Epopée rock’n’roll pour Max le dingue

Mad Max Fury Road a fait l’événement à Cannes. Le nouvel opus de la saga culte, apparemment très attendu, était présenté hors-compétition le lendemain de l’ouverture du festival. Trente-trois ans après le dernier épisode Au delà du Dôme du Tonnerre, Max, héros torturé et solitaire, revient plus rapide et furieux que les acolytes de Fast and Furious. Le réalisateur George Miller a laissé les cochons de Babe et les pingouins d’Happy Feet pour revenir à ses premiers amours : les grosses cylindrées.

Max Rockatansky, plus connu sous le terrible surnom de Mad Max, revient après trois décennies. Le vieux Gibson, bientôt la soixantaine, n’a pas eu l’audace de revêtir son perfecto légendaire. Son costume de cuir est repris par Tom Hardy, 37 ans, loin de la douce folie originelle du jeune Mel. Habitué à des rôles solitaires et mutiques (ou presque) à l’instar de Bob Saginowki dans Quand vient la nuit ou celui de Bane dans The Dark Knight Rises, l’acteur séduit moins qu’à l’accoutumée. Peut-être parce qu’il se fait voler la vedette par la sud-africaine Charlize Theron, qui troque sa belle allure contre celle d’une guerrière impétueuse mais déterminée, Imperator Furiosa.

Mad Max enchaîné et le petit groupe de femmes rebelles © Village Roadshow Films (BVI) Limited
Mad Max (Tom Hardy) enchaîné et le groupe de femmes rebelles © Village Roadshow Films

Dans les sables du désert de Namibie, Max apparaît encore plus dingue. Il est hanté par les fantôme de son passé et surtout par sa fille qu’il n’a pas pu sauver. Une allusion au premier film de 1979 qui s’avère confuse, puisque le Mad Max originel a perdu sa femme et son jeune bébé. Du reste, ce nouvel opus se veut être un reboot – comprendre une nouvelle version d’un film – et non une suite de la saga. Toujours aussi seul, le héros survit dans un monde post-apocalyptique dépourvu d’énergies, qui n’est pas sans rappeler le récent et ambitieux Young Ones, déjà avec le jeune Nicholas Hoult. Ce dernier campe ici Nux, un des « war boys », guerrier naïf et loyal à Immortan Joe, dictateur tout-puissant. Ce nouveau méchant sorti tout droit d’une bande dessinée, n’a d’effrayant que son masque d’oxygène qui lui permet de ne pas périr dans cet univers aride. L’acteur Hugh Keays-Byrne était plus inquiétant quand il incarnait le coupeur d’orteil du premier épisode.

L’intrigue de ce road-movie est rapide à s’installer. Au bout de quelques minutes, après un prologue et un générique aussi impressionnants qu’impeccables, Mad Max est fait prisonnier, capturé par les fameux « war boys » reconnaissables à leur peau blanche et à leur crâne rasé. Réduit à l’état d’un corps sur lequel on prélève le sang, Mad Max devient un « donneur universel », un « Globulard », pour reprendre le jargon du réalisateur australien. Il fournit en hémoglobine un de ces combattants imbéciles, en l’occurrence Nux. Dans ce désert à feu et à sang, sans eau, ni pétrole, le sang prélevé des otages permet de maintenir en vie les guerriers d’Immortan Joe. Il est aussi précieux que le lait maternel qui permet de nourrir ses progénitures.

Nux (Nicholas Hoult) et Capable (Riley Keough) © 2015 Village Roadshow Films (BVI) Limited
Nux (Nicholas Hoult) et Capable (Riley Keough) © 2015 Village Roadshow Films (BVI) Limited

Mad Max est tenu captif dans la Citadelle, domaine luxuriant au sommet d’une falaise où poussent en abondance fruits et légumes. Immortan Joe y vit : il détient l’eau mais ne la partage pas avec son peuple assoiffé, réduit à l’obéissance. Il ne l’a fait couler que trop rarement pour faire prospérer cette relation de dépendance. Son trésor est un harem composé de sublimes mannequins dévêtues, dont la très enceinte Splendid (Rosie Huntington-Whiteley), qu’il enfante continuellement pour assurer sa descendance. Elles aspirent à une vie loin de cet asservissement et s’échappent finalement grâce la fameuse Imperator Furiosa, qui a l’espoir fou de rejoindre la Terre Verte de son enfance, de laquelle elle a été enlevée. Cette évasion en camion provoque la fureur de son époux, qui entreprend une gigantesque course-poursuite. Un dessein pour lequel il sera aidé par ses « war boys », la masse de soldats fidèles. La promesse du Walhalla, paradis des guerriers issu de la mythologie nordique, mènera certains à des sortes d’actions-suicides.

George Miller agrémente ce scénario absurde et proche du néant – Mad Max Fury Road est un aller-retour express, puisque le convoi de Furiosa finit par revenir à la Citadelle – par des références à sa première trilogie. Une ambiance punk et métalleuse aux accents sadomasochistes. Au début de cette poursuite vrombissante, le héros, en mauvaise posture est attaché à la proue de la voiture de Nux avec un masque de fer. Il rappelle autant celui d’Hannibal Lecter que l’esthétique sado-maso gay, propre à Mad Max 2 et à son personnage de Lord Humungus, arborant lui aussi un masque de fer, ainsi qu’une minerve en cuir et un slip clouté. Heureusement pour lui, Max réussit à se libérer et s’allie à Furiosa, tête rasée, yeux maquillés de noir et habits militaires. En somme, une femme puissante et combative malgré son bras gauche amputé prolongé d’une prothèse, à la tête du lourd convoi. Forte et indépendante, elle tient la tête à Mad Max, si bien que son nom pourrait tout aussi bien être en haut de l’affiche.

Nux, Imperator Furiosa et les femmes d'Immortan Joe, en fuite dans Mad Max Fury Road © Warner Bros. France
Nux, Imperator Furiosa (Charlize Theron) et les femmes d’Immortan Joe, en fuite dans Mad Max Fury Road © Warner Bros. France

L’esprit rock’n’roll est très présent avec le personnage interprété par Sean Hape : un guitariste d’heavy metal, moulé dans une combinaison rouge et harnaché au camion de Joe. Il accompagne moteurs rugissants dans une cacophonie aussi menaçante qu’épuisante. Mad Max Fury Road prend des airs de carnaval freak, une monstrueuse parade furieuse et déchaînée. Surnommé le Doof Warrior, puisqu’il est aveugle, il permet de rythmer les scènes d’action grâce à sa guitare électrique équipée d’un lance-flamme. A cela s’ajoutent les engins motorisés filmés comme des êtres humains, George Miller semblant vouloir créer de l’émotion quand ceux-ci explosent. Pourtant, les effets visuels d’Andrew Jackson, combinés à la musique de Junkie XL n’arrivent pas à créer le lyrisme sauvage imaginé par le réalisateur. Le cinéaste détonne pourtant par le visuel de ce nouvel opus. A l’inverse de La Route ou du Maggie, récents films post-apocalyptiques aux teintes fades et désaturées, Mad Max Fury Road est éclatant et vif. Les fusées de détresse embrasent le ciel bleu de fumée rouge et jaune. L’épopée rock’n’roll de Max le dingue est sublimée par la couleur, qui irradie tous les plans.

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