Retour à Berratham de Preljocaj « fait danser les mots »

Conçu pour le festival d’Avignon, Retour à Berratham démarre sa tournée en France par le théâtre Chaillot à Paris. La nouvelle oeuvre d’Angelin Preljocaj est un spectacle  hybride, qui n’a pourtant pas fait l’unanimité auprès des spectateurs et des critiques. L’occasion de revenir sur ce ballet très contesté mêlant danse et théâtre sur fond de guerre et d’exil politique : presque deux heures intenses qui résonnent dans l’actualité. 

La scénographie d’Adel Abdessemed est sobre mais efficace, elle révèle un climat de chaos et de ruine : une voiture désossée, des sacs poubelles et des barbelés qui entourent la scène. Tel est le monde qui s’offre à nous quand commence Retour à Berratham, écrit par Laurent Mauvignier et mis en scène par Angelin Preljocaj. La deuxième collaboration entre les deux artistes après le succès de Ce que j’appelle oubli en 2012. Le texte, commandé pour l’occasion par le chorégraphe, est conté par trois narrateurs, les acteurs Niels SchneiderLaurent Cazanave et l’ancienne danseuse de ballet Emma Gustafsson,  et interprété brillamment par 11 danseurs du ballet Preljocaj.

« Retour à Berratham » d’Angelin Preljocaj. © Catherine Poujoulat / AFP

L’histoire se met en place immédiatement : un jeune homme (Aurélien Charrier) part à la recherche de la femme qu’il a aimée, après l’avoir abandonnée, plusieurs années auparavant, fuyant la guerre avec son frère. Berratham est désormais sorti du conflit mais le climat reste délétère, glacial et dangereux : les survivants sont devenus des tortionnaires dans une zone de non-droit, de l’après-guerre.

Le jeune homme est interrogé lors d’une partition chorégraphique splendide. Debout sur la tête, il est malmené par une bande de voyous, menés par Whisky.  Comment ose-t-il revenir ici, lui qui a fui ? En face d’eux et dans le même temps, le choeur des femmes se fait l’écho dansé de la confrontation.

Retour à Berratham © Philippe Carbonne
Retour à Berratham © Philippe Carbonne

La pièce retrace la quête un peu folle et désespérée pour retrouver Katja (sublime et fragile Émilie Lalande). L’histoire est poignante et difficile, entre mariage forcé, viols et autres barbaries mais Angelin Preljocaj arrive à y insuffler une grande beauté grâce à sa chorégraphie. Retour à Berratham s’inspire du conflit en ex-Yougoslavie et s’avère très personnel pour l’artiste d’origine albanaise. Il nous transporte dans cet univers triste et morne, mais teinté de beaucoup d’espoir et de poésie.

Sur scène, acteurs et danseurs évoluent avec aisance et brio. Les premiers participant à quelques chorégraphies, parfaitement interprétées, et les seconds clamant quelques tirades. Entre danse folklorique endiablée et virevoltante, portés élégants et intenses, chorégraphies contemporaines et joutes verbales, ce Retour à Berratham mélange les codes et les genres, avec brio.

Les 29 et 30 octobre au Grand-Théâtre de Luxembourg à Luxembourg.

En 2016, tournée à Clermont-Ferrand, Saint-Quentin-en-Yvelines, Rueil-Malmaison, Marseille, Caen.

 

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6 commentaires sur « Retour à Berratham de Preljocaj « fait danser les mots » »

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