman épistolaire donne principalement la parole à quatre femmes, l’héroïne Susan, son amie et confidente américaine Alicia, sa belle-soeur Catherine et la mère de celle-ci. Pour incarner les deux premières, le réalisateur a choisi deux actrices peu connues en France : la brune Kate Beckinsale et la blonde Chloë Sevigny. 18 ans après avoir partagé l’affiche de The Last Days of Disco, du même Whit Stillman, le duo refait des étincelles. Les voilà ensemble de nouveau dans ce film à costumes dénonçant avec ironie une société de classe peu propice aux destinées féminines dans cette fin de XVIIIe siècle.

Tous les protagonistes de Love and Friendship abasourdis par l'arrivée de Lady Susan... © Blinder Films - Chic Films - Revolver Amsterdam - ARTE France Cinema
Tous les protagonistes de Love and Friendship abasourdis par l’arrivée de Lady Susan… © Blinder Films – Chic Films – Revolver Amsterdam – ARTE France Cinema

Lady Susan, jeune veuve, souffre d’une assez mauvaise réputation. Ses infidélités envers son défunt mari sont des sujets de commérages dans la haute société. Sa fortune déclinant, elle est bientôt contrainte de vivre chez des proches, créant au passage le chaos dans ces familles. Pour garder sa bonne place dans l’aristocratie britannique, elle complote et manigance des plans pour se remarier avantageusement. Elle recherche de riches époux pour elle et sa fille Frederica (Morfydd Clark). Susan a d’ailleurs l’intention de l’unir au riche Sir James Martin (Tom Bennett), qui ne s’illustre pourtant que par sa bêtise et sa maladresse… Cela apportera son lot de situations cocasses, aussi bien à l’écran que sur le papier.

Love and Friendship se distingue par ses excellents dialogues, piquants et incisifs, et par la direction d’acteurs de Stillman. Kate Beckinsale, qu’on a rarement vu au cinéma en dehors des films de vampires, campe à la perfection cette héroïne de pouvoir, qui détonne pour l’époque, à la fois sarcastique et manipulatrice. Tous les personnages, et ils sont nombreux, contribuent à la légèreté et à l’humour de ce film. Whit Stillman fait le choix de nous les présenter dans les premières minutes du film, face caméra. Le processus, original, donne à rire et sourire mais peut vite donner le tournis. Impossible si l’on ne connaît l’œuvre originale de Jane Austen de retenir tous ses noms et leurs qualités… Pas d’inquiétude, grâce aux talents du réalisateur, le flou se dissipera bien vite et le spectateur entrera avec délectation dans cette comédie, pleine de malice et d’intelligence.

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24 commentaires sur « Love and Friendship ou l’ironie mordante de Jane Austen »

  1. Je suis allée le voir il y a peu, et j’en ressors moins enthousiaste que toi ! J’ai beaucoup aimé les procédés utilisés par le réalisateur, mais ai trouvé le tout un peu confus par moments. Sans oublier le fait que j’avais envie de tuer Kate Beckinsale (ou plutôt Lady Susan) pendant tout le film… Même si je suppose que ça peut être perçu comme une qualité (une héroïne si détestable, brrr) !

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    1. Oui j’imagine que c’est bon signe, elle a bien fait le job 😉 Elle est détestable, tout le long du film (je n’avais pas lu le roman avant), je ne cessais de me répéter « elle ne peux pas s’en sortir encore »… Elle manie le verbe et le sarcasme comme personne. Le reste du casting m’a également beaucoup impressionné, notamment Emma Greenwell qui joue Catherine.

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    1. Je t’encourage à le faire, c’est un très court roman épistolaire. Il se lit bien sûr rapidement et m’a beaucoup fait penser aux Liaisons Dangereuses, que ce soit dans le procédé mais également dans le contexte. Bonne lecture !

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    1. L’introduction m’a fait peur… Au début, je n’arrivais pas à me repérer parmi tous ces personnages. Mais au contraire, j’ai trouvé que plus le film avançait, plus l’intrigue s’éclaircissait. Rentrée chez moi, j’ai tout de suite lu le roman de Jane Austen pour resituer les personnages et les manigances de Susan… Je pense y retourner car à cause de ce flou du début, j’ai peut-être louper des détails ! A voir !

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