Sur les traces d’Oona O’Neill et de J.D. Salinger

Frédéric Beigbeder se révèle dans ce neuvième roman semi-biographique sur Oona O’Neill, future épouse de Charlie Chaplin et sur J.D. Salinger, futur génie littéraire : Oona & Salinger. Critique d’un roman sur l’amour, qui ne connaît pas d’âge.

Oona & Salinger ne déroge pas à la règle, Frédéric Beigbeder aime à parler de lui, encore et toujours. Cette fois, sa plume délectable et provocatrice est mise à profit pour déchiffrer un mystère : que se passe-t-il dans la tête du très secret et reclus J.D. Salinger, auteur de L’Attrape-cœur ? De son amour pour Oona O’Neill au traumatisme de la guerre, Beigbeder essaie de déchiffrer cet écrivain et la femme qui l’inspira toute sa vie.

Le point de départ de cette fresque romanesque a lieu en 2007. Alors qu’il a tenté en vain de rencontrer son « héros » Jérome David Salinger chez lui, il tombe par hasard sur une photographie d’Oona O’Neill. La curiosité de Frédéric Beigbeder est piquée. L’histoire commence alors.

Dans les années quarante, comme au milieu d’un rêve dans lequel se côtoient Orson Welles, Truman Capote et Francis Scott Fitzgerald, Jerry Salinger et Oona O’Neill se rencontrent et inéluctablement s’attirent. Beigbeder se plonge avec passion et humour dans ce quotidien de gens riches, pour lesquels il oscille, à son habitude, entre un regard envieux et désabusé.

Frederic Beigbeder et son nouveau roman sur Oona O'Neill et J.D. Salinger © JF Paga, Angers Mag
Frederic Beigbeder et son nouveau roman sur Oona O’Neill et J.D. Salinger © JF Paga, Angers Mag

Oona & Salinger alterne les récits. Beigbeder témoigne de sa propre expérience d’homme blasé amateur de jeunes filles, raconte l’idylle des héros et délivre des chapitres biographiques, évoquant notamment la vie du méconnu Eugène O’Neill, prix Pulitzer et Nobel de littérature. Le roman dévoile des récits de guerres étonnamment passionnants. La lecture est intéressante et captivante, le talent de Frédéric Beigbeder étant de pouvoir jongler avec les références culturelles et historiques.

Tous ces noms donnent le tournis. Au détour des aventures d’Oona et de Jerry, il est question de Diana Vreeland, Martin Scorsese, Philip Roth…On croirait lire les pages d’un Gala ou d’un Paris Match : « Orson Welles se remettra de cette déconvenue (avec Oona) en épousant Rita Hayworth l’année suivante, qu’il trompera avec Gloria Vanderbilt » raconte Beigbeder avec délectation, dans des élans de journaliste feuilletoniste.

Il s’amuse avec les personnalités, avec les héros de Oona & Salinger, évoquant dans les premières pages Charlie Chaplin, avec lequel Oona O’Neill passera la plus grande partie de sa vie : « Moi, ce que je préfère chez Chaplin, c’est Paulette Goddard » fait-il dire à l’une de ses amies, Gloria Vanderbilt. Truman Capote répondant : « Il a toujours eu bon goût avec ses femmes : il les choisit très jeunes ». Beigbeder se joue du temps, de ses personnages et des situations.

Charlie Chaplin et Oona O'Neill
Charlie Chaplin et Oona O’Neill

Bien sûr, le héros du Dictateur prend une place importante dans le récit puisqu’il épouse à 54 ans Oona O’Neill âgé alors de 17 ans. Ces écarts d’âge font d’ailleurs l’objet d’un classement des personnalités en couple, peut-être un déculpabilisant pour Frédéric Beigbeder qui dès les premières pages affirme avec fierté : « Ma petite amie était née l’année de mon premier mariage ».

Oona O’Neill est devenue muse de Salinger, puis de Chaplin, et elle l’est aussi de Beigbeder. C’est un hommage touchant, tout en mots et en illustrations que nous délivre l’écrivain : l’hommage d’une jeune fille perdue, à l’instar de Pamela Moore et de son Chocolate for Breakfast, épuisée par ses liens familiaux inexistants et oppressants. Le charme opère autour de ce livre sur l’amour, la guerre et aussi la torture. Oona & Salinger décrit la mort, les camps d’extermination, l’horreur mais y distille l’ironie nécessaire.

Passer de la folle insouciance des jeunes héritières New Yorkaises qu’étaient Oona O’Neill, Gloria Vanderbilt et Carol Marcus, à l’horreur de la Seconde Guerre Mondiale, Frédéric Beigbeder le fait avec un certain brio, s’égarant parfois un peu (trop) sur des éléments autobiographiques, jusqu’à la toute fin du livre, grotesque, qui nous rappelle que l’écrivain finalement ne puise son inspiration que dans ses amours multiples. « Si on est humble, mieux vaut choisir un autre métier qu’écrivain » fait-il dire à Jerry Salinger, mais le lecteur n’est pas dupe.

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7 commentaires sur « Sur les traces d’Oona O’Neill et de J.D. Salinger »

  1. Merci pour cette critique qui donne envie de se plonger dans ce dernier livre de Beigbeder. J’ai lu beaucoup de ses livres, et je suis toujours fan de son narcissisme provocant, de son humour et de sa culture. Je finis mon livre en cours et je fonce l’acheter 😉

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  2. Vous me donner envie de lire ce livre, MERCI . Fréderic B, je l’aime bien comme personnage de dandy parisien et comme créateur de belles émissions TV ou Radio sur le livre et le cinéma.
    Amitiées
    La Plume Sans Masque

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