Noureev sublimé par la plume de Philippe Grimbert

En janvier 2015, l’écrivain et psychanalyste Philippe Grimbert, que l’on ne présente plus depuis le succès d’Un secret, fait revivre sur papier le mythique Rudolf Noureev, décédé en 1993. Danseur étoile, chorégraphe et directeur de ballet, il apparaît sous un œil neuf dans Rudik, l’autre Noureev, un récit somptueux et émouvant. 

Dans son dernier livre, Philippe Grimbert confirme son talent d’écrivain et sa fascination pour le danseur magnétique. A la première personne, il donne à entendre la voix du psychanalyste « du tout-Paris », Tristan Feller. Dès lors, difficile de ne pas y voir le parallèle avec l’auteur lui même, qui connut Rudolf Noureev. Lorsque le danseur soviétique dirigea le Ballet de l’Opéra de Paris – de 1983 à 1989 -, la femme de Philippe Grimbert était son assistante. L’auteur a pu à plusieurs reprises approcher celui qu’il surnomme la « Star des Arts ».

Rudik, l'autre Noureev de Philippe Grimbert, aux éditions Miroir Plon.
Rudik, l’autre Noureev de Philippe Grimbert, aux éditions Miroir Plon.

La fiction est tout autre : Tristan Feller est contacté pour effectuer des séances avec Noureev. Il accepte après quelques hésitations, sachant qu’un monstre sacré comme lui mettra à mal ses critères éthiques. Le lecteur découvre en même temps que le médecin, ses secrets intimes, du sida qui le détruit à son grand chagrin : être reconnu comme un génie par le monde entier, sauf par sa mère. Interdit du territoire soviétique, il ne reverra sa famille que trop tardivement et cette dernière ne le reconnaitra plus. L’étoile russe dévoile même la genèse de son fameux saut vers la liberté, le 16 juin 1961. Ce jour-là, convaincu que son retour vers Moscou sera accompagné d’un enfermement en URSS, il choisit l’asile en Occident.

Très rapidement, le psychanalyste assiste aux représentations de ballets de Rudolf Noureev malgré sa règle de ne jamais fréquenter ses clients. Des moments où Tristan Feller partage avec nous son admiration pour le milieu :

Deux rangs devant nous, un homme aux cheveux blancs et une femme coiffée d’un turban attirèrent mon attention : je reconnus, malgré leur âge avancé, les vedettes d’Un américain à Paris, Gene Kelly et Leslie Caron. Livia me murmura à l’oreille que le couple allait présenter le gala le lendemain, puis elle me désigna, un peu plus loin, Mikhaïl Barychnikov en grande conversation (…)

Rudolf Noureev (Jean de Brienne) et Noëlla Pontois (Raymonda), Raymonda, chorégraphie de Marius Petipa. © André Chino.
Rudolf Noureev (Jean de Brienne) et Noëlla Pontois (Raymonda), Raymonda, chorégraphie de Marius Petipa. © André Chino.

La relation entre Feller et Noureev se tisse ainsi, sans convention, sans règle mais toujours menée par la volonté quasi dictatoriale du danseur. Grimbert nous laisse découvrir un personnage sans concession à l’image de ce passage mémorable : le danseur, connu pour ses colères et son caractère, est accueilli triomphalement lors d’une représentation, à l’exception de quelques huées et sifflets.

C’est alors qu’il eut un geste totalement inédit sur une scène aussi prestigieuse : au moment où les quelques détracteurs du danseur se firent entendre, je vis distinctement le majeur de sa main esquisser un doigt d’honneur, sans qu’il se départit de son sourire triomphant.

Rudik, l’autre Noureev est un roman limpide dans lequel de très courts chapitres se succèdent : des séances de psychanalyse entrecoupées de brèves discussions entre Feller et l’un de ses collègues avec lequel il « éprouvait le besoin de faire le point. » Ce dernier le met en garde contre cette fascination qui se crée chez lui. Philippe Grimbert transmet son admiration et son émerveillement avec une rare délicatesse. Le lecteur découvre les douleurs de Noureev racontées avec beaucoup d’empathie et de tendresse. Il est très difficile de ne pas être ému et troublé, comme Tristan Feller, par ce récit bien construit, respectueux, juste et éblouissant.

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