This Is England ’90 : plongée violente et intense dans la classe populaire britannique

En 2007, Shane Meadows réalisait This is England, portrait d’une Angleterre marquée par la guerre des Malouines, les Tories et le mouvement skinhead. Il continue sa plongée dans la Grande-Bretagne populaire des eighties avec This is England 86’ et This is England 88’. Cette rentrée voit le retour de ce prodige qui nous plonge cette fois dans le quotidien de la classe populaire anglaise en 1990. Avec toujours en héros, Shaun, Woody et Lol.

Tout commence en 2006 quand le cinéaste Shane Meadows décide de mettre en scène un jeune garçon Shaun (Thomas Turgoose), victime collatérale du gouvernement Thatcher et du conflit aux îles Malouines, qui l’a privé de son père. Malgré ses 12 ans, il rencontre une bande de jeunes skinheads du coin, sympathiques et inoffensifs menés par Lol (Vicky McClure) et Woody (Joseph Gilgun). Rapidement, il se rapproche d’un gang plus dangereux de nationalistes fascistes, mené par Combo (Stephen Graham).

Malgré la violence et la haine du leader, Shaun les accompagne jusqu’à ce que la folie et le racisme atteignent le point de non retour et qu’il jette dans un dernier plan symbolique le drapeau de l’Angleterre à la mer. This is England est un film sur la construction identitaire de la jeunesse sur fond de drame social, car se jouent en Grande-Bretagne des événements sans précédents. Intense, terrible et très réaliste, ce film de 2006 est devenu une référence du genre grâce à sa BO, sa réalisation et ses acteurs, que l’on prend plaisir à retrouver dans la suite en série.

Lol (Vicky McClure) and Woody (Joe Gilgun) dans This Is England '90 © Dean Rogers
Lol (Vicky McClure) and Woody (Joe Gilgun) dans This Is England ’90 © Dean Rogers

Avec le succès du film, Shane Meadows décide de prolonger l’aventure en série, en s’appuyant sur sa propre expérience, lui-même issu d’une famille populaire. Les aventures de Lol, Shaun et Woody se déclinent alors en plusieurs saisons et épisodes : en 1986, en 1988 et enfin, ceux sortis cette année : This is England ’90. La série a une valeur sociologique, quasi anthropologique. Chaque période voit l’avènement d’un nouveau style : skinhead, punk, rock, gothique… C’est absolument passionnant de découvrir les héros, à chaque nouvelle saison, relookés à la mode de l’époque, accros aux rave-partys ou aux sons des années 80. La série est la meilleure façon de découvrir la culture pop et l’histoire populaire britannique des années Thatcher.

Woody (Joe Gilgun), Lol (Vicky McClure), Kelly (Chanel Cresswell) et Trev (Danielle Watson) dans This is England '90 © Dean Rogers
Woody (Joe Gilgun), Lol (Vicky McClure), Kelly (Chanel Cresswell) et Trev (Danielle Watson) dans This Is England ’90 © Dean Rogers

La série est à l’image du film, brute, réaliste, violente et intense. Elle n’épargne aucun de ses personnages, des injustices et des souffrances procurées par la vie ou par ses proches, jusqu’à ce qu’ils cèdent en s’abandonnant à la solitude, au suicide ou à la drogue. Pourtant, si les Autres sont sources de souffrances car ils sont racistes, violeurs, infidèles ou menteurs, l’espoir vient toujours grâce à la communauté. Pendant des années, la bande se fait et se défait au rythme des aléas de la vie mais ils reviennent toujours ensemble, à l’image de la dernière scène la saison 3.

Sept ans après notre première rencontre avec le groupe de Woody, le gang est réuni dans la joie et l’allégresse sur un air de classique, à l’exception d’une disparition gardée secrète par l’un d’eux. Une dernière scène propre au réalisateur : de beaux ralentis stylisés entre rires et larmes avec toujours de délicieuses musiques capables de rendre nostalgique n’importe quel spectateur. Entre rires et larmes car derrière la joie intense de ce mariage, puisqu’il s’agit de la célébration de l’union de Lol et de Woody, se cache la trahison d’un de leur ami. Le bonheur risque d’être de courte durée pour les héros : pas de dénouement heureux. Shane Meadows préfère une vision plus réaliste, suggérant que l’on est jamais trahi que par ceux qu’on aime. This is England est à ce sens une sublime leçon de vie, sur la vengeance, le pardon et le passage à l’âge adulte.

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