Le Lendemain, premier film poignant sur la rédemption

Sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2015 et lauréat de trois Guldbugge Awards (les Oscars suédois) en 2016, Le Lendemain de Magnus von Horn séduit autant par sa mise en scène que par son thème. Réflexion délicate sur la violence et la culpabilité, l’œuvre du jeune réalisateur suit le retour d’un adolescent dans sa ville natale après avoir commis l’irréparable.  Un premier long métrage maitrisé et prometteur à découvrir au plus vite. 

Dans le centre de la Suède, John (Ulrik Munther), adolescent, rentre chez son père (Mats Blomgren) après deux ans d’internement dans une prison pour mineurs. Le jeune garçon aspire à un nouveau départ et souhaite se réinscrire dans son ancien lycée aux côtés de son petit frère. Si la proviseure accepte de lui donner une seconde chance malgré quelques réticences, la communauté locale n’a ni oublié, ni pardonné son crime. Sa présence attise la peur, l’incompréhension voire les pires pulsions chez chacun. L’atmosphère devient même menaçante dans son lycée, proche du lynchage. Rejeté par ses anciens et incompris par ses proches, John se retrouve abandonné et perd peu à peu espoir. Isolé, il ressent à nouveau la violence, qui l’a conduit en prison, refaire surface. Devant l’impossibilité d’oublier son passé, l’adolescent n’a donc pas d’autre choix que de l’affronter sans y être préparé émotionnellement.

John (Ulrik Munther) réintègre son ancien lycée, deux ans après son crime. Mais dans l'établissement, personne n'a oublié l'acte et certains élèves vont persécuter le jeune homme. ©Zentropa
John (Ulrik Munther) réintègre son ancien lycée, deux ans après son crime. Mais dans l’établissement, personne n’a oublié l’acte et certains élèves vont persécuter le jeune homme. © Zentropa

L’agressivité juvénile est décidément un thème cher à Magnus von Horn. Après trois courts métrages Radek, Echo et Utan snö (Without Snow) dans lesquels des jeunes basculaient dans la violence, le réalisateur de 32 ans s’est inspiré cette fois-ci des rapports de police sur des crimes commis par des adolescents. Notamment celle d’un jeune garçon de 15 ans qui avait étranglé sa petite amie, après qu’elle soit tombée amoureuse d’un autre. Dans Le Lendemain, le crime et le passé ne sont jamais dits ni montrés de manière explicite mais demeurent omniprésents. Les silences glaçants, les regards fuyants du père ou encore la haine qui ronge la mère de la victime, reconstituent peu à peu les pièces manquantes du drame. Face à ces occurrences, John fait figure d’exception et semble se défiler. Le passé n’est plus au centre de ses préoccupations et pour l’adolescent, seuls le présent et « le lendemain » comptent. Du moins en apparence.

Dans une société suédoise où la peine maximale pour des crimes commis par des mineurs n’excède pas les quatre ans, le retour à la vie civile représente plus que jamais une seconde chance. La réalité du système est pourtant bien différente et plus irascible que la théorie. La principale violence montrée à l’écran est alors générée par les camarades de lycée de l’adolescent, qu’ils soient étrangers ou d’anciens amis. Ne pouvant retrouver un semblant d’anonymat, le jeune homme subit un premier temps l’exclusion avant d’être la victime de persécutions verbales et physiques de ses pairs, qui iront crescendo tout au long du film. Face à cette escalade oppressante, John fait preuve d’une passivité et d’une apathie troublantes. Il finira par confier à sa seule « amie » qu’il préfère cette option plutôt que de se retrouver seul.

