The Neon Demon : faut-il voir le nouveau film de Nicolas Winding Refn ?

En salles depuis le 8 juin dernier, le nouveau long-métrage du danois Nicolas Winding Refn divise les critiques et les cinéphiles. Selon Simon, The Neon Demon est une oeuvre insolite et terrassante alors que d’après moi, le film, trop sophistiqué, manque d’habilité. Au lieu d’une seule critique, nous vous proposons deux avis, un contre, un pour ! À vous de choisir !

Conte de fées revu et corrigé par Nicolas Winding Refn – 10/20

L’esthétique du film est hypnotisante et irréelle. La directrice de la photographie, l’argentine Natasha Braier, sublime presque chaque plan de The Neon Demon, grâce à des expérimentations chromatiques et des manipulations de lumières. Un gaz semble se diffuser sur la pellicule, faisant rayonner l’héroïne dans certaines scènes. C’est particulièrement marquant lors de son premier shooting. Perdue dans un gigantesque studio blanc éblouissant, cette toxine semble se répandre sur son visage, à moins que ce halo n’émane d’elle ?

Dans cette scène, elle est seule avec un photographe, le visage émacié et un brin pervers (l’inquiétant Desmond Harrington, vu dans Dexter). Quand il l’aperçoit, il ne voit plus qu’elle. Il fait vider le studio, lui demande de se déshabiller. Le malaise empare le spectateur. Les lumières s’éteignent, le décor blanc éclatant devient noir comme les ténèbres. Le photographe s’approche de l’adolescente, nue, mais jamais filmée – Nicolas Winding Refn est un pudique – et l’a couvre de peinture dorée, sublimant sa peau de paillettes. La scène est superbe mais l’inlassable répétition des ces images clippées et hyper sophistiquées tout le long de The Neon Demon conduit peu à peu à l’écœurement.

Du rêve au cauchemar

L’héroïne en question est Jesse, elle a 16 ans. Elle est magnétique. Orpheline débarquée à Los Angeles pour percer dans le monde du mannequinat, elle ne passe jamais inaperçue, sans doute grâce à sa pureté et sa douceur. Elle Fanning, admirable, incarne cette jolie « biche apeurée ». Avec ses grands yeux bleus innocents, sa chevelure blonde irréelle de princesse, elle apporte une nouveauté et une fraîcheur qui ne laissera personne indifférent. Il y a d’abord Dean (Karl Glusman, touchant), son pseudo petit-ami qui lui offre son premier shooting, puis la directrice de casting (Christina Hendricks), un créateur de mode (Alessandro Nivola)… Mais le succès attise la jalousie de ses collègues, bientôt rivales. Gigi (Bella Heathcote) et Sarah (Abbey Lee) sont peut-être plus jolies, mais refaites, anorexiques, narcissiques et névrosées… Il leur manque la pureté de Jesse.

Dommage que les personnages de The Neon Demon soient si caricaturaux. Leurs vices sont poussés à l’extrême comme pour mieux souligner la violence du monde de la mode, car le milieu a des règles strictes. Par sa naïveté et son ascension spectaculaire, Jesse les bouscule, mais le conte de fée ne dure qu’un temps. Nicolas Winding Refn distille assez d’ambiguïté, de perversité et de violence pour le transformer en un conte malsain et dérangeant. Il manque pourtant à The Neon Demon de la subtilité. Le film tend à montrer que seules deux options sont offertes aux jeunes filles : devenir la proie ou le prédateur. Nicolas Winding Refn choisit de ne pas s’embarrasser et fait fi de toute habileté et délicatesse. Il applique son propos, au pied de la lettre, jusqu’à sa dernière scène finale. – Camille

Gigi (Bella Heathcote) et Sarah (Abbey Lee), prêtes à tout pour réussir dans la mode, dans The Neon Demon de Nicolas Winding Refn © The Jokers
Gigi (Bella Heathcote) et Sarah (Abbey Lee), prêtes à tout pour réussir dans la mode. © The Jokers

