Drive, leçon de cinéma par Nicolas Winding Refn

Drive. 2011. La consécration pour Nicolas Winding Refn. Enfin révélé au grand public, le réalisateur reçoit le prix de la mise en scène à Cannes. Son film est à la fois un succès critique et spectateur. A l’occasion de la sortie du controversé The Neon Demon, retour sur Drive, magnifique, tendre, violent, porté par Ryan Gosling et Carey Mulligan, sublimes.

Aucun plan n’est de trop. Nicolas Winding Refn semble vouloir atteindre la perfection dans la mise en scène et la réalisation de son 5e film. Ryan Gosling est chauffeur, la nuit, pour des malfrats, le jour pour des films, en tant que cascadeur. Quelles que soient les situations, il reste imperturbable. Il l’est dans la scène d’ouverture. Montre en main, il peut semer les flics à la suite d’un braquage en moins de cinq minutes. Il le prouve à l’écran. Si les voyous à l’arrière de la voiture s’inquiètent, le chauffeur traverse les rues de Los Angeles sans ciller. Il rejoint le parking d’un stade, abandonne la voiture et ses compagnons de fortune, enfile une casquette et rentre chez lui sous le nez des policiers.

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Le chauffeur (Ryan Gosling), à côté d’Irene (Carey Mulligan) et de son fils Benicio (Kaden Leos) © 2011 – FilmDistrict

Difficile de ne pas être sensible à l’esthétique hyper soignée de Nicolas Winding Refn. Rien n’est laissé au hasard, pas même la typographie rose bonbon dégoulinante du générique dans lequel le chauffeur roule encore et encore, sur la musique de Kavinsky, presque aussi culte que le film lui-même. La caméra le sublime. Étrange personnage, sans passé, ni avenir. L’amour lui tombe pourtant dessus sans prévenir. Il rencontre Irène (Carey Mulligan), la voisine, mère d’un jeune garçon, Benitio, malheureusement mariée à Standard, un voyou en prison (Oscar Isaac). Regards et non-dits suffisent à faire comprendre cet amour naissant, réciproque mais impossible. Dans ces moments, le flegme tranquille du héros se transforme. D’ordinaire si discret, il se détend et sourit. Les scènes sont d’une tendresse infinie : Drive semble réunir à l’écran deux grands enfants intimidés qui s’apprivoisent.

Pendant la première partie du film, Nicolas Winding Refn filme cette idéal de famille recomposée, pleine de liberté, d’insouciance et de joie. Lors d’une balade en voiture, tous les trois, le chauffeur au volant, Irène à ses côtés et Benitio sur ses genoux, la caméra s’arrête sur les trois visages alignés, heureux. Image ensorcelante d’un bonheur éphémère. Cet intermède bucolique ne dure pas et bientôt Drive prend les atours d’un polar lorsque le mari sort de prison.

Le chauffeur de Nicolas Winding Refn, jamais sans son blouson scorpion. © 2011 - FilmDistrict
Le chauffeur de Nicolas Winding Refn, jamais sans son blouson scorpion. © 2011 – FilmDistrict

Par amour pour Irène, le chauffeur se joint à Standard pour un dernier casse, espérant que les menaces sur l’homme n’atteindront jamais la femme. Une seule motivation : protéger la femme qu’il aime. Tendrement, il ne cessera jamais de la faire passer avant lui, commettant les pires violences. La scène de l’ascenseur en témoigne, éblouissant moment où la grâce et la poésie d’un baiser se mêlent à une brutalité sauvage et meurtrière. Un sommet de cinéma, parfaite transition entre l’idylle romanesque des héros et le polar urbain dans lequel le chauffeur tombe pour sauver sa douce.

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11 commentaires sur « Drive, leçon de cinéma par Nicolas Winding Refn »

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