Manderley for ever : le génie raconté sans éclat

Romancière de talent, l’anglaise Daphné du Maurier a aussi bien déchaîné les passions qu’incité les vocations. Tatiana de Rosnay fait partie de ces nombreuses admiratrices. Elle publie chez Albin Michel/Héloïse d’Ormesson la première biographie française : Manderley for ever. Un ouvrage en demi-teinte qui donne au moins l’envie de relire toute l’oeuvre littéraire de l’auteure de Rebecca et des Oiseaux. 

De son enfance à sa mort, la biographie de Daphné du Maurier s’étend sur presque 500 pages. L’écrivaine Tatiana de Rosnay, connue pour son roman Elle s’appelait Sarah, a choisi une méthode des plus classiques pour raconter l’histoire de son idole. De manière chronologique, elle nous embarque dans la vie tout à fait exceptionnelle de ce génie littéraire, né en 1907, contemporain des grandes Nancy Mitford et Agatha Christie, et décédé en 1989.

Tatiana de Rosnay avec la vicomtesse Tessa Montgomery d'Alamein, fille aînée de la romancière Daphné Du Maurier, à Londres.© David Atlan
Tatiana de Rosnay avec la vicomtesse Tessa Montgomery d’Alamein, fille aînée de la romancière Daphné Du Maurier, à Londres. © David Atlan

Le principal problème de Manderley for ever est son manque de style littéraire. Evidemment, l’admiration pour une romancière telle que Daphné du Maurier n’implique pas d’avoir son talent. C’est donc sans éclat que Tatiana de Rosnay relate les événements biographiques, à peine mieux écrits que sa fiche wikipédia. Le lecteur découvrira dans ces pages des éléments plus ou moins fouillés de la vie de Daphné du Maurier.

L’écrivaine nous plonge notamment dans des secrets personnels : de sa relation avec son père, l’acteur Sir Gerald du Maurier et son grand-père l’écrivain George du Maurier à son éducation avec ses deux soeurs Angela et Jeanne. Sans oublier le lien avec sa mère Muriel Beaumont et sa directrice d’étude « Ferdie ». Cette relation avec Fernande Yvon marque dans le roman les premières traces de la bisexualité de la romancière. Daphné du Maurier qui fut mariée avec l’officier Sir Frederick Browning, avec qui elle eut trois enfants, eut également des relations platoniques avec la comédienne Gertrude Lawrence et l’épouse de son éditeur américain, Ellen Doubleday.

Tatiana de Rosnay raconte sans tabou ni sensationnalisme les éléments de sa vie privée, mis en lumière en 1993 par la biographie Daphne du Maurier: The Secret Life of the Renowned Storyteller écrite par Margaret Forster et par la publication de sa correspondance.

Daphne Du Maurier. © Albin Michel
Daphne Du Maurier. © Albin Michel

De Rosnay reprend elle aussi des fragments de ces échanges épistolaires pour faire de Manderley for ever une biographie psychologique. Ces passages sont réussis, notamment lorsqu’elle évoque l’inspiration, la création littéraire. Lors du procès de Daphné du Maurier, accusée de plagiat pour son roman Rebecca, Tatiana de Rosnay se glisse dans l’esprit de la romancière pour comprendre son calvaire d’écrivaine :

Ces visages anonymes, ces yeux qui la détaillent, que peuvent-ils comprendre du processus d’écriture, eux qui n’ont jamais écrit de roman de leur vie ? Que savent-ils des doutes qui envahissent les écrivains ? (…) Ils ne pourront jamais entrevoir à quel point la pensée d’un romancier est nébuleuse, complexe, tissée de contradictions et de non-dits, ni se douter comme c’est dégradant d’être debout, là, face à eux, à devoir décortiquer l’inspiration comme si c’était une vulgaire recette de cuisine, à démonter les rouages alambiqués de cette alchimie intime, le mécanisme à l’oeuvre dans les replis de son cerveau.

De ce récit linéaire et lisse, Tatiana de Rosnay y distille assez de romanesque pour rendre la lecture presque agréable. Les années défilent et le talent éclôt. Elle nous le raconte, en dévoilant (peut-être trop) des anecdotes d’écriture, la génèse des romans de Daphné du Maurier. Manderley for ever est un ouvrage idéal pour ceux qui ne connaissent rien de l’écrivaine mais rien ne vaut la lecture du Bouc émissaire ou de L’auberge de la Jamaïque, chefs-d’oeuvre de la littérature.

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4 commentaires sur « Manderley for ever : le génie raconté sans éclat »

  1. C’est un avis beaucoup plus nuancé que ce que j’avais vu précédemment, ton point de vue est très intéressant ! J’ai toujours aussi envie de découvrir cette bio (je n’en ai pas encore lu de Daphné Du Maurier), mais je l’aborderai avec plus de prudence pour moins risquer d’être déçue !

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  2. Très sévère avec le style de T. de Rosnay qui n’est pas si mauvais. C’est plutôt la vie de Daphne qui déçoit. Riche, très riche, à l’abris des contingences par sa naissance puis réfractaire par égoïsme et immaturité. Enfant et femme gâtée, elle apparaît dans cette biographie comme imbue de son talent d’écrivaine plus dû à son imagination fertile qu’à une réelle profondeur. On la sent loin de tous et de toutes, est-ce la bio ou la réalité ? Proche de ses fantasmes et distante avec les humains qui l’entourent sans la faire rêver, pauvre soldat. Une formidable égoïste et un écrivain dont les thèmes peut-être noirs ne cassent pas trois pattes à un canard.

    Aimé par 1 personne

    1. Je dirai que je suis sévère avec le style d’écriture de ce livre, car je n’ai pas eu l’occasion de lire d’autres romans de T. de Rosnay. Il est vrai que Manderley for ever ne me donne pas envie de découvrir son oeuvre…

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