Empty Moves : Angelin Preljocaj teste les limites du corps

Angelin Preljocaj présente jusqu’au 25 juillet Retour à Berratham à Avignon et célèbre en même temps les trente ans de sa compagnie. L’occasion de revenir sur un de ses célèbres ballets : Empty Moves (Parts I, II & III). Ce projet en plusieurs parties, né en 2004 et complété au fil des années, était présenté il y a quelques mois au Théâtre de la ville, à Paris. Une représentation physique imaginée par le directeur et fondateur du Pavillon noir, centre chorégraphique crée pour sa troupe, le ballet Preljocaj. 

Empty Moves est indissociable de la partition chorégraphique : une performance de John Cage, Empty Words, réalisée en 1977, au Teatro Lirico de Milan. Cet enregistrement sonore déstabilise. Pendant plus de deux heures, il marmonne seulement des sons tirés de l’essai du poète Henry David Thoreau, La Désobéissance civile. Devant cette décomposition, le public italien ne met alors pas longtemps à s’indigner et les cris viennent bientôt couvrir la voix de l’artiste. Le chorégraphe Angelin Preljocaj exploite une partie de cet enregistrement laissant peut-être présager un quatrième et futur Empty Moves.

Les danseurs d'« Empty Moves  », d'Angelin Preljocaj, au Théâtre de la Ville, à Paris. © Jean-Claude Carbonne
Les quatre danseurs d’Empty Moves, d’Angelin Preljocaj, au Théâtre de la Ville, à Paris. © Jean-Claude Carbonne

Sur cette bande-son, les quatre danseurs, habillés de façon négligée et fantaisiste, évoluent, suivant la cadence, dans un espace totalement vide. Pendant 1H45, ces deux femmes et ces deux hommes sont sous la lumière, sans filet. Ils livrent un exploit d’interprétation où seule la danse est visible. Les corps sont au centre de la pièce : déconstruits, réagencés, imbriqués, assemblés. Ils s’emboitent dans des mouvements rappelant des enchaînements de gymnastique, le plus souvent au sol. Le chorégraphe propose quelques solos mais surtout des phrases par deux, en miroir avec les deux autres. Les figures à quatre sont les plus belles : des actes combinatoires où leurs corps ne semblent plus faire qu’un. Ils forment une frise, la tête dans les genoux de l’un, le pied sur le crâne de l’autre.

Les danseurs d'« Empty Moves  », d'Angelin Preljocaj, au Théâtre de la Ville, à Paris. © Jean-Claude Carbonne
Les danseurs  d’Angelin Preljocaj, au Théâtre de la Ville. © Jean-Claude Carbonne

Angelin Preljocaj semble vouloir tester les limites de ses danseurs, apparemment inépuisables. Les corps sont déplacés sur cette scène vide, traînés à même le sol, laissant la trace de leur sueur, ou manipulés sans précaution comme des marionnettes. Empty Moves ressemble à un laboratoire de danse, dont il enrichit continuellement le langage chorégraphique. En mettant Empty Moves en parallèle à Empty Words, qui fait la part belle au hasard, il propose le même processus. Les interprètes semblent se déployer dans l’espace au gré de leurs envies, par des mouvements dénués de tout sens. Pourtant, Preljocaj livre une danse remarquablement précise et sublime.

Publicités

3 commentaires sur « Empty Moves : Angelin Preljocaj teste les limites du corps »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s