L’obsession dévorante de la beauté – 16/20

Une jeune fille de 16 ans, Jesse, débarque à Los Angeles pour devenir mannequin. Très vite, les premiers rendez-vous et les apparitions de cette orpheline de province ne laissent personne indifférent. Sa beauté juvénile fascine sa directrice de casting, subjugue une maquilleuse médiocre et devient la convoitise des grands professionnels du milieu. Les regards sont hypnotisés, les silences ébahis. Son ascension foudroyante et sa pureté vont alors susciter la jalousie et la convoitise de ses collègues et concurrentes. Rongées par leurs opérations chirurgicales et leur anorexie, ces dernières vont être prêtes à tout pour lui voler son innocence. L’apprentissage de Jesse s’annonce funeste.

Nicolas Winding Refn est un touche-à-tout. Après s’être essayé au cinéma-vérité (Pusher), au film polar-pulp (Drive) ou encore à l’expérimental (Only God Forgives), il s’attaque cette fois-ci au conte horrifique. Qu’on se le dise, The Neon Demon ne réconciliera pas le réalisateur danois avec les fans de la première heure, encore déboussolés par ses dernières marottes esthétiques. Plus que balisé, le sujet (l’impitoyable monde de la mode) sert de terrain de jeux aux obsessions du cinéaste devenu savant-fou. Long de presque deux heures, le film est un cauchemar éblouissant où s’entrechoquent  pêle-mêle, les clignotements stroboscopiques, les textures chromées et les néons saturés. Dans ces collisions visuelles, les métaphores et les effets de style sont exacerbés à l’excès.

Lolita moderne, beauté violée

Contrairement au cryptique et déconcertant Only God Forgives, les choix opérés par Winding Refn semblent ici justifiés et prennent un sens. The Neon Demon fait partie de ces œuvres contemporaines subversives où le fond épouse la forme dans une cohérence évidente. Le traitement visuel du film transcende la vacuité du monde des défilés et rend glamour le désenchantement des personnages. Le réalisateur délaisse ses héros virils pour s’amouracher de femmes rachitiques et filiformes. Bien que chétives, les mannequins n’en demeurent pas moins dangereuses et sont décrites comme des figures de la dévoration, du vampirisme (au sens figuré comme au sens propre). À commencer par son héroïne, qui capte aussi bien la lumière que les ténèbres.

Dès sa première apparition, la virginale Jesse (Elle Fanning, épatante) pose en robe bleue aux reflets métalliques, couverte de faux sang, le visage constellé de paillettes et les lèvres mouillées de gloss rose. Une apparition à l’atmosphère morbide et dangereuse où les flashs du photographe crépitent sous le néon rouge. Dès lors, on se demande si Jesse est une potentielle victime ou tout simplement le démon proclamé dans le titre. Entre fulgurance visuelle et laideur publicitaire assumée, chaque plan est une extase continuelle et un écrin parfait pour la jeune fille. Rarement un parti pris visuel n’a été poussé jusqu’à un tel désenchantement, jusqu’au vertige. – Simon

Publicités

12 commentaires sur « The Neon Demon : faut-il voir le nouveau film de Nicolas Winding Refn ? »

  1. un film qui a le mérite de ne pas laisser indifférent. Je ne sais pas si j’irais le voir en salle mais j’apprécie l’actrice Elle fanning qui a bien grandi. Deux avis qui nourrissent le débat autour de ce film, merci 🙂

    Aimé par 2 people

      1. c’est toujours plaisant d’échanger autour du cinéma avec toi. Tu écris vraiment bien (tout comme Simon d’ailleurs) et le fait que vous ayez des avis différents nourris le débat. J’aime les films qui ont une esthétique poussée. C’est important pour moi que le film soit beau esthétiquement, après il y a des limites en ce sens ou il faut un contenu, une histoire qui m’intéresse. Malick sur son dernier film fait, comme à chaque fois, de très belles images mais l’histoire.. Nicolas Winding Refn, un nom à retenir. Il faut que je me penche sur sa filmographie. Si je vais le voir je me ferais un plaisir de venir te donner mon point de vue. Bonne soirée Camille 🙂 😉

