Pina Bausch ou le triomphe de la tendresse

Le génie de Pina Bausch s’invite au Théâtre de la Ville. Sa pièce « Für die Kinder von gestern, heute und morgen », en français « Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain », était présentée pour la première fois en 2002 dans ce même lieu. Elle est rejouée ce mois-ci, jusqu’au 30 mai, par sa compagnie, la Tanztheater Wuppertal, quelques jours après le triomphant Nelken au Châtelet.

Que de fantaisie, de tendresse et d’innocence dans cette pièce qui fait la part belle à l’enfance, comme l’indique son titre. Il faudrait montrer à tous les réfractaires de la danse contemporaine ce sublime spectacle pour les concilier avec. Les spectateurs ne sont-ils pas comme les danseurs, d’éternels enfants qui jouent ? La scène devient une cour de récréation où chacun s’amuse à la corde à sauter, à faire des châteaux de sables ou à faire des courses-poursuites sur des chaises à roulettes.

Pina Bausch crée sa compagnie de danse contemporaine, le Tanztheater Wuppertal en 1976, en introduisant un nouvel aspect : la danse-théâtre. La troupe, tout en légèreté et en grâce ne fait pas défaut à l’esprit de sa directrice, décédée en 2009. Cette nouvelle pièce est un bel exemple de son travail. La scénographie, incroyable, est signée par Peter Babst : dans un immense décor blanc désert et mouvant, les acteurs-danseurs, habillés en robe longue pour les femmes et en costume pour les hommes, occupent l’espace dans une succession de saynètes.

Helena Pikon et Rainer Behr lors d'une représentation à la Brooklyn Academy of Music. © Stephanie Berger for The New York Times
Helena Pikon et Rainer Behr lors d’une représentation à la Brooklyn Academy of Music. © Stephanie Berger, The New York Times

Dès la première scène, difficile de ne pas être conquis par le numéro d’équilibriste de deux hommes, assis sur une table. L’un des deux, au bord, se balance et tombe à la renverse, à la façon d’un automate. Le second l’attrape in extremis par la jambe, lui évitant ainsi une malheureuse chute. Le même mouvement est exécuté à plusieurs reprises, jusqu’à ce que les deux danseurs finissent au sol. La chorégraphie s’articule alors autour de la chute et du poids des corps. La scène prend une allure de terrain de jeu, où les danseurs explorent également avec insouciance le jeu amoureux. Le badinage n’est pas réservé qu’à la jeunesse : Lutz Forster, la soixantaine, s’y complait volontiers avec Cristiana Morganti, qui rit de ses avances. Obstiné, il lui propose alors, non sans humour, un câlin pour l’essayer : « Et si nous commencions petit, une minute par jour ? ».

Du rire et de la poésie sont présents dans « Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain ». Les scènes chorégraphiques y sont découpées de façon très rapide. Un danseur entre en scène et déjà une nouvelle musique résonne. Les danseurs sont aussi comédiens, communiquant entre eux et se confiant au public avec beaucoup de poésie. Ils interviennent dans la salle de spectacle et courent dans les escaliers faisant interagir le spectateur dans cette représentation.

Rondes et processions viennent dynamiser la pièce. Sur le dos des hommes, les danseuses s’élèvent avec élégance tel des oiseaux. A terre, elles continuent leur course folle et fantaisiste, rapidement imitées par les danseurs, bougeant seulement leurs mains avec grâce. Ces scènes de danse en groupe et en rythme sont d’une grande beauté : le Tanztheater Wuppertal est une joyeuse famille, insouciante, qui continue à faire des châteaux de sable quand l’entracte est sonné.

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