The Lobster, fable glaçante sur la solitude

The Lobster par son scénario fait figure d’ovni : dans un futur proche, le célibat est condamnable. Chacun doit trouver l’amour en 45 jours sous peine d’être transformé en animal. Le nouveau film de Yorgos Lanthimos, servi par un excellent casting, surprend par sa morbidité et son ton glaçant. 

Il est assis, bedonnant, répondant à des questions de routine : nom, âge, poids, vie maritale… et préférence sexuelle. Le héros (Colin Farrel) hésite un moment et se décide. Son interlocutrice, coche la case « hétérosexuel » et continue de remplir le formulaire. La deuxième étape est une mise à nue, comme en prison : chacun se défait de ses habits, de ses effets personnels. Nul besoin de se rappeler sa vie passée dans ce centre, à mi-chemin entre un lieu carcéral et une thalasso.

Cet homme, dont on ignore l’identité, est en réalité dans un centre pour célibataires. Les pensionnaires, qu’ils soient divorcés ou veufs, sont là pour trouver l’amour en 45 jours. S’ils échouent, ils sont transformés en l’animal de leur choix, en l’occurrence en homard (the lobster) pour notre héros.

Colin Farrel et Rachel Weisz dans The Lobster © Haut et Court
Colin Farrel et Rachel Weisz dans The Lobster © Haut et Court

Dans cette société, le célibat n’est pas permis, ni même le deuil, à l’image d’un des pensionnaires (Ben Whishaw) dont la femme est décédée depuis seulement quelques jours. Les journées se déroulent conformément aux règles dictées par les deux gérants, entre activités en solo, bals et punitions. Ainsi, un d’entre eux (John C. Reilly) se retrouvera la main dans le grille-pain pour s’être masturbé dans sa chambre.

La chasse est un autre moment fort de la journée : les pensionnaires partent dans la forêt pour attraper les Solitaires, des hors-la-loi qui ont voulu échapper à ce système totalitaire. Le héros finira par se retrouver de leur côté, devenu fugitif mais loin d’être libre de ses actes. Le règlement de ce nouveau clan, dirigé par une jeune française (Léa Seydoux) s’avère aussi absurde que cruel. Le réalisateur Yorgos Lanthimos semble vouloir prendre plusieurs pistes, au risque de perdre un peu le message de son film.

Globalement, The Lobster est effrayant par sa morbidité inattendue qui amusera certains, d’un rire jaune, et en dégoutera d’autres. Le quotidien du héros est ponctué d’événements d’une rare violence, infligée par les autres ou par soi-même, comme dans la scène finale, dérangeante, absurde, inouïe, mais réussie, qui soulève des questionnements sur l’étrangeté de l’existence et cette normalisation de la vie à deux.

Romance entre Rachel Weisz et Colin Farrel © Haut et Court
Romance entre Rachel Weisz et Colin Farrel © Haut et Court

The Lobster est une fable glaçante assez réaliste et convaincante mais aux contours assez flous. Le scénario original et mystérieux n’est qu’un prétexte. D’ailleurs, aucune métamorphose n’est montrée. Seul le chien du héros, son frère venu quelques années auparavant dans ce centre, rappelle au spectateur l’angoisse permanente d’une éventuelle transformation en animal.

Au niveau du casting, Colin Farrel est excellent : avec sa gaucherie et sa moustache, il rappelle Joaquin Phoenix dans Her, lui aussi propulsé dans une société future aux moeurs sentimentales originales. Sa partenaire Rachel Weisz est toujours aussi convaincante, à la fois grave et touchante. Leur duo est émouvant et offre quelques jolis moments de légèreté et d’espoir, pourtant éphémères. Les personnages sont mis en valeur par le réalisateur, qui use parfois de quelques ralentis assez plaisants et d’une sublime photographie. Que de point positifs pour un résultat pourtant plus que mitigé.

Doit-on se ressembler pour être ensemble ? Pourquoi Yorgos Lanthimos insiste-t-il autant sur cet problématique, au point de mener ses personnages à de folles actions ? Pourquoi insiste-t-il autant sur les corps et la chair meurtrie avec comme ambition de provoquer le rire ou la gêne ? Pourquoi sa réflexion sur la solitude et notre société doit-elle être aussi dure et vaine ?

The Lobster parle d’un homme qui doit trouver l’amour. Il subira tour à tour les règles imposées du centre, puis celles des Solitaires, et enfin les siennes. Difficile de dire lesquelles sont les plus cruelles et les plus exigeantes. Finalement, les héros de Lanthimos n’ont besoin de personne pour réussir à se torturer.

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11 commentaires sur « The Lobster, fable glaçante sur la solitude »

  1. Certes, j’ai trouvé le film un poil trop long, la musique m’a un peu gavée et je trouve Léa Seydoux toujours aussi mauvaise 😮 Ceci dit, j’ai tout de même beaucoup aimé ce film, réellement pertinent sur notre société qui crée finalement des relations fausses entre les gens, mais aussi sur le fait qu’on ne peut pas empêcher certains sentiments. En tout cas j’ai aimé son côté absurde, même orwellien, il est souvent drôle mais finalement malgré tout émouvant dans un sens.

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  2. Exercice risqué. Le réalisateur a un singulier courage de s’investir dans un tel film dont les retombées s’étaient annoncées dès le départ – il le savait (j’en suis presque certain) – plus hostiles que favorables. Je l’ai visionné, intéressé, étonné, pas vraiment accroché, mais en me disant, au générique de la fin, que l’on ne perd rien à attendre le suivant de ce cinéaste insolite.

    Aimé par 1 personne

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