        Aimé par 2 people

      2. Knight of cups a été une épreuve pour moi ! Et pourtant, j’ai beaucoup d’affection pour Le Nouveau Monde. Pour revenir à The Neon Demon, esthétiquement il est déroutant, et ce dès les premières minutes, mais comme j’ai écrit, ça en devient pénible. Contrairement à Simon, c’était mon premier film de Winding Refn, je n’ai pas pu juger aux regards de sa filmographie, mais cela donne envie de découvrir son univers et ses autres films. Bonne soirée !

        Aimé par 2 people

      3. Si tu apprécies Elle Fanning – et que tu te laisses tenter par « The Neon Demon »-, tu risques d’être étonné voire dérouté, Frédéric. Mais dans le bon sens. 🙂
        Sous la caméra de Winding Refn, elle se métamorphose et est pour moi très crédible dans son rôle (je partais pourtant avec un a priori négatif au début). L’esthétique a vraiment une place centrale dans ce film, plus que dans le précédent film du réalisateur. C’est pour cela que les avis sont très partagés je pense. Pour revenir à la filmographie du réalisateur, « The Neon Demon » et « Only God Forgives » marquent une vraie rupture esthétique par rapport aux précédents. Une direction que déplorent beaucoup de critiques ciné qui pensent que Nicolas Winding Refn prend un malin plaisir à « détruire » ou déconstruire ses premiers films. Pour ma part, je pense que le réalisateur prend un nouveau risque à chaque film, quitte à perdre ses premiers « fans ». Je ne saurais conseiller par quel film commencer (peut-être faire simplet et procéder par ordre chronologique) mais j’ai personnellement adoré la saga « Pusher » et « Drive » qui est l’un de ses films les plus accessibles mais aussi l’un des plus beaux et touchants !

        Aimé par 1 personne

  2. Heyyy c’est super d’avoir mis les deux critiques car effectivement ce film divise ! Pour ma part, même si sur le moment je ne savais pas quoi en penser (comme la dernière fois avec Only God Forgives), j’ai beaucoup aimé ce film. La sur-esthétique a tendance à m’agacer mais là je trouve qu’il est totalement cohérent avec le propos. Je trouve ça même courageux que Refn aille vraiment au bout de ses idées.

    Aimé par 2 people

  3. Bravo Camille!! je remercie Nathalie grâce à laquelle j’ai découvert ton blog.
    J’ai été vraiment déroutée en voyant ce film.
    Fan de la première heure depuis Drive, je n’ai pourtant pas vu Only God Forgives.

    Déjà, je regrette que quelques semaines après sa sortie, il ne soit projeté que dans des petites salles, je pense que l’émotion aurait été encore plus forte sur grand écran.
    Des émotions, on en ressentira plein pendant le film, à tel point que quelques spectateurs sont ressortis avant la fin.

    Pour commencer, je suis moi-même ultra sensible à la photographie donc rien que sur ce plan, il est vrai que Nicolas assure!

    Sinon je regrette vraiment le manque de scénario, on a l’impression qu’il a été écrit pour qu’il se fasse plaisir sur les plans, et sans doute un peu trop pour choquer,… La dernière fois que j’ai été aussi choquée/dégoutée était lors du 1er visionnage d’Alien dans mon enfance avec la scène où la bête sort du thorax,….

    Regrets aussi de ne pas avoir su exploiter l’excellent Keanu Reeves qui est très peu présent dans le film. Et bien que je trouve que l’actrice principale joue bien son rôle, j’ai bien du mal avec le fait que son physique de gamine de province un peu paumée fasse l’objet de toutes les convoitises,!!!

    Amusant aussi d’avoir utilisé l’acteur du film Love (que, pour le coup, je n’ai pas réussi à voir jusqu’à la fin car trop ennuyeux) à contre emploi dans ce film.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s