Un bon garçon, histoire d’une enfance irlandaise

Auteur de théâtre et nouvelliste, l’irlandais Paul McVeigh vient de signer son premier roman. Un bon Garçon, publié en mars dernier, se déroule pendant les Troubles, ces 30 années en Irlande du Nord, durant lesquelles les catholiques et les protestants s’affrontèrent pour l’indépendance du pays. Dans ce chaos, le jeune Mickey tente de trouver son équilibre. Un joli récit d’apprentissage, à découvrir aux Editions Philippe Rey.

Entre les années 60 et 90, le conflit fait rage entre les catholiques et les protestants de l’Irlande du Nord. Les premiers demandaient l’indépendance de leurs pays (au même titre que l’Irlande du Sud qui l’avait obtenue en 1922), tandis que les seconds, plus nombreux, s’y opposaient. Si le contexte politique d’Un bon garçon est assez sombre, l’auteur Paul McVeigh a su adoucir son roman en prenant comme narrateur un garçon catholique, d’une dizaine d’années, à la naïveté et l’innocence propres à son âge : « Je suis né le jour où les Troubles ont commencé » raconte-t-il en préambule.

Children mocking an Army patrol in Belfast, July 1970. (Photo by Malcolm Stroud/Express/Getty Images) http://flashbak.com/photos-of-children-in-the-troubles-northern-ireland-1969-1981-53649/
Des enfants de Belfast se moquent d’une patrouille armée, en juillet 1970 © Malcolm Stroud/Express/Getty Images

Élevé à Belfast, dans le quartier nationaliste d’Ardoyne, le petit Mickey n’a jamais connu que ce conflit. Il a appris à vivre avec et connaît par cœur les directives : « J’ai des consignes très claires. Ne va pas en haut de la rue parce qu’il y a toujours des émeutes. Ne va pas en bas de la rue parce qu’il y a le No Man’s Land et toujours des émeutes. Ne t’approche pas des collines de Bray et de Bone parce qu’elles sont sur le chemin de l’Oldpark des protestants et ils jettent des pierres vers notre côté. » A travers son point de vue d’enfant, le lecteur découvre la brutalité et la dangerosité de cette époque. Comment grandir dans un espace si restreint ? « Il me suffit de rouler cinq minutes à partir de ma rue et je me retrouve là où je n’ai jamais mis les pieds de toute ma vie. » confie-t-il.

Les affrontements avec les protestants, la proximité avec l’IRA (l’armée républicaine irlandaise qui réclamait l’indépendance) et le risque d’attentat sont devenus routiniers mais ne vous y trompez pas, Un bon garçon penche plus du côté du roman d’apprentissage que de l’essai politique. Paul McVeigh s’intéresse surtout au quotidien de ces familles brisées par le conflit, et bien sûr à celle de Mickey, qui ne fait pas exception. Les grandes vacances viennent de commencer pour ce gamin pas vraiment comme les autres. Il aime l’école, jouer avec les filles et passer du temps avec sa maman, un peu violente et surtout un peu paumée. Pourtant, Mickey s’accroche et garde espoir : c’est ce qui rend le roman si touchant et réussi.

circa 1975: Three children gather by a burnt out van plastered with IRA posters, in the predominantly Catholic Bogside area of Londonderry. (Photo by Keystone/Getty Images) http://flashbak.com/photos-of-children-in-the-troubles-northern-ireland-1969-1981-53649/
En 1975, trois enfants devant un fourgon brûlé dans la banlieue de Bogside (Derry, Irlande du Nord), bastion catholique, fief de l’IRA © Keystone/Getty Images

Son histoire rappelle par moment celle d’un autre personnage, de cinéma cette fois-ci, le danseur Billy Elliot, qui essaie de s’accomplir, alors que sa famille est déchirée par la grève des mineurs de 1984. Ces deux-là, bons garçons, portent en eux, les rêves et leurs espoirs de gosse. Contrairement au film de Stephen Daldry, le récit de Paul McVeigh ne nous révèle pas le destin de son héros Mickey. L’histoire s’achève à la fin de l’été et l’on devine que la singularité, la douceur et la sensibilité de l’enfant sera en fait sa force. Il lui en faudra pour traverser la période bouleversante de l’adolescence et celle encore plus dangereuse des Troubles, qui s’achèveront une décennie plus tard, sans victoire pour les catholiques.

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10 commentaires sur « Un bon garçon, histoire d’une enfance irlandaise »

  1. Je ne connaissais pas du tout ce livre. Mais j’adore le sujet et je suis toujours en train de chercher des livres dessus. L’angle à l’air intéressant. Il faut absolument que je le trouve ! Merci pour la découverte ^^

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