Les Ballet Boys norvégiens

Le réalisateur norvégien Kenneth Elvebakk propose de suivre dans son nouveau documentaire, la carrière de trois jeunes danseurs durant les quatre années de leur adolescence. Sorti en Norvège en mars 2014, Dancers est actuellement visible dans plusieurs salles françaises. 

Assis dans les couloirs de leur école de danse, les adolescents Lukas Bjørneboe Brændsrød, Syvert Lorenz GarciaTorgeir Lund et leurs camarades de classe visionnent une vidéo d’un ballet sud-américain en s’extasiant sur les prouesses quasi irréelles du danseur. « Ce n’est pas un être humain » s’exclame l’un d’entre eux, admiratif et bien décidé à réussir un jour de tels exploits.

Lukas Bjørneboe Brændsrød, Syvert Lorenz Garcia et Torgeir Lund dans Dancers. © ZED
Lukas Bjørneboe Brændsrød, Syvert Lorenz Garcia et Torgeir Lund dans Dancers. © ZED

Dancers (dont le titre original est Ballet Boys) suit ces futurs danseurs de ballet, trois garçons perdus dans un milieu souvent féminin. Ces amis d’enfance ont la même passion et la même ambition : intégrer l’Académie de ballet d’Oslo, le KHiO. « Peu de garçons veulent faire du ballet. On est un peu l’exception dans ce milieu. La raison pour laquelle je danse, c’est que j’aime ça » confie Syvert. Lukas continue : « Pour l’instant, mon rêve, c’est de faire du ballet. Je n’y connaissais rien avant de débuter. Pour moi, c’était très féminin. Des filles qui font des pointes en tutu rose. Mais il y a des aspects du ballet qui sont très masculins. » Chacun tient un rôle différent, loin des amalgames qui assimilent la danse classique à l’homosexualité. Lukas est un jeune prodige, acharné et obstiné, Syvert est tout autant passionné mais tiraillé par l’envie de sortir et de profiter de sa jeunesse, enfin Torgeir dénote un peu, par un physique très imposant.

Du matin jusqu’au soir, le spectateur découvre le quotidien des adolescents. Finalement, viendra le dénouement final où l’un d’eux prend son envol, vers des sommets moins accessibles aux autres. Kenneth Elvebakk distille dans son récit très linéaire une dose de cruauté : la fatalité de la compétition est présente malgré leur amitié. L’heureux élu avoue face caméra (le mode opératoire du cinéaste) sa chance de partir dans une école plus prestigieuse que le KHiO. Il part pour le Royal Ballet de Londres, contrairement aux deux autres, qui finissent par s’éloigner de lui. Cruel mais réaliste.

Lukas Bjørneboe Brændsrød, ballet Boy. © ZED
Lukas Bjørneboe Brændsrød, ballet Boy. © ZED

Le réalisateur a pourtant un mérite, celui de mettre en avant une adolescence sacrifiée sur l’autel de la danse et d’une possible réussite. Ces portraits naïfs mais touchants décrivent avec humour et sans pudeur la jeunesse d’aujourd’hui : les rapports avec les filles, les cours, la société… Ce qui donne lieu à de fameuses phrases, comme celles de Syvert, d’origine asiatique, avouant en riant que l’on ne choisit pas la danse pour épater les filles, mais cela peut servir ! Il confesse aussi plus sérieusement son regret de ne pas être norvégien, « enfin, d’être blanc », pour pouvoir sortir avec une norvégienne.

On regrettera la forme de Dancers, parfois brouillonne voire amateure : de ses plans compilant des photos de vacances jusqu’à son final dansé, assez suranné sur la chanson One Day d’Asaf Avidan. Une déception également sur le fond : il me brûlait de savoir ce qu’étaient devenus ces trois danseurs, filmés en 2012 et à l’avenir prometteur.

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