Affabulazione : Stanislas Nordey, Pasolini et Sophocle.

Du 30 mai au 6 juin 2015, le comédien et metteur en scène Stanislas Nordey monte sur les planches du Théâtre National de la Colline à Paris. Affabulazione, pièce de Pier Paolo Pasolini est reprise avec une grande justesse et une audacieuse scénographie.

Les artistes ne cessent de vouloir faire revivre le mythique réalisateur italien et ses œuvres, que ce soit au cinéma, dans un long-métrage d’Abel Ferrara, avec un Pasolini sous les traits de Willem Dafoe ou ici au théâtre avec Stanislas Nordey. Le fils de Jean-Pierre Mocky n’en est pas à son coup d’essai. Il débute avec une pièce du poète, Bête de style, en 1991. Pasolini sera son fil rouge tout le long de sa carrière. A 48 ans, il était temps pour le metteur en scène de s’attaquer à cette pièce, peut-être la plus complexe, la cinquième après Calderon (1993), Pylade (1994) et Porcherie (1999). « Avant, il n’y avait personne dans la troupe qui pouvait jouer des rôles âgés ! Maintenant, on a tous vieilli : j’ai l’âge et la maturité du héros, c’était le moment idéal » explique-t-il.

Dans Affabulazione, il est question de cette relation charnelle et dévastatrice entre un père écrasant (Stanislas Nordey) et son fils parfait (Thomas Gonzalez). Le mythe de l’Œdipe est inversé. Chez Sophocle, le Fils tue le Père, chez Pasolini, le Père tue le Fils. C’est d’ailleurs l’Ombre de Sophocle (Raoul Fernandez) qui ouvre la pièce, par un prologue. « Vous devez accoutumer vos oreilles » prévient-il aux spectateurs présents car ce long poème dramatique n’est pas si facile à comprendre. Le père est un homme riche, à la tête de plusieurs usines. Le public le découvre allongé, endormi dans un décor somptueux mais minimaliste : une villa lombarde aux tableaux de maître. Il rêve, ou cauchemarde, si bien qu’il se réveille affolé et en sueur, bientôt apaisé par sa femme (Marie Cariès).

L'ombre de Sophocle (Raoul Fernandez) au milieu de la scène d'Affabulazione. © Elisabeth Carecchio
L’ombre de Sophocle (Raoul Fernandez) au milieu de la scène d’Affabulazione. © Elisabeth Carecchio

Cette vision est pour lui comme un déclic, comme une vérité bouleversante dont il ne saurait mettre de mots. Il nous le confie dans l’un de ses nombreux monologues : « J’ai compris quelque chose… mais je ne sais pas quoi. » Ce rêve flou, dans lequel semble se confondre le rôle du père et du fils, va remettre en question tout ce qu’il est par rapport à son garçon, au point d’être amené à le tuer. Le fils est un jeune homme aux airs de clown avec ses habits colorés et sa perruque bouclée et blonde. Sa promise (Anaïs Muller) est d’une insolence à la Brigitte Bardot, séduisante malgré son imposante perruque blonde assortie à celle de son aimé.

Pier Paolo Pasolini donnait à voir en Affabulazione, une critique du monde capitaliste : ce père rejette la société de consommation des années 1960 et en tuant le fils, permet de stopper cet héritage, ce mouvement perpétuel. Chez Stanislas Nordey, ce message est difficile à concevoir pour les spectateurs, parfois perdus face à ses acteurs à la diction pourtant claire et insistante. Nordey propose un superbe hommage au théâtre, tout en éblouissements. Dans ce décor de villa, les murs bougent, les tableaux classiques changent à chaque scène. La pièce est tour à tour comique, tragique ou même burlesque. Certaines apparitions comme celle de la nécromancienne (Véronique Nordey) tiennent du pur divertissement. Le père la consulte pour retrouver la trace de son enfant. Affabulazione transporte le spectateur avec des numéros de danse, de chant, des paillettes et des jeux de lumière. Et tant pis si le sens du texte nous échappe parfois, la mise en scène se suffit.

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