Martin (Mats Blomgren) tente bien que mal d'accueillir son fils à bras ouverts. Mais très vite, l'incompréhension et la peur s'installe entre eux. ©Zentropa
Martin (Mats Blomgren) tente bien que mal d’accueillir son fils à bras ouverts. Mais très vite, l’incompréhension et la peur s’installe entre eux. ©Zentropa

Dans ce contexte, les adultes peinent à soutenir John, aussi bien les professeurs du lycée que son propre père, dépassé par la situation. L’absence de figure féminine et maternelle renforce par ailleurs cette impasse et les hommes de la famille se retrouvent livrés à eux-mêmes, incapables de mettre des mots sur l’irréparable. S’il tente d’accueillir son fils et de reproduire une routine quotidienne rassurante, le chef de famille ne peut refréner sa culpabilité et surtout sa peur vis-à-vis du passé et de son enfant. S’installe alors une distance entre John et sa famille. Seul le grand-père sénile et ingérable réussit à approcher et apaiser le jeune garçon. Pour interpréter cette famille dysfonctionnelle, Magnus von Horn dispose d’un casting sans fautes. Véritable révélation, Ulrich Munther – petit chanteur star en Suède – incarne admirablement le personnage de John. Entre beauté angélique nordique et tête à claque, l’acteur parvient à susciter autant de haine que d’empathie. Mats Blomgren est bouleversant de justesse dans le rôle du père aimant qui tente de pardonner et d’oublier.

L’éloignement, Magnus von Horn le renforce par des plans statiques et géométriques, l’absence de musique et l’utilisation constante du hors-champ. Sans oublier l’image sophistiquée signée Łukasz Žal, talentueux chef opérateur qui avait déjà œuvré pour IDA (Prix du Meilleur Film Étranger aux Oscars). Sans vouloir accabler le film de références, on ne peut alors s’empêcher d’affilier Le Lendemain au cinéma d’Haneke dans son approche glaçante de la violence tant sur le fond que sur la forme. Si cette esthétique froide, presque clinique accumule quelques tics « auteurisants », elle n’en reste pas moins le miroir de l’intolérance et la douleur éprouvées par l’adolescent. La mise en scène confine et étouffe les personnages et ne cesse de faire grandir un certain malaise chez le spectateur. Le cadre devient ainsi la seconde prison de John.

Dans "Le lendemain" réalisé par Magnus von Horn, John (Ulrik Munther) va vite se retrouvé isolé et rejeté par ses camarades du lycée. Cet isolement ne sera que la première conséquence de son retour... ©Zentropa
Dans « Le lendemain » réalisé par Magnus von Horn, John (Ulrik Munther) va vite se retrouvé isolé et rejeté par ses camarades du lycée. Cet isolement ne sera que la première conséquence de son retour… ©Zentropa

Pour autant, le réalisateur suédois ne cède jamais au mélodrame manichéen ni au voyeurisme. Devant cette objectivité récurrente dans le cinéma scandinave, le public se contente d’observer le mal-être du garçon. Sa quête de rédemption ne parviendra d’ailleurs pas à trouver un dénouement concret. Non pas par facilité scénaristique mais simplement à cause d’une impossibilité de communiquer avec les autres. John est incapable de confesser oralement sa culpabilité et les personnes qui gravitent autour de lui refusent quelque part d’admettre leur part de responsabilité dans la tragédie. Auraient-elles pu la prévoir et agir à temps ? La question reste sans réponse. Ne reste pour tous les personnages secondaires que la solution de l’éloignement comme seul mécanisme de défense. Se dégage alors de ce tableau sur le devenir-monstre, une tension constante et une émotion pure, sans artifices (ou presque). Difficile d’y rester insensible.

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16 commentaires sur « Le Lendemain, premier film poignant sur la rédemption »

  1. Je tournai autour de ce film (ou plutôt autour des critiques – plutôt bonnes) mais la tienne, de critique, donne vraiment envie de le voir. J’espère qu’il sera encore sur nos écrans ici à GRE dans 10 jours, n’ayant pas le loisir pour le cinoche actuellement. Merci !!!!

    Aimé par 2 people

    1. En effet, il s’agit aussi d’une descente aux enfers pour le personnage principal mais celle montrée dans « La Chasse » me paraît plus frontale, dans mes souvenirs ! Mais on retrouve clairement les aspects de l’exclusion et l’isolement 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. Ah oui quel film (et roman) excellent ! 😀
      Je vois ce que tu veux dire même si le personnage et le cas de Kévin me paraissent un peu plus cliniques et insolites